LIVRE VIL a
FABLE XVII
LES CHIENS DECHAINES.
A droite , à gauche , en sa fureur , Répandant la rage et l'horreur Au gré de ses sanglants caprices, Un vieux loup était la terreur Et des bergers et des nourrices:
Paraissait-il dans le canton , Tout semblait devenu mouton.
« Eh bien ! moi , je lui ferai tête « Et je marche à lui le premier, « Dit Guillot, si chaque fermier « Veut lâcher son chien sur la bête. » On y consent. Pour cette fois, Tu ne reverras plus les bois , Pauvre loup ! le nombre l'emporte ; Tu te bats en homme de cœur , Mais en vain : déjà du vainqueur Ta dépouille a paré la porte.
Pour boire en paix à ce beau jour , Après avoir comblé d'éloges
Tous ces héros de basse-cour, Guillot les renvoie à leurs loges.
Mais quel est son étonnement, Quand, rebelle au commandement, Quand loin de reprendre sa chaîne , Chacun d'eux tourne insolemment , Le derrière à son capitaine, Et qu'il les voit , d'un pied léger , Sous son nez battant la contrée , Comme butin se partager Son cochon qu'il vient d'égorger, Sa chèvre qu'ils ont éventrée !
« Vous avez là fait un beau coup , « Lui criait la bique expirante :
« Pour nous débarrasser d'un loup, « Vous en avez déchaîné trente. »
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