‹ Fables et poésies diversesChapitre 193 sur 257 · PAGE II · texte numérisé non relu

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Le fer et l'aimant.

Il y avait plus de dix ans que cette fable était faite, quand M. Auger, littérateur non moins recommandablepar la sévérité de son goût que par l'étendue de son érudition, me fit connaître celle que l'abbé Mangenot a composée sur le même sujet. La voici :

Un jour l'aimant tint au fer ce langage :

Ne m'aimez plus, ou craignez mon courroux. Ah! dit le fer, si mon feu vous outrage, Mon cher aimant, pourquoi m'attirez-vous?

«Je parie, écrivait-il en m'envoyant cette fable, que vous » n'aviez jamais lu ce quatrain. Vous conviendrez que la ren- » contre est singulière. J'ai pensé que vous l'apprendriez avec » plaisir. Il n'aurait pourtant pas fallu s'y frotter avec beau- » coup d'autres; mais vous n'êtes pas emprunteur, c'est là » votre moindre (défaut. »

Actéon.

Petit-fils de Cadmus. Il eut un jour le malheur de surprendre Diane au bain; la déesse indignée lui jeta de l'eau au visage, et le chasseur, métamorphosé en cerf, fut dévoré par ses propres chiens. Sa coiffure rappelle aujourd'hui des malheurs un peu moins tragiques.

5 page 17.

Polichinelle.

Grands et petits, tout le monde connaît Polichinelle, mais tout le monde ne connaît pas son origine.

Polichinelle est dans les farces napolitaines un personnage aussi important qu'Arlequin dans les farces vénitiennes. C'est un paysan calabrois , souvent très fin sous l'apparence de la

33o NOTES.

balourdise. Il est vêtu d'une casaque blanche et d'une large et longue culotte blanche aussi. Il porte un demi -masque brunâtre, remarquable par un très long nez aquilin. Sa coiffure est un haut bonnet de feutre gris, non pointu et sans bords. Il parle en jargon et ne bredouille pas. Son nom est Pulcinella.

Il y a , comme on voit , quelque différence entre ce polichinelle et le nôtre, couvert de dorures, chamarré de mille couleurs, décoré de deux bosses, et débitant ses turlupinades d'une voix qui ne peut se faire qu'à l'aide d'un instrument appelé pratique. Notre Polichinelle porte des sabots pour prouver qu'il n'a pas oublié son origine. Il est estimable sous ce rapport du moins : c'est le propre d'un bon cœur et d'un bon esprit de ne pas rougir de la condition de ses pères. Ce trait honorable pour Polichinelle est raconté avec détail dans l'une des fables nouvelles ajoutées à ce recueil. ,

Le mot partage , dont on se sert dans cette fable à propos de Polichinelle, nous semble caractériser assez bien son éloquence, plus abondante en mots qu'en idées : c'est le mot propre dans la circonstance et en d'autres. Beaumarchais appelait l'Académie française , X Académie du beau parlage.

PAGE i

Socrate.

Le plus sage des hommes. Il fut persécuté par les trente tyrans, joué en plein théâtre par Aristophane, et condamné à mort par le sénat d'Athènes , sur l'accusation de Mélitus et

NOTES. 33i

d'Anitus. C'est au sujet de la mort de Socrate que Phèdre a dit:

Cujus non fugio mortem si famam absequar, Et cedo invidiae dummodo absolvar cinLs.

Ces admirables vers ne font pas moins l'éloge du poëte qui les a faits , que du sage qui les a inspirés. Voltaire dit :

Socrate , enfant de la sagesse , Martyr de Dieu dans la profane Grèce.

Le théisme semble en effet avoir été la religion de ce grand homme, qui, par la force et la rectitude de son esprit, s'est élevé à la connaissance des plus hautes vérités morales. Cette force est une espèce de révélation.

Galilée ( Galileo, Galilei ).

Ce philosophe naquit à Pise en i564- Il adopta le système de Copernic, et, plus hardi que lui, osa enseigner publiquement le mouvement de la terre autour du soleil. On n'attaque pas impunément le premier de vieilles erreurs. Socrate avait été condamné à Athènes pour avoir démontré l'absurdité du polythéisme; Galilée fut condamné à Rome pour avoir démontré l'erreur du système de Ptolémée. Bible en main , l'inquisi-

tion le condamna, comme hérétique, à être incarcéré, et à réciter, chaque semaine, pendant trois ans, les sept psaumes de la pénitence. Socrate n'en avait pas été quitte à si bon marché. Après de mûres réflexions, faites en prison il est vrai , le physicien crut pouvoir condescendre aux désirs des sept cardinaux qui l'avaient condamné, et, les genoux en terre, il se rétracta en ces termes : « Corde sincero et fide « non ficta , abjuro , maledico et detestor supra dictos errores « et haereses. »

L'inquisition dut lui savoir d'autant plus de gré de cet effort, qu'il ne partait pas d'une intime conviction ; car, en se relevant, le philosophe relaps ne put s'empêcher de dire, en frappant du pied la terre qu'il avait rendue à son ancienne immobilité : Epursimovel et pourtant elle tourne!

Le système professé par Galilée, d'après Copernic, était, comme beaucoup d'autres choses, renouvelé des Grecs; fondé sur les opinions de Pythagore, il avait été soutenu par Ecphantus, Séleucus, Aristarcus, Philolaùs, Cléanthès, Héraclidès, Ponticus, et enfin par Archimède, dans son livre intitulé Arenaiius.

Nicolas Krebs, cardinal de Cusa, essaya de le faire revivre vers le milieu du quinzième siècle , dans son livre De docta ignorantia. Dans le seizième siècle, Copernic, chanoine de Thorn , sembla ne l'adopter que comme une hypothèse commode pour ses calculs , et , par ses calculs , fit de cette hypothèse une réalité , dans un livre dédié au pape Paul III.

N'est-il pas singulier que les opinions pour lesquelles Galilée fut si rudement tancé en i633 par sept cardinaux soient précisément celles qu'un cardinal avait impunément ressuscitées vers i45o, et qu'en i543 un pape semblait avoir adoptées,

en acceptant la dédicace d'un livre où leur évidence était démontrée par un chanoine ?

8 page 17.

L' Anitus du jour.

