‹ Fables et poésies diversesChapitre 195 sur 257 · MEMBRE DE LINSTITUT DE FRANCE, DANS SON EXIL · texte numérisé non relu

MEMBRE DE LINSTITUT DE FRANCE, DANS SON EXIL

Sur sa fable intitulée la Feuille.

Res sacra miser.

Noble feuille détachée Des forêts de l'Hélicon , Si , de ta tige arrachée , Tu gémis dans le vallon ; Loin des aquilons perfides , Au jardin des Hespérides , Tu braveras le danger; Le dieu des arts qui te guide N'y fut jamais étranger.

A l'abri de son égide , Viens à nous d'un vol léger :

Borne ta course rapide.».

Reverdis sous l'oranger !

Par un ami des lettres , qui sait honorer les talents et le malheur.

Cet ami des lettres était feu M. Plaschaert. Il faut tout dire ; son indulgence ne fut pas partagée par tout le monde. Un

M. Hubin Belge, qui aussi fait des vers, publia, dans la même circonstance, une pièce où l'on ne retrouve pas toute la bienveillance de celle-ci. Mais comme on n'y retrouve pas non plus le même talent, l'un des proscrits , qu'on y reproscrivait, répondit à cette épigramme par le madrigal suivant :

Votre innocence , ami Lubin , Avait long-temps fait nos délices :

Pourquoi donc , pourquoi ces malices , Vous qui n'êtes pas né malin?

N'aggravez pas notre souffrance En multipliant vos essais ; Ou, si vous parlez de la France , Tâchez d'en parler en français.

La Feuille a obtenu dans plus d'une langue les honneurs de la traduction. Celle qui en a été faite en russe, par le général Davouidoff, est , dit-on, remarquable par son élégance et sa fidélité. M. Davouidoff est un de ces hommes qui , nés avec le don de la poésie , ne s'y livrent que par caprice, et pour se délasser de la guerre et des plaisirs. Instruit de l'honneur qu'il en avait reçu, l'auteur de ces fables lui en adressa un exemplaire avec cet envoi :

A vous poète , à vous guerrier , Qui , sablant le Champagne au bord de l'Hippocrènc , Avez d'une feuille de chêne Fait une feuille de laurier.

On ignora d'abord à Paris quel était l'auteur de la Feuille. A l'époque où elle fut publiée en France, les journaux y étaