LA SANGSUE ET LA VIPERE
A la sangsue, un jour, j'entendais la vipère Dire , avec plus d'orgueil encor que de courroux :
« Bien que tu mordes comme nous , « A nous tu n'oses pas te comparer, j'espère;
« A nous , l'effroi du genre humain ; « Nous sur qui nul mortel n'ose porter la main ;
« Tandis qu'en son caprice étrange
« L'enfant même , au fond d'un étang ,
« Va te défier dans la fange ,
« Et souris quand tu bois son sang.
« — Bête aussi vaine que cruelle , »
Répond la fille des marais ,
« A l'honneur je dérogerais « Si jamais avec toi j'entrais en parallèle.
« Tandis que jusqu'au fond des eaux
« Le sage s'offre à mes piqûres ,
« Pour échapper à tes morsures , « S'il fuit l'ombre des bois et le bord des ruisseaux , « C'est que tous les poisons ne sont pas médecines ;
« C'est que nul bien jamais n'a réparé tes torts. « Je le guéris quand je le mords ; « Quand tu le mords tu l'assassines. » Ma foi , m'écriai-je à l'instant , Tout critique, A tout satirique , A bon droit , en peut dire autant.
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