Voilà de ces traits qui ne regardent personne, pareequ'ils peuvent chaque jour changer d'application. Je renouvelle ici ma profession de foi : « Parccre personis, dicere de vitiis. »

Anitus était un rhéteur ennemi déclaré de Socrate. Les rhéteurs, dès ce temps, n'aimaient pas les philosophes. Celui-ci est à jamais exécrable par la mort du sage qu'il dénonça, de concert avec Mélitus, autre rhéteur. Le sang du juste retomba sur eux. Anitus, obligé de s'expatrier, par suite de l'horreur que les conséquences de sa calomnie avaient attirée sur lui, fut assommé à Héraclée, et Mélitus périt à Athènes , en expiation du même crime donj^la majorité de ses concitoyens avait été complice. Il n'y a pas toujours de l'honneur à être absurde, et du profit à être atroce.

9 page 18.

Fréron ( Catherine ).

Il a été pendant trente ans l' Anitus du jour.

10 page 18.

Voltaire.

Le génie le plus étonnant qui ait existé. Il est pour l'exé-

cution ce qu'Aristote est pour le conseil. Le philosophe grec a donné des principes sur tout; le fiançais a laissé des modèles en tout. La collection de ses œuvres est un recueil complet en poésie, en littérature et en philosophie. C'est probablement pour consoler les nations qui nous l'envient, que certaines personnes s'acharnent après la mémoire de ce grand homme, relèvent avec exagération ses défauts , ses erreurs , car il n'en est pas exempt, et atténuent, autant qu'elles le peuvent, l'éclat des beautés innombrables dont ses ouvrages en tous genres sont semés. La gloire de Voltaire n'est donc pas pour ces gens-là une gloire nationale ? Le moment est venu où l'on doit s'entendre sur un objet d'un si grand intérêt. De quelque opinion que l'on soit, on ne peut prétendre qu'il faille tout louer ou tout condamner dans Voltaire. La foi n'exclut pas le goût. Soyons bons chrétiens, mais soyons aussi bons Français.

1 ' page 20.

Les Roussels passeront , les Jeannots sont passés.

Roussel (Cadet) est le héros de quelques farces auxquelles une originalité bouffonne et le jeu non moins bouffon d'un acteur ont donné de la vogue aux boulevarts. Jeannot avait joui, il y a trente ans, sur les mêmes théâtres, d'une faveur non moins grande , et presque aussi méritée. Il n'est plus connu que des érudits. « Sic transit gloria mundi. »

On n'a pas cru devoir mettre ici de notes relativement à Racine et à Corneille ; mais une note sur Cadet-Roussel et sur Jeannot peut être de quelque utilité pour nos neveux.

,a PAGE 37.

Les trois zones.

Il y en a proprement einq, qui tirent leur dénomination de leur degré d'éloignement ou de proximité du soleil. La zone torride est l'espaee compris entre les deux tropiques , et partagé par l'équatcur. Les zones tempérées sont les espaces compris entre le tropique du cancer et le cercle polaire arctique, et entre le tropique du capricorne et le cercle polaire antarctique. Les deux zones glaciales sont les espaces circonscrits par les deux cercles polaires, et dont les pôles sont les centres.

Les noms des différentes zones indiquent la différence de leur température.

l3 PAGE 37.

M. Andrieux.

Auteur de plusieurs comédies remarquables par un talent non moins naturel que spirituel ; auteur aussi de plusieurs contes, moraux sans pédanterie, ingénieux sans recherche, et gais sans licence.

M. Andrieux, membre de l'Institut, et professeur de littérature française au collège, remplissait aussi la même chaire à l'école polytechnique. Les leçons qu'il y donnait n'avaient pas moins pour objet de former la raison que l'esprit de ses élèves. Il serait difficile de trouver un littérateur qui alliât un jugement plus sain à un goût plus sûr. On a cru néanmoins devoir l'y remplacer.

Sibérie.

Vaste contrée d'Asie, voisine de la zone glaciale.

l5 page 39.

Cafrerie.

Pays des Cafres, contrée d'Afrique, située sous la zone torride.

Colin-maillard.

Une note à ce sujet serait inutile, si le hasard ne pouvait faire tomber ce livre entre les mains de quelque étranger. Ce jeu, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, consiste à bander les yeux à une personne qui court ainsi à travers une société qui l'agace. Le colin-maillard se fait remplacer par le joueur qu'il attrape, et qu'il nomme, les yeux fermés s'entend. Casse-cou, pot-au-noir, sont les mots par lesquels on l'avertit du risque auquel il s'expose en dirigeant sa course vers un meuble ou un objet contre lequel il pourrait se blesser. Ce jeu d'enfant, qui ne déplaît pas aux grandes personnes, est moins du goiit des mères que de celui des filles; ce qui donne quelques présomptions contre son innocence.

'7 PAGE /t3.

Momus,

Dieu de la raillerie et des bons mots. Les immortels n'étaient pas à l'abri de ses traits satiriques. Choisi par Neptune, Minerve et Vulcain, pour juger de l'excellence de leurs ouvrages, il les critiqua tous les trois. Neptune aurait du mettre au taureau les cornes devant les yeux pour frapper plus sûrement, ou du moins aux épaules pour porter des coups plus forts. La maison de Minerve lui sembla mal entendue, parcequ'elle était trop massive pour être transportée, en cas de mauvais voisinage. Quant à l'homme de Vulcain, Momus aurait voulu qu'on lui eût fait au coeur une petite fenêtre par le moyen de laquelle on pût lire dans ses plus secrètes pensées. Vénus même ne put échapper à sa causticité ; mais comme elle était trop parfaite pour que sa personne pût donner prise à la censure, c'est sa chaussure qu'il attaqua. Les critiques depuis n'ont pas toujours été si réservés, en littérature surtout. Or, vu les titres de la plupart de ceux qui, de tout temps, ont jugé les autres, en est-il beaucoup à qui l'on ne soit en droit de dire : « Sutor, « ne ultra crepidam ? »

18 page 46-

En oût ce fut tout autre chose.

J'ai cru pouvoir écrire oût au lieu d'août, et en cela je suis autorisé par l'usage. On dit aussi communément oût qu'août.

Ce mot oût est employé dans les campagnes pour le mot moisson.

La Fontaine s'en est servi dans ce sens :

Je vous paierai , lui dit-elle , Avant Yout, foi d'animal.

Avant la moisson , qui se fait au mois d'août.

Oût et août dérivent ft Augustus , nom que porta en dernier lieu le sixième mois de l'année dans le calendrier de Romulus , et qui lui fut donné par le sénat en honneur d'Auguste. Ce prince avait triomphé trois fois, et subjugué l'Egypte dans ce même mois où il était parvenu au consulat , avant l'âge. Ce mois, jusqu'alors, avait été appelé Sextilis.

