LIVRE VIII
« Le fer n'est pas toujours meurtrier dans leurs mains. « Celui dont le tranchant , du sein de la poussière ,
« Dans le champ qu'il a fécondé « Fait croître tous les ans la gerbe nourricière , « En ses travaux par moi n'est-il pas secondé ? « Et les dons de Bacchus , de Pomone et de Flore ,
« Qu'est-ce donc qui les fait éclore ? « Sans moi l'homme en peut-il attendre une faveur ?
« Est-ce votre ombre qui colore « Ces dons qui n'ont sans moi ni parfums ni saveur ? « A des plaisirs bien doux vos voiles favorables « Sont chéris des amants , j'en veux convenir ; mais ■<■ Vous conviendrez aussi que ceux que je permets ,
« S'ils sont moins vifs , sont plus durables. «■ Et puis... Mais , entre nous , vous m'entendez, je crois. « Laissez-moi donc rentrer dans mes antiques droits. « Je viens me ressaisir de la terre engourdie ,
« Oui , mais non pas en conquérant
« Qui dévore tout en courant; « J'apporte la lumière, et non pas l'incendie. » Que répliqua la Nuit ? Que peut-on répliquer A de tels arguments ? daignez me l'expliquer
Vous qu'on voit, même ailleurs qu'en France, Au génie , étranger pourtant à vos discours ,
Reprocher encor tous les jours
Ses triomphes sur l'ignorance.
a72 FABLES.
FABLE VIII