‹ Fables et poésies diversesChapitre 181 sur 257 · PAGE IV · texte numérisé non relu

PAGE IV

Le moderne Cyrus.

Extrait d'une préface de la première édition du Génie du christianisme. C'est M. de Chateaubriand qui parle :

«L'écrivain est obligé, en conscience, de joindre sa force, « toute petite qu'elle est , à celle de cet homme puissant qui « nous a retirés de l'abîme.

« Celui , dit M. de Lally-Tolendal, à qui toute force a été « donnée pour pacifier le monde, à qui tout pouvoir a été con- « fié pour restaurer la France, a dit au prince des prêtres, « comme autrefois Cvrus: Jéhovah, le Dieu du ciel, m'a livré

« les royaumes de la terre ; il m'a commis pour relever son « temple; allez, montez sur la montagne sainte de Jérusalem , « rebâtissez le temple de Jéhovah. »

3i4 NOTES.

« A cet ordre du libérateur, poursuit M. de Chateaubriand « tous les Juifs, et jusqu'au moindre d'entre eux, doivent rassem- « bler des matériaux pour hâter la reconstruction de l'édifice. «Obscur Israélite, j'apporte aujourd'hui mon grain de sable « (le Génie du christianisme) ;je n'ose me flatter que, du haut « du séjour qu'elle habite , ma mère ait encouragé mes efforts; «*puisse-t-elle du moins avoir accepté mes expiations ! »

4 page v.

Apologue.

Du grec apologos , récit. L'usage a donné un sens spécial à ce mot. Apologue, dès long-temps, ne se dit que d'un récit allégorique d'où l'on déduit une moralité ; il est synonyme de fable.

Les anciens, qui usaient de l'apologue pour se faire comprendre de la multitude, substituaient quelquefois dans ce but une action à un récit.

Sertorius recourait souvent à ce moyen pour donner à ses soldats des leçons utiles. Un jour, voulant leur faire sentir les inconvénients auxquels ils s'exposaient par l'impatience de combattre, « il fit amener au milieu d'eux, dit Plutarque, deux chevaux, l'un vieux, maigre et d'une extrême faiblesse; l'autre jeune, gras, vigoureux, et remarquable surtout par la beauté de sa queue et par la quantité de crins dont elle était fournie. Auprès du cheval faible, il mit un homme grand et fort, et, auprès du cheval vigoureux, un homme petit et débile. Le signal donné, l'homme fort prit à deux mains la queue du cheval faible, et la tirait de toute sa force, comme pour l'arracher , et l'homme faible se mit à arracher petit à petit , un

NOTES. 3i5

par un, les crins de la queue du cheval fort. Après que le premier eut pris bien de la peine inutilement , et qu'il eut bien fait rire les spectateurs , il renonça à son entreprise ; mais le petit homme faible, dans un moment, et sans aucun effort, fit voir la queue de son vigoureux cheval toute nue et dépouillée de ses crins.

«Mes amis, dit alors Sertorius, vous voyez que la patience est plus efficace que la force, et que la plupart des choses dont on ne saurait venir à bout tout à la fois, quelque effort qu'on fasse, on les fait sans peine peu à peu; car la continuation est une chose invincible. » ( Plut. , Vie de Sertorius. )

5 page v. •

Fabuliste.

Ce mot vient de fable, mot fait avec le mot latin fabula , conte, récit ; fabula dérive du mot fari, parler.

Ce mot fabula a passé dans presque toutes les langues de

l'Europe moderne. Les Anglais , les Allemands et les Français

en ont tiré le mot fable , qui leur est commun; les Italiens

favola ; les Espagnols/«&/<2. synonymes du mot fabula, qui est

aussi chez ces deux peuples un mot de la langue nationale.

Fable , dans le sens primitif, a la même signification que conte; mais l'usage a donné à ces deux mots des valeurs très distinctes. Le conte est un récit inventé dans le but de divertir; et quand par hasard le conte est moral, on a grand soin de l'annoncer par le titre , ce qui prouve que le conte moral est une exception dans le genre. La fable, au contraire, est un récit fait dans l'intention d'instruire. La fable doit offrir une

3i6 NOTES.

moralité: celles qui s'écartent de cette règle rentrent dans la classe des contes.

Le mot fabuliste fut, dit-on, créé par La Fontaine. Tout porte à le croire. A l'époque où ses Fables parurent , fabuliste n'était pas un mot en usage; il ne se trouve ni dans la première édition du Dictionnaire de V Académie de 1684, ni dans la seconde de 171 8; c'est dans celle de 1740 qu'il a été admis pour la première fois.

Si La Fontaine a inventé le mot fabuliste , qui s'applique à tout compositeur de fables, il a fait inventer le mot fablier, qui ne s'applique qu'à lui. Le fabuliste fabrique des fables; le fablier en produit.

Ce n'est pas, en composant une fable, mais une collection de fables, qu'on a droit au nom de fabuliste ; d'après cela je n'ai pas hésité de désigner Ésope et Phèdre comme les premiers fabulistes de l'antiquité , quoiqu'il y ait évidemment des fables plus anciennes que les leurs.

page v.

La Mothe Houdard.

Un de nos littérateurs les plus ingénieux. Il n'est pas de genre de poésie dans lequel il ne se soit exercé , la satire exceptée; et certes cette exception lui fait honneur, car peu de personnes ont été plus que lui en butte aux traits des satiriques: tragédies, comédies, épopées, églogues, odes, cantates, opéras, chansons , énigmes , logogriphes et fables, il a fait, de tout; mais il ne s'est montré supérieur en rien, parceque L'esprit et la raison ne tiennent pas lieu de génie. Ses fables, trop dé-

NOTES. Tny

préciées, ne sont pas, à beaucoup près, sans mérite. Elles sont bien pensées; mais le ton dogmatique y domine trop. Fatigant partout , ce ton est surtout insupportable dans les fables , où la leçon doit être cachée sous les formes les plus attrayantes, où ce n'est qu'en égayant le lecteur qu'il est permis de l'endoctriner.

7 PAGE v. Florian.

Ce gracieux écrivain s'est exercé avec succès dans plus d'un genre de littérature ; mais c'est surtout dans la fable qu'il a réussi. Moins ambitieux, mais aussi spirituel que La Mothe, moins naïf, mais aussi naturel que La Fontaine, c'est celui de nos fabulistes que l'estime publique place immédiatement après le fabuliste par excellence.

Page 1