J9 page 46.

Les trésors de la Beauce.

La Beauce, ancien nom d'une province de France. Elle contenait le pays Chartrain, le Dunois, le Vendômois, et faisait partie de l'Orléanais: c'est aujourd'hui le département d'Eureet-Loire.

La Beauce est très fertile en blé, ce qui la fait appeler le grenier de Paris.

20 page 46.

Rollin ( Charles ).

Né à Paris le 3o janvier 1661. Il était fils d'un coutelier.

C'est à un bénédictin des Blancs-Manteaux qu'il fut redevable de son éducation. Ce moine ayant reconnu dans le jeune Rollin, qui lui servait la messe, d'heureuses dispositions pour les lettres, lui procura une bourse au collège du Plcssis. Le jeune homme y fit ses humanités sous le célèbre Hersan, qui ne crut pas pouvoir se donner un plus digne successeur que son élève. Rollin le remplaça dans les chaires de seconde, de rhétorique, et dans celle de professeur d'éloquence au collège Royal. Nommé recteur de l'université en 1 G94, il régénéra l'instruction, non seulement en remettant en honneur l'étude du grec, mais en faisant marcher de front l'étude de la langue nationale avec celle des langues anciennes. En reconnaissance de ses services, il fut conservé deux ans dans cette dignité, à laquelle on l'éleva de nouveau en 1720.

Rollin avait quitté dès 1712 l'administration du collège de Beauvais, pour consacrer tout son temps à la composition de ses ouvrages. Ils ont mis le sceau à sa réputation. C'est par eux qu'il ne mérite pas moins de la jeunesse présente que de celle qui lui fut contemporaine ; c'est par eux qu'il a été et qu'il sera l'instituteur de la jeunesse, tant que l'instruction sera puisée dans les sources du goût, et reposera sur les bases de la morale.

Rollin, érudit sans être pédant, doux sans être faible, était remarquable par la candeur et la naïveté de son caractère. Persuadé de l'utilité de ses ouvrages , il en parlait comme il en pensait , et les louanges qu'il se donnait partaient moins de son orgueil que de sa franchise.

Voltaire, qui détestait toute pédanterie, loin d'en accuser Rollin , dont il relève plusieurs erreurs , en fait assez l'éloge ,

34o NOTES.

en conservant à ce professeur, dans le Temple du goût , les fonctions qu'il remplissait clans l'université :

Non loin de lui Rollin dictait Quelques leçons à la jeunesse ; Et quoique en robe on l'écoutait, Chose assez rare à son espèce.

Entre les ouvrages les plus recommandables de Rollin, on distingue son Histoire ancienne , son Histoii'e romaine , et le Traité des études. Rollin était membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il mourut en 1741? à l'âge de quatre-vingts ans.

21 page 5i.

M. Delille ( Jacques ).

Qui ne connaît ce poète, non moins étonnant par son élégance que par sa fécondité? Ses nombreux ouvrages sont entre les mains de tout Français et de tout étranger qui aime la langue de Racine et de Voltaire. Personne, depuis ces deux grands hommes, n'a manié cette langue avec plus d'habileté et de succès.

Delille est mort en juin i8i3.

22 page 5i.

Les Guèbres.

Sectateurs de Zoroastre. Ils passent pour adorer le feu et le soleil , auxquels ils ne rendent un culte que parcequ'ils les regardent comme des images de l'Être suprême. Les Guèbres

NOTES. 34i

croient à un Dieu unique , et n'ont été accusés d'idolâtrie que par les ignorants, qui les ont jugés sur des pratiques extérieures. Les Guèbres sont doux, charitables, hospitaliers. Leurs mœurs sont la conséquence des préceptes qui leur sont tracés dans le Zend-Avesta, livre qui, disent-ils, a été donné à Zoroastre par Dieu même. Ces préceptes, quant à la morale, ont quelque analogie avec ceux du christianisme , et respirent la plus douce philanthropie.

Un Clément.

Il fut aussi quelque temps l'Anitus du jour. Semblable à l'incendiaire qui détruisit le temple d'Éphèse, ce Clément obtint quelque célébrité en attaquant les plus illustres de ses contemporains. Si violentes et si injustes que soient ses diatribes , avouons pourtant que depuis on a fait mieux ou pis.

Quand ce critique a voulu se produire comme auteur, ses essais n'ont pas été heureux. Sa réponse à Voltaire au nom de Boileau, est une satire au-dessous du médiocre.

Sa tragédie de Médée n'est connue que par le bruit de sa chute; et peu de personnes savent qu'il a traduit en vers la Jérusalem délitée. Après un long repos, Clément rentra dans l'arène , mais sans succès. Des coups de mâchoire ne sont pas des coups de dents; il parut lourd et usé, et mourut oublié ou éclipsé.

On l'appelait Clément Xinclément. Il était de Dijon. Il ne faut pas le confondre avec l'auteur des Nouvelles littéraires, autre critique, qui mourut fou à Charenton. Ce Clément-là

était de Genève. Ses écrits sont des modèles d'urbanité, de modération même, comparés à ceux de son homonyme, et pourtant il ne pèche pas par trop d'indulgence.

'4 page 53.

Au temps où les bêtes parlaient; Non pas hier pourtant.

Ce trait a quelque ressemblance avec ce passage d'une fable de l'abbé Le Monnier :

Au temps que les cruches parlaient; C'était, s'il m'en souvient, la semaine dernière.

Ce n'est pourtant pas à Le Monnier que je l'ai emprunté , mais bien à maître Rabelais, à qui notre abbé peut bien avoir aussi quelque obligation.

« Au temps où les bêtes parlaient , il n'y a pas trois jours , » dit le curé de Meudon. (Pantagruel, liv. n, chap. xv.)

Il serait assez curieux de dresser un état des emprunts faits à ce prêteur inépuisable. Il se trouverait d'assez beaux noms sur la liste de ses débiteurs, parmi lesquels figureraient Molière, La Fontaine, et Voltaire lui-même, qui décrie un peu trop dans Rabelais la monnaie qu'il pille.

25 page 53.

Nestor.

