‹ Fables et poésies diversesChapitre 187 sur 257 · PAGE XIV · texte numérisé non relu

PAGE XIV

L'ombre de L'âne.

Voici le conte. Un jeune homme, dit Démosthènes, avait loué un âne pour aller d'Athènes à Mégare; c'était un jour d'été. Vers le midi , lorsque le soleil était dans toute sa force , le maître de l'âne et le voyageur se disputaient à qui profiterait de l'ombre que donnait le corps de l'animal. Je vous ai loué mon âne, et non pas l'ombre, disait l'un : non, disait l'autre; j'ai fait marché pour la bète tout entière, circonstances et dépendances.... Ici l'orateur se tait, et fait mine de s'en aller. Les Athéniens l'arrêtent: on veut savoir le dénouement. L'ombre de L'Âne vous occupe, dit IX-mosthènes, et les matières les plus graves, vous ne les entendez qu'avec peine. ( Dan. Hi insius, Laits (isini. ) M. Le Bailly a mis cette Table en vers, et ce n'est pas la moins agréable de son charmant recueil.

Cette fable et celle que l'on a citée plus haut ont été faites par des hommes libres, et plusieurs d'entre elles sont antérieures à celles de Phèdre et d'Ésope même. Cela suffît , je crois, pour prouver que c'est à tort qu'on attribue à l'esclavage l'invention de l'apologue ; opinion toutefois accréditée par Phèdre , qui, étant esclave , et trouvant cette manière d'habiller la vérité d'une utilité fréquente pour les hommes de sa condition , en conclut trop facilement qu'ils en sont les créateurs , et dit à Eutyque , auquel il fait hommage du troisième livre de ses fables :

Nunc fabularum cur sit iuventum genus , Brevi docebo : servitus obnoxia , Quia quae volebat non audebat dicere !

Affectus proprios in fabellas transtulit , Calumniamcpae fictis elusit jocis.

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