LA MAISON DE VERRE
Ne jetons pas la pierre aux gens, Excusons leurs défauts ; n'avons-nous pas les nôtres Par intérêt pour nous , montrons-nous indulgents , Si ce n'est , mes amis , par bonté pour les autres. Je ne sais qui m'a raconté qu'un fou
S'était bâti, je ne sais où , Une maison , ou plutôt une serre , Bien close à tous les vents en son vaste contour , Mais de tous les côtés ouverte aux traits du jour ,
Et végétait là sous le verre.
Quand on se loge ainsi on court bien des hasards ,
Et les voisins à nos égards
Me semblent avoir bien des titres. Notre homme l'ignorait ; car son plus grand plaisir ,
Quand il avait quelque loisir , Etait de casser les vitres.
— Les siennes ? — Non , lecteur ; mais les vitres d'autrui. Au collège, à ce jeu, vous n'étiez pas plus leste.
Ce jeu-là lui devint funeste.
Un beau soir , en rentrant chez lui , Monsieur n'y trouva pas une vitre de reste. Comme il se dépitait, ainsi font tous les sots,
Un sien parent lui dit ces mots :
« Trouve bon qu'avec toi sur toi l'on se gouverne ; « Sois désormais plus sage, et souviens-toi, cousin, « Qu'il ne faut pas casser les vitres du voisin
« Quand on vit dans une lanterne. »