‹ Fables et poésies diversesChapitre 158 sur 257 · LE JOUR ET LA NUIT · texte numérisé non relu

LE JOUR ET LA NUIT

La Nuit hier disait au Jour , A l'heure où sur son char, sortant du sein de l'onde ,

Il revenait briller au monde :

« Encore une fois de retour !

« Quand serez- vous donc las, despote que vous êtes,

« De me troubler dans mes conquêtes ?

« Croyez-vous apporter la joie ? Ouvrez les yeux } « Vous qui d'un seul regard embrassez tous les lieux , « Comptez, si vous pouvez, les malheurs que vous faites.

« Le désespoir que ma pitié

« Consolait par d'heureux mensonges ,

« Déjà, par vos traits réveillé,

« A perdu tout, jusqu'à ses songes.

« A tout ce bruit , à tous ces cris ,

« Redoublés par l'écho surpris, « Morphée en murmurant se renfonce en ses toiles , « Les Amours effrayés me demandent des voiles , « La Volupté craintive en soupirant s'enfuit , « Et la Paix éplorée à pas pressés la suit.

« Partout où vos rayons éclatent « La Discorde a repris ses odieux concerts : « Les camps , les tribunaux , les marchés sont ouverts ; « Et partout les mortels, sous des» habits divers,

« Ou se querellent ou se battent.

« Pour nous rendre ces biens , assez mal à propos c Vous délaissez Thétis , qui dans les mers soupire T0" ;

« Croyez-moi, rentrez sous les flots; « Retournez en ses bras partager son empire ,

« Et laissez la terre en repos.

« — LTn éternel repos lui serait plus funeste

« Qu'une éternelle activité ,

« Répond avec sérénité,

« A la sombre divinité, «■ L'ardent dispensateur delà clarté céleste.

« L'éternel repos est la hiort :

« A mon aspect la terre en sort.

« Vous suspendez la vie, et moi je la ranime.

« De temps en temps si j'ai le tort -< Gomme pour la vertu de luire pour le crime , « Je le dénonce au moins; mais vous, qui vous fâchez, « Avez-vous oublié, soit dit sans vous déplaire, « Que , sans le dénoncer jamais, vous le cachez

« Aussi souvent que je l'éclairé, « Que du sang le plus pur vos crêpes sont tachés,

« Et qu'après tout votre ombre obscure « Aussi bien qu'à l'Amour est propice à Mercure Io8 ?

« Si méchants que soient les humains,

Page 1