LE JOUR ET LA NUIT
La Nuit hier disait au Jour , A l'heure où sur son char, sortant du sein de l'onde ,
Il revenait briller au monde :
« Encore une fois de retour !
« Quand serez- vous donc las, despote que vous êtes,
« De me troubler dans mes conquêtes ?
« Croyez-vous apporter la joie ? Ouvrez les yeux } « Vous qui d'un seul regard embrassez tous les lieux , « Comptez, si vous pouvez, les malheurs que vous faites.
« Le désespoir que ma pitié
« Consolait par d'heureux mensonges ,
« Déjà, par vos traits réveillé,
« A perdu tout, jusqu'à ses songes.
« A tout ce bruit , à tous ces cris ,
« Redoublés par l'écho surpris, « Morphée en murmurant se renfonce en ses toiles , « Les Amours effrayés me demandent des voiles , « La Volupté craintive en soupirant s'enfuit , « Et la Paix éplorée à pas pressés la suit.
« Partout où vos rayons éclatent « La Discorde a repris ses odieux concerts : « Les camps , les tribunaux , les marchés sont ouverts ; « Et partout les mortels, sous des» habits divers,
« Ou se querellent ou se battent.
« Pour nous rendre ces biens , assez mal à propos c Vous délaissez Thétis , qui dans les mers soupire T0" ;
« Croyez-moi, rentrez sous les flots; « Retournez en ses bras partager son empire ,
« Et laissez la terre en repos.
« — LTn éternel repos lui serait plus funeste
« Qu'une éternelle activité ,
« Répond avec sérénité,
« A la sombre divinité, «■ L'ardent dispensateur delà clarté céleste.
« L'éternel repos est la hiort :
« A mon aspect la terre en sort.
« Vous suspendez la vie, et moi je la ranime.
« De temps en temps si j'ai le tort -< Gomme pour la vertu de luire pour le crime , « Je le dénonce au moins; mais vous, qui vous fâchez, « Avez-vous oublié, soit dit sans vous déplaire, « Que , sans le dénoncer jamais, vous le cachez
« Aussi souvent que je l'éclairé, « Que du sang le plus pur vos crêpes sont tachés,
« Et qu'après tout votre ombre obscure « Aussi bien qu'à l'Amour est propice à Mercure Io8 ?
« Si méchants que soient les humains,