LE COCHER DE FIACRE
« On demandera vos avis
« Quand on les croira nécessaires ; « Pour vous, en attendant, gardez-les, mes amis,
« Et mêlez- vous de vos affaires :
« Je suis au siège du cocher, •' J'ai le fouet en main , vous devez en induire « Qu'à ma volonté seule ici tout doit marcher, « Et que vous êtes faits pour vous laisser conduire. » Sans trop prêter l'oreille à ce qu'on lui disait , Ainsi parlait un fiacre aux gens qu'il conduisait. L'un d'eux , homme de sens , il en est , même en France , A cela répliquait : « Eh ! l'ami , de quel droit « Crois-tu donc nous mener? Est-ce au plus maladroit « Qu'en toi nous avons cru donner la préférence ? « De ton affaire on prend , dis-tu , trop de souci ?
« Mais c'est qu'elle est la nôtre aussi. «■ Du poste où tu te crois plus assuré qu'un autre , « Si tu tombais, dis-moi, pourrais-tu, maître fou ,
« Pourrais-tu te casser le cou
«■ Sans compromettre aussi le nôtre ?
« Recois mieux de sages avis :
« Phaéton se sauvait s'il les avait suivis. « . — • Ce Phaéton, monsieur, quel est-il, je vous prie? « Ce nom-là n'est connu dans aucune écurie. « — C'est un mauvais cocher qui tomba de bien haut. « L'entêtement était aussi son grand défaut. « Profite de sa faute ; et garde-toi de croire « Qu'exprès pour nous verser on t'ait promis pour boire. » Cet homme parlait d'or ; mais à prêcher un sourd
On perd son temps. Notre balourd N'en poursuivait pas moins sa course à l'aventure ; De faux pas en faux pas, de cahots en cahots, Sifflant , faisant claquer son fouet à tout propos ,
Et bref, il versa la voiture.
Un ministre naguère en a fait tout autant.
Aux gens que menaçaient ses actes arbitraires Il allait toujours répétant :
« Mêlez-vous donc de vos affaires. »
Cette histoire est la sienne, à cela près pourtant Que , dans la ruine commune ,
Mon fiacre, ainsi que lui, n'a pas eu le talent
De sauver , en versant , sa tête et sa fortune.