Roi de Pylos. Il était du nombre des capitaines grecs qui suivirent Agamemnon au siège de Troie. Son grand âge et sa

longue expérience lui donnaient une grande influence dans les conseils; on l'écoutait avec déférence, quoiqu'il traitât souvent avec assez peu de ménagement Agamemnon, roi des rois, et Achille, égal aux dieux. Nestor avait l'habitude de sacrifier la génération présente à la génération passée. Les héros au milieu desquels il finissait sa vie ne valaient pas, disait-il, ceux au milieu desquels il l'avait commencée. Dès ce temps-là , aux yeux de la vieillesse , la jeunesse n'était qu'une race dégénérée. Cette manière de voir durait encore du temps d'Auguste :

DifGcilis, querulus : laudator temporis acti, Se puero, censor castigatorque minorum.

dit Horace en faisant le portrait du vieillard, portrait fait d'après des observations si justes, qu'il ressemble aux Nestors de nos jours.

Le caractère de Nestor, tracé avec une naïveté souvent sublime, ne dépare point l'épopée dans Homère; mais, placé dans des circonstances moins graves, ne serait-il pas essentiellement comique ? Il y a peu d'assemblées, de sociétés , et même de compagnies, où l'on n'acquière journellement la preuve de cette vérité.

26 page 54.

Tel, déjà capitaine au milieu des marmots,

Guesclin, dans un enfant, faisait voir un grand homme.

Bertrand Du Guesclin, gentilhomme breton, l'homme le plus

brave, et le plus brave homme de son temps. Il était né pour les combats. Dès sa plus tendre enfance, il bataillait avec des champions de son âge. « Il n'y a pas de plus mauvais garçon « au monde, disait sa mère il est toujours blessé, toujours « déchiré, toujours battant ou battu. »

Il fit toute sa vie la guerre aux Anglais avec des succès divers, mais avec une intrépidité toujours égale. Vainqueur à Cocherel, vaincu à Navarette, il fut héros dans les revers comme dans la prospérité. Une maladie l'enleva devant Châteauneuf-de-Randon , qu'il assiégeait , et dont les clefs , rendues à sa mémoire , furent déposées sur son cercueil par le gouverneur de la place.

Du Guesclin était connétable de France et de Castille; il fut enterré à Saint-Denys avec les rois.

2 7 page 55.

Dans le comptoir, Fabert ne rêvait que combats.

Fabert (Abraham) était fils d'un libraire de Nancy. Son père le destinait à l'église ou au barreau ; la nature l'avait fait pour la guerre. Il se signala bientôt par des exploits si surprenants, qu'on les attribuait à un pouvoir surnaturel, et au diable plutôt qu'à Dieu, ce qui est tout simple. Un jugement solide et profond, une intrépidité à toute épreuve, ont seuls produit ces miracles, et ceux qui leur succédèrent pendant la longue carrière qu'a fournie ce guerrier. Louis XIV, en considération de tant de services, voulut décorer Fabert du cordon bleu, en le dispensant des preuves de

noblesse exigées par les statuts de l'ordre. Fabert refusa le cordon, par cela même qu'il ne pouvait faire ses preuves. « Je « ne veux pas , disait-il , que mon manteau soit décoré d'une « croix, et mon âme déshonorée par une imposture. » Fabert mourut en 1662, à Sedan, dont il était gouverneur. Il était maréchal de France.

28 PAGE 5y.

Le mulot.

Mus sylvaticus. Ce quadrupède, plus petit que le rat , et plus gros que la souris, se retire comme eux dans des trous; il habite les bois et les champs.

Le fait que je raconte est vrai , aux discours près. L'éléphant du Jardin des plantes écrasa par mégarde un phascolome qui, très imprudemment, avait fait son terrier dans la cour où ce colosse se promenait.

Le phascolome , dont on ne sera peut-être pas fâché de trouver ici la description, est un quadrupède nouvellement découvert dans les parties méridionales de la Nouvelle-Hollande, et qui a des rapports avec les animaux à bourse et avec les rongeurs. Sa taille est égale à celle du blaireau; il est gros et bas sur jambes; son poil, épais et grossier, est d'un gris plus ou moins brun ; il n'a pas de queue , ses oreilles sont courtes; sous son ventre est une poche où il porte ses petits tant qu'ils n'ont pas acquis le développement nécessaire pour se mouvoir par leurs propres forces. Sa bouche est armée de quatre incisives, et ses pieds de devant d'ongles forts

et propres à fouir. Le phascolome est très lent dans ses mouvements; il habite les terriers, et ne se nourrit que de végétaux. On dit sa chair excellente à manger. Ce nom phascolomis signifie un rat, ou en général un rongeur pourvu d'une poche ; les naturels de la Nouvelle-Hollande l'appellent JVombat.

2 9 page 59.

Folliculaire.

C'est le nom que l'on donne à cette espèce de critiques qui rendent leurs arrêts sur des feuilles isolées, ou plutôt sur une portion de ces feuilles, de là appelées feuilleton.

Le nom de folliculaire marque peu de considération pour la personne à laquelle on l'applique, et ne peut, sans injustice, être donné indifféremment à quiconque écrit dans les journaux.

Les feuilletons même , qui ont été trop souvent déshonorés par les plus injurieuses diatribes, par les plus grossières turlupinades, offrent souvent des articles qui sont des modèles de goût et de modération. Il existe entre les auteurs de ces articles et les folliculaires la même différence qu'entre Aristarque et Zoïle, Boileau et Gâcon.

3o page 60.

Confucius.

Nom latin donné par les missionnaires à un philosophe

chinois qui s'appelle Confutzée dans la langue de son pays. Ce sage, qui ne cessa pas de l'être à la cour, où il a rempli les plus honorables fonctions, finit par renoncer au ministère pour se livrer à renseignement de la philosophie. Il eut de nombreux disciples; mais il paraît que ses leçons étaient plus écoutées que pratiquées. « Hélas! disait-il quelque temps avant « sa mort, il n'y a plus de sages, il n'y a plus de saints; les « rois méprisent mes maximes: je suis inutile au monde, il ne « me reste plus qu'à en sortir. »

Il en sortit à l'âge de soixante-treize ans, et, comme de raison, fut beaucoup plus honoré après sa mort qu'il ne l'avait été de son vivant. Confucius, suivant MM. Chaudon et Delandine, vivait 55o ans après lanaissance de J.-C.,et 55r ans avant la même époque, suivant Lenglet-Dufresnoy et M. Desuigne, d'accord sur ce point avec les chronologistes susdits, à onze cent un ans près.

31 page 60.

Philosophe.

Mot dont on a étrangement abusé. Dans son sens primitif, il signifie ami de la sagesse. D'après cela , ce nom respectable n'appartient pas plus aux réformateurs imprudents qu'aux fanatiques défenseurs d'institutions surannées.

Arachné.

