‹ Fables et poésies diversesChapitre 170 sur 257 · LES DAUPHINS ET LES HARENGS. ,,G · texte numérisé non relu

LES DAUPHINS ET LES HARENGS. ,,G

Au mois où , s'éloignant de la plage africaine , De nos bords l'hirondelle aime à se rapprocher,

Un beau soir, du haut d'un rocher,

Je contemplais l'humide plaine.

Rien ne troublait pour le moment

La paix du mobile élément :

Les vents séditieux retenaient leur haleine ;

Les zéphyrs soupiraient à peine; De l'air le plus tranquille et du ciel le plus pur Les flots réfléchissaient et le calme et l'azur ; Mollement balancés sur cette immense glace , Les alcyons couvaient "î, et les dauphins joyeux,

S'évertuant à qui mieux mieux , De leurs bonds redoublés sillonnaient sa surface. « Dieu merci! m'écriai-je, au moins pour cet instant, « En dépit de la fortune, « Dans l'empire de Neptune , « Le pauvre peuple est content.

« — Eh ! qui t'a dit cela? d'une voix des plus aigres, 4- 19

Me crie un hareng des plus maigres.

« — Qui me l'a dit? mes yeux. — Tes yeux disent fort mal. « — Et toi , crois-tu mieux dire ? insolent animal ,

« N'est-il pas de toute évidence

« Que ce peuple est heureux ? il danse ! « — Il est plus évident , doyen des étourdis ,

« Que tu ne sais ce que tu dis. « Peux-tu te laisser prendre à des preuves si vaines ? « N'a-t-on jamais dansé pour secouer ses peines ? « Tout enfin danse-t-il en nos profonds domaines ? « Sur ce qu'on voit, juger de ce qu'on ne voit pas, « C'est parfois s'exposer à des erreurs bien grandes , « A celle où te voilà , quand tu crois les ébats

« Que prennent ces joy*euses bandes « Répétés dans les mers du haut jusques en bas : « Pendant qu'ici l'on danse , ailleurs on se chamaille ; « Et l'onde au loin rougit du sang des combattants , « Qui , pour se livrer bataille , « Ont profité du beau temps.

« L'apparence est trompeuse , et je crois que le sage « Doit porter plus avant son regard scrutateur.

« Souvent la rage est dans le cœur ,

« Quand le rire est sur le visage.

« Voyons donc , notre ami , ce qui se fait sous l'eau « Au jour le plus serein, comme au jour le plus sombre: « Les heureux, comme ailleurs, y sont en petit nombre.

« Que le temps soit vilain ou beau,

« La mer turbulente ou paisible,

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