‹ Fables et poésies diversesChapitre 167 sur 257 · LES COCHONS ET LES TRUFFES · texte numérisé non relu

LES COCHONS ET LES TRUFFES

Certain monsieur vêtu de soie;

Avant vos aïeux et les miens, Ainsi , monsieur l'abbé, se vêtissaient les siens,

Au siècle où l'on assiégeait Troie , Bien plus , au siècle même appelé siècle d'or, O ù le premier habit n'était pas fait encor. Or donc certain monsieur habillé de la sorte , Ou certain porc , s'il faut s'expliquer sans détour, Fatiguait de ses cris les échos d'alentour : Gris de joie , il est vrai ; mais quant au bruit , qu'importe ? — Et pourquoi ce bruit-là? — Vous n'en feriez pas tant, Vous qui formez aux mœurs nos apprentis tartufes l**\ Si par hasard le diable à votre œil pénitent,

En plein carême offrait des truffes ,

Dans un dindon bien gras , s'entend ?

Par une semblable imprudence

Vous gardant bien de signaler

Ce bienfait de la providence ,

A huis clos, et dans le silence,

Vous sauriez vous en régaler.

Tout les gourmands, l'abbé, n'ont pas tant de sagesse. Le nôtre, à qui l'odeur de ces fruits parfumés, Que pour les dévots seuls le ciel n'a pas semés ,

Inspirait des chants d'allégresse , Compromit son bonheur par ces chants indiscrets.

Les amateurs étaient tout près ;

L'un deux , portant bêche et besace ,

En riant au nez du chanteur

Déterre le mets enchanteur,

Et lui laisse un gland à la place.

Résumons-nous : de ce récit

On peut tirer plus d'un profit.

En nous rappelant que le sage ,

Par un ridicule transport,

N'appelle personne au partage

Des présents que lui fait le sort , 11 nous apprend qu'on peut d'une tête insensée Voir quelquefois jaillir une heureuse pensée ;

Qu'on peut dans la bouche d'un sot

Quelquefois surprendre un bon mot ; Qu'un ignorant lui-même à quelque découverte

Par l'instinct peut être conduit ; Et qu'enfin l'industrie , au premier petit bruit,

A tout saisir se montre alerte :

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