Habile ouvrière, qui prétendait l'emporter sur Minerve

dans l'art de la broderie. La déesse, piquée de se voir en effet surpassée dans un défi que cette imprudente avait osé lui porter, déchira les trames, brisa les métiers de sa rivale, et la frappa sur la tête avec sa navette. Arachné se pendit de désespoir, et Minerve la changea en araignée.

Ce fait nous apprend jusqu'où peuvent nous mener les jalousies de métier. Minerve est ici dans son tort. La sagesse même ne peut donc pas répondre d'elle en toute circonstance.

33 page 65.

La statue renversée.

Le fond de cette fable, ainsi que je l'ai dit , n'est pas de mon invention. Je l'ai trouvé dans un recueil en prose , intitulé Apologues modernes , imprimé à Bruxelles en 1789.

Il est une autre fable, imprimée sous mon nom dans quelques recueils, qui m'appartient encore moins que celle-ci; c'est une fable intitulée L'or et le fer. Elle est excellente. Ne l'avoir point placée dans ce volume, c'est prouver suffisamment, je crois, que je n'en suis pas l'auteur.

Jamais une esquisse, une ébauche , Un simple trait peut-il sortir de ta main gauche :'

Il n'y a pas de règle sans exception. Jouvenct, devenu pa-

ralytique de la main droite, dessinait et peignait de la main gauche. Entre autres morceaux admirés, il exécuta de cette main le tableau appelé le magnificat, tableau que peu de peintres eussent exécuté de leur main droite. Parmi les peintres vivants, on cite aujourd'hui M. Werstappen , paysagiste belge, qui ne se sert que de la main gauche...

35 page 73.

Redouté.

Redouté, peintre de fleurs, qu'il reproduit avec une fidélité non moins admirée des savants que des artistes.

36 page 82.

Allons, flatteurs, faites des vôtres.

Tout homme aime à être flatté, c'est un malheur; mais un malheur plus grand, c'est qu'il y ait des gens assez lâches pour flatter. Le flatteur est l'homme qui n'a pas honte de chercher à se rendre agréable, soit en louant sciemment , avec exagération, dans les autres, les qualités qu'ils peuvent avoir, soit en leur prêtant sciemment aussi les qualités qu'ils n'ont pas. La pire espèce de flatteurs est celle qui érige les vices en vertus.

Il ne faut pas confondre l'éloge avec la flatterie ; l'éloge est le prix dû aux bonnes et aux grandes actions. Celui qui refuse l'éloge à l'homme qui l'a mérité n'est pas moins injuste que le

55o NOTES.

flatteur, et il est quelquefois aussi lâche; car, s'il est toujours lâche de flatter, il est souvent courageux de louer.

Cette différence entre l'éloge et la flatterie est peut-être exprimée d'une manière assez sensible dans les vers suivants, et c'est ce qui me détermine à les rapporter. Ils sont extraits du Retour de Trajan, comédie qui se trouve dans le second volume de ce recueil. Pline le jeune les adresse à un libelliste qui l'accuse d'avoir flatté l'empereur.

Je ne l'ai pas flatté ; c'est le métier d'un lâche ;

Ce ne sera jamais le mien.

Je l'ai loué quand il a fait le bien. Je l'ai loué souvent ; et d'un bon citoyen

C'est remplir la plus noble tâche.

Chacun à son devoir veut être encouragé

Par l'attrait d'une récompense; Par l'espoir des grandeurs tel s'y trouve engagé,

Tel par l'espoir de la puissance.

Vous-même, sans l'espoir du gain ,

Vous persisteriez moins, je pense, Dans le plus vil métier du plus vil écrivain. Mais ces objets de nos désirs extrêmes, L'or, les rangs, les grandeurs, si chéris des humains,

Que sont-ils pour les souverains

Qui les possèdent par eux-mêmes?

Nous devons donc à leurs vertus

Un prix mille fois plus sublime.

C'est l'amour général, c'est la publique estime, Qui, d'un jour bien rempli , récompensait Titus! L'éloge encourageait cette bonté féconde, Qui sur le genre humain chaque jour s'exerçait;

Et la voix qui le prononçait

NOTES. 35i

Acquittait la dette du monde.

Sous un autre Titus j'ai rempli ce devoir, etc.

Eau de Dupleix.

L'eau de Dupleix est une essence dite vcstlmentalc , et qui porte le nom de son inventeur.

M. Denis dont il est question dans la fable à laquelle cette note se rapporte est un personnage qu'une chanson pleine d'originalité, de gaieté et de naturel, a rendu célèbre. Cette chanson est de M. Désaugiers , qui est né pour faire des couplets comme La Fontaine était né pour faire des fables, et qui ne pouvait être égalé , si ce n'est surpassé , que par l'auteur du roi d'Yvetot,par M. Béranger, chansonnier plein d'esprit et de philosophie, homme dont le talent, si supérieur qu'il soit, est encore le moindre titre qu'on lui reconnaisse à l'estime des honnêtes gens.

38 page 91.

Par un carme ou par un sonnet.

On écrit encore sonnez, et l'on prononce sonnet; on prononçait sonnés du temps de Boileau, si l'on juge par ces vers :

Tes biens , au sort abandonnés , Devenir le butin d'uu picpie ou d'un sonnés.

Satire x.

Il paraît qu'insensiblement l'usage a substitué dans ce mot

sonnez le son de Yet à celui de Yé fermé. De là matière à dispute. Si l'on rime pour l'oreille, sonnet ne rime plus avec abandonnés; mais comme on rime aussi pour l'œil, sonnez ne rime pas avec cornet : voilà donc un mot mis hors du dictionnaire des rimes, pour peu que l'on s'obstine à lui conserver son ancienne orthographe.

Peut-être les rimes ne sont-elles pas assez nombreuses dans notre langue pour qu'on renonce à l'emploi d'un mot qui peut rimer. Peut-être, dans le doute où nous sommes , est-ce l'oreille qu'il faut consulter de préférence à l'œil. Ces réflexions, je l'avoue, m'ont déterminé à employer le mot sonnez d'après le son que lui donne la prononciation générale. Mais pour ne pas blesser l'œil en satisfaisant l'oreille, j'ai écrit ce mot conformément à la prononciation sonnet. Boileau a pris une licence bien plus grande , quand il a fait de chèvrefeuille , chèvrefeuil dans les vers suivants :

Antoine , gouverneur de mon jardin à? Auteuil , Qui diriges chez moi l'if et le chèvrefeuil.

Il me semble qu'ici Boileau sacrifie un peu trop l'intérêt de l'étymologie à celui de la rime, et n'est pas, comme moi, excusé par l'usage. Je ne serais pas étonné cependant de me voir condamné par ceux-là même qui le justifient. Aux tribunaux littéraires, comme à d'autres, ce n'est pas toujours pour le plus faible que l'on montre le plus d'indulgence.

38 bis page 92.

Chaudet ( Jean-Denys).

Membre de l'Institut, de la section de sculpture, mort à

Paris en 1810, dans la force de l'âge et celle de son talent.

Les compositions de cet habile artiste sont remarquables par leur simplicité et leur naïveté. Tels sont les caractères qui appellent d'abord l'attention sur son OEdipe et son Cyparisse ; attention qui se change bientôt en douce pitié, en profond attendrissement. Son Nid d'amour , autre morceau d'une exécution charmante, et dont les mauvaises imitations ont été si multipliées, même en Italie, le dispute à ce que les anciens ont laissé de plus ingénieux; il est impossible de l'étudier sans sourire , comme il est impossible de ne pas soupirer en contemplant le Berceau de Paul et Virginie.

Entre les ouvrages d'une plus grande dimension qui sont sortis du ciseau de Chaudet, on distinguait le bas-relief qui décorait le fronton du palais du corps législatif, et la statue de Napoléon législateur , qui était placée dans la salle où s'assemblent les députés. Que sont devenus ces chefs-d'œuvre ?

Chaudet a laissé une veuve qui perpétue par ses tableaux l'honneur d'un nom aussi cher à la peinture qu'à la sculpture.

3 9 PAGK <)H.

La Reyuière ( Griinod fie ).

Auteur de X Almanach des gourmands , seul ouvrage de cette époque qui plaise à tous les partis et concilie tous les goûts.

4° PAGE IOi).

Regnault de Saiut-Jean-d'Angély.

Voyez , dans les notes de l'avertissement , le n° i .

41 PAGE lo5.

Je n'aime pas ces paladins femelles.

Voltaire était du même avis; il dit, je ne sais où :

J'aimerais mieux

Une beauté douce comme un mouton.

Et , je ne sais où non plus :

Ciel! que je hais ces créatures fières, Soldats en jupe, nommasses chevalières, Du sexe mâle affectant la valeur, Sans posséder les agréments du nôtre, A tous les deux prétendant faire honneur, Et qui ne sont ni de l'un ni de l'autre.

Ces vers-là sont, comme on le voit, dans la bouche d'une femme, et d'une femme de sens.

42 page 106.

La plume en main , burlesques Bradamantes , Ne voit-on pas les Sapho guerroyer.

Il était réservé à notre âge de nons montrer dans certaines femmes l'oubli des bienséances porté presque aussi loin que certains hommes ont porté l'oubli des principes. Je suis loin d'approuver la rigueur avec laquelle le poëte Lebrun défend au beau sexe de prendre la plume : un pareil arrêt ne blesse pas

moins la justice que la galanterie. Celui qui l'a rendu ne connaissait probablement pas les vers de mesdames de Salm, de Beaufort,Dufresnoi et Babois, les romans de mesdames Ducos, deSouza, ae Staël, et ceux par lesquels madame Cottin s'est placée à côté de nos meilleurs écrivains dans ce genre, si facile pour quiconque borne ses prétentions à se faire lire, si difficile pour quiconque a l'ambition d'être relu. A l'époque où Lebrun écrivait, n'était-il enfin de femmes célèbres par leur esprit que celles que nous citons?

Il eût été fâcheux pour les lettres que tant d'illustres contemporaines se fussent laissé décourager par notre Pindare, qui n'a été que trop souvent notre Alcée ; mais ne serait-il pas à souhaiter de voir revenir à des occupations plus doutées et plus décentes certaines femmes qui, entre tant de branches de littérature auxquelles leur esprit pouvait s'appliquer, ont choisi celle qui répugne le plus aux grâces de leur sexe, et qui, se livrant à la polémique, aiment mieux hurler avec les loups, à l'imitation dcFréron, de Desfonta#ies et de Geoffroi , que de paître les moutons avec Deshoulières ?

Bellatrix , audetque viris, concurrere virago.

Je ne conçois pas comment une femme peut se décider à faire la guerre, même en littérature, à provoquer un combat dont le résultat ne peut jamais être entièrement satisfaisant pour sa fierté. Ou l'adversaire dédaignera la provocation, et cette modération ne peut pas tout-à-fait s'attribuer à la crainte, ou il rendra œil pour œil et dent pour dent. Or, dans le premier cas, le refus n'est-il pas un outrage? et dans le second,

où est l'honneur? La victoire se déclarcra-t-elle pour l'amazone, on l'attribuera moins à sa force qu'à la faiblesse du champion; d'ailleurs, elle n'aura pas ferraillé sans prendre quelque attitude peu séante, sans recevoir quelques unes de ces atteintes qui appellent sur les héroïnes plus de ridicule que de pitié.

Une femme douée de plus de jugement que d'imagination aimera mieux ne point écrire que de grossir la liste des faiseurs de libelles. Si, pourtant, écrire est pour elle un besoin, comme il n'est pas donné à tout le monde de réussir dans les genres de compositions par lesquels se sont illustrées les dames cidessus nommées, qu'elle cherche la gloire dans l'utilité; à l'exemple de madame Gacon-Dufour , ou de madame Guizot , qu'elle consacre ses loisirs à écrire sur l'économie domestique ou sur l'éducation. Après le mérite de bien conduire un ménage et de bien élever les enfants, le talent de rédiger le résultat de ses observations est, j'en conviens, un de ceux que l'on peut souha^er à la mère de famille qui, ne cultivant ni la musique ni le dessin, ne sachant manier ni l'aiguille ni la navette, après avoir fait le wisk ou le boston, et donné un temps raisonnable à la lecture, se trouve avoir des moments à perdre.

43 page 106.

Cuistre en cornette, et Zoïle en jupon.

Cuistre, coquus , coquister. Ce mot, peu noble par luimême, puisqu'il désigne ce qu'il y a de plus infime dans les employés de la cuisine, est appliqué depuis long-temps à ces

pédants ridicules par l'affectation do la science et par l'ignorance des bienséances.

Molière se sert du mot cuistre dans les Femmes savantes; c'est une des galanteries que Vadius adresse à Trissotin :

Allez, cuistre.

Voltaire dit quelque part :

Un cuistre en rol)e avec bonnet carre.

Ils ont quelquefois porté ce costume.

Zoïle , cuistre, né à Amphipolis , en Tlirace , i$g ans avant Jésus-Christ. Il a laissé un nom tristement célèbre. Zoïle tenta contre Homère ce que, de nos jours, Geoffroi a tenté contre Voltaire: ce métier-là ne lui a pas réussi. Au lieu de le conduire à la fortune, il le conduisit au gibet. Ptolémée Philadelphe lit mettre Zoïle en croix : c'était porter un peu loin l'amour des lettres. Il suffisait d'abandonner ce misérable au mépris public, qui tôt ou tard fait justice de la sottise et delà méchanceté. C'est à l'opinion à punir les tentatives qu'un présomptueux a laites pour pervertir l'opinion. Soyons de l'avis de X homme aux quarante écus. Ce bon M. André veut de la proportion en tout, et surtout entre les délits et les peines. C'est aussi l'avis de Beccaria.

44 page 106.

Despautère ( Jean ).

Latiniste flamand. On a de lui un grand in-folio qui, sous

le titre de Commentant grammatici , contient un rudiment, une syntaxe, une grammaire, une prosodie, et un traité des tropes. Il fut long-temps l'oracle des collèges. Ce laborieux grammairien était borgne. Il mourut en i52o. Sa latinité n'est pas du goût de la comtesse d'Escarbagnas.

45 page 106.

Les doigts salis de l'encre de Gàcon.

Gâcon, poëte satirique. Il serait tout-à-fait oublié si son nom ne s'était conservé dans la langue usuelle comme une injure par laquelle on désigne ces libellistes qui par leur talent ne se font pas pardonner leur malignité.

On peut à Despréaux pardonner la satire ;

Il joignit l'art de plaire au malheur de médire.

Le miel que cette abeille a su tirer des fleurs

Pouvait de sa piqûre adoucir les douleurs.

Mais pour un lourd frelon, méchamment imbécile ,

Qui vit du mal qu'il fait, et nuit sans être utile,

On écrase à plaisir cet insecte orgueilleux ,

Qui fatigue l'oreille , et qui choque les yeux.

Voltaire, Disconrs sur l'envie.

Le poëte Lebrun, dans ses stances aux femmes auteurs, dit :

L'encre sied mal aux doigts de roses.

Cela est trop absolu pour être juste. C'est avec de l'encre

que Sévigné et Deshoulières traçaient les vers qui nous enchantent, et qui vivront autant que notre langue. C'est avec de l'encre que madame Desbordes -Valmore écrit ses gracieuses compositions. Je ne sache pas de doigts de roses que cette encre puisse gâter. Mais est-il griffes de harpies que ne puisse enlaidir l'encre de Gâcon ? C'est dans cette encre que toute femme doit craindre de tremper même sa plume.

46 page 127.

Le roi de Rome.

11 est des gens qui me blâmeront de n'avoir pas retranché cette fable de mes dernières éditions, ce sont ceux qui m'ont le plus loué de l'avoir publiée dans la première. C'est tout simple. Ce qui est tout simple aussi, c'est que je compte pour rien l'éloge et le blâme de ces gens-là , que je reconnais toutefois pour plus prudents que moi. Quant à mes autres lecteurs , je les prie de vouloir bien relire, ou lire, les deux mots que j'ai mis à la tète de cette édition.

Encore un mot relativement à cette fable. Je n'ai rien changé aux vers qui la terminent; rien ne le commandait ; rien, pas même les changements qui se sont opérés dans la condition du jeune Napoléon et de son père. Quelle que soit la destinée de ce jeune prince, la vie de son père , si féconde en leçons, en exemples, sera pour lui un grand sujet de méditation.

Si, à la lecture d'une histoire aussi remarquable par ses vicissitudes, aussi surprenante par les succès et les revers d'un homme dont la destinée était de changer la face du monde par sa chute comme par son élévation , et dont le plus grand

56o NOTES.

tort (politiquement parlant) est d'avoir poussé la fortune à bout dans l'adversité , tort qui , dans sa prospérité , avait été son plus grand mérite; si, dis-je, à cette lecture, le fils de Napoléon ne se sent pas accablé du nom qu'il porte, je le crois assez fort pour le porter.

L'analyse de la vie de Napoléon, que je n'envisage ici que de l'œil duquel il sera vu par la postérité, semble avoir été faite par Lucain dans les vers suivants, qui, depuis trente ans, servent d'épigraphe à ma tragédie de Marius.

Ille fuit vitae Mario modus, omnia passo , Quae pejor fortuna potest , atque omnibus uso, Quae melior : mensoque homini quid fata pararent.

Pharsaïia , lib. II.

Par d'étonnants revers le sort veut que j'expie Les étonnants succès qui signalent ma vie ; Il veut faire admirer à la postérité Mon infortune autant que ma prospérité.

Marins à Minturnes , acte II, scène i.

Les puces.

Un homme de goût, un critique des plus distingués de l'époque, a blâmé le sujet de cette fable : il lui paraît peu noble. Peut-être est-ce pousser la sévérité un peu loin. La Fontaine a fait l'homme et la puce , et personne n'a trouvé cette fable,

NOTES. 36i

empruntée à Ésope, indigne de son recueil. Molière a fait dire à Orgon, dans le Tartufe ,

II se vint, l'autre jour, accuser D'avoir pris une puce en faisant sa prière ;

et je ne sache pas que ce trait lui ait été reproché comme contraire au bon goût.

Ces observations , au reste, n'ont pour but que ma justification. Je ne dois que des remerciements à l'auteur de l'article auquel je réponds, article remarquable sous tous les rapports, et qui n'a pas moins de droits à ma reconnaissance par ses critiques que par ses éloges. Il est de feu M. Dussaut.

48 page i3o.

Lovelace.

Séducteur de Clarisse dans le célèbre roman de ce nom. Il est difficile de porter plus loin que lui l'art de plaire et de tromper. Malgré sa fin tragique, il a plus perverti de jeunes gens qu'il n'en a converti. Son nom , qui se donne à ses imitateurs, n'est pas toujours reçu par eux comme une injure.

4 9 page i3a.

Pour ennuyer leur compagnie.

Compagnie, société, bande, association. Il se dit des hom-

mes et des animaux : une compagnie de cavalerie, une compagnie de perdreaux. Appliqué aux hommes, ce mot indique quelquefois une association qui établit solidarité entre ses membres, quelquefois aussi une société d'une nature tout opposée, puisque l'Académie française , dont les membres n'étaient point solidaires les uns pour les autres , a toujours affecté de s'appeler compagnie. On trouve partout des hommes qui ennuient leur compagnie, on en trouve même dans cette compagnie-là.

Troupe et compagnie ne sont pas synonymes. Baron, de la comédie française, ayant complimenté le parlement au nom de sa compagnie, le premier président, De Harlay, l'en remercia au nom de sa troupe.

5o page i35.

Ours mal léchés.

Cette fable , ainsi que nous l'avons dit plus haut , est fondée sur une vieille opinion. Les anciens croyaient non seulement que l'ours , mais que les quadrupèdes en général formaient à coups de langue la figure de leurs petits. C'est ceque Virgile exprime si élégamment dans la peinture qu'il fait des soins que la louve donne à Rémus et à Romulus :

ïecerat, et viridi fœtam Mavoitis in anlro Procubuisse lupam : geminos huic ubera circum Ludere pendentes pueros, et lambere matrem Impavidos , illuni tereti cervice reflexam Muleere alternos, et corpora /ingère lingua.

Ces vers ont été ainsi imités par Delille :

Là du dieu des combats gît la louve fidèle; Deux célestes jumeaux qui sont nourris par elle Pendaient à sa mamelle et jouaient sur son sein. Déjà dans leurs regards est écrit leur destin; Nés dans l'antre de Mars ils en ont le courage, Ils sucent sans effroi leur nourrice sauvage. Le dieu semble sourire aux fruits de son amour. Elle, en se retournant, les flatte tour à tour; Et sur l'espoir naissant de Rome encor naissante Promène mollement sa langue caressante.

Trad. de Y Enéide, chant VIII.

5l page i44- Gardel.

Nom célèbre clans les fastes de la chorégraphie. Deux frères l'ont porté. Tous deux ont été premiers danseurs et compositeurs de ballets à l'Opéra. On doit à Gardel l'aîné les ballets de Ninette à la cour, de la Rosière, du premier Navigateur, compositions pleines de grâces et de fraîcheur; et le ballet du Déserteur, pantomime non moins amusante, non moins attachante, et, vu la liberté du genre, plus vraisemblable peutêtre que le drame bouffon qui en a fourni le sujet.

Gardel l'aîné mourut vers 1789. Son frère, qui le remplaça, l'a surpassé. Dans les ballets de Télémaque, de Psyché, de Paris, d'Achille, il a étendu les prestiges de l'opéra, et réalisé ce que les fictions de la mythologie, ce que les rêves des poètes offrent de plus merveilleux. Les compositions les pins

piquantes de Gardel l'aîné le sont moins que la Servante justifiée, comme ses compositions les plus pathétiques ne le sont par plus que le ballet de Paul et Virginie. Gardel le jeune a porté au plus haut point l'art de la pantomime. Il est encore dans la force de 1 âge, et jouira probablement long-temps des succès qu'il a obtenus, et au nombre desquels il doit compter les heureuses imitations données à ses ouvrages par ses succès mêmes.

52 page 1 44-

Ceux dont un fil règle et soutient les pas.

Ce n'est pas de danseurs dont il est ici question , mais de pantins, de marionnettes, de puppi , de fantoccini.

53 page i 44-

Vestris à quatre pattes.

La famille ou plutôt la dynastie des Vestris a régné à deux pieds pendant quatre - vingts ans sur le théâtre de l'Opéra. Le sceptre, car il y a aussi là des usurpateurs, lui est enfin échappé; mais elle n'a pas perdu l'espérance de le ressaisir. Peut-être un jeune Vestris se prépare-t-il dans l'ombre à reconquérir l'héritage de son père, qui n'est pas mort, et de feu son aïeul d'immortelle mémoire; qu'est devenu l'enfant qu'ils ont présenté, il y a quelques années, au parterre, comme leur héritier ?

Hune tantuni terris monstrarunt. Le vieux Vestris reparut à cette occasion sur la scène,

entre son fils et son petit-fils, et Paris eut le plaisir d'applaudir, ce jour-là, trois générations à la fois.

54 page i/,4.

Des musards de tous les cantons.

Musards. Gens qui ne sont jamais pressés de faire une chose utile.

55 PAGE l/|5.

Qui n'eu est pas victime en est le tributaire.

L'exercice de la critique est devenu, depuis quelques années, une spéculation des plus lucratives. Tel et tel journalistes n'ont pas d'autre tactique que celle de Tunis et d'Alger. Quiconque passe sous leur batterie doit se racheter ou s'attendre à essuyer leur feu. C'est surtout pour les acteurs que ces Barbarcsques-là sont à craindre. Il n'y a pas de talent si solide qu'ils ne battent en brèche dès qu'il leur refuse le tribut. Aussi le premier conseil qu'un vieux comédien donne à un débutant, c'est de ne pas aborder le théâtre sans s'être fait assurer, et de faire , avant d'y monter, la bourse des critiques, comme on fait en Angleterre la bourse des voleurs.

56 PAGE l/f5.

Le grand Vestris , le grand Voltaire.

Semblable à Charles XII, qui se couronna lui-même, le

vieux Vestris s'est lui-même proclamé grand. « Il n'y a, disaitil , que trois grands hommes aujourd'hui au monde, Frédéric , moi et Voltaire.» On sait que Vestris ne se piquait pas moins d'être fidèle aux bienséances qu'à la justice. C'est seulement par recherche de politesse , par courtoisie pour une tête couronnée, qu'il a fait passer ici Frédéric avant lui.

Plus modeste que Vestris, Voltaire n'a pas pris le surnom de grand.

57 page i47- Octave.

Ce n'est pas le plus beau nom du second des Césars. Ce nom désigne le complice des proscripteurs, le meurtrier de Cicéron , le poltron qui tremblait à Actium pendant qu'Agrippa lui conquérait le monde.

Maître de l'univers , Caius Julius Octavianus César se montra digne de l'avoir conquis. Après avoir élargi les plaies de Rome, il eut l'habileté de les refermer. Il employa à cet effet tous les moyens, y compris la clémence; mais il les employa en homme de génie. Octave, douéd'une raison sublime, finit par gouverner Rome avec tant d'habileté, que les républicains se croyaient encore libres sous un maître. C'est le chef-d'œuvre de la politique ; c'est la solution de l'énigme la plus difficile que présente l'organisation sociale. Octave reçut alors le nom d' Auguste, nom qui le met au rang des bienfaiteurs de l'humanité; nom qu'il a mérité; nom que ses successeurs se sont fait gloire d'assoein depuis à tous les surnoms que leur vanité s'est créés ; nom

si glorieux enfin, qu'il n'est pas un empereur qui n'ait ajouté à la nombreuse énumération de ses titres, « scmper Augustus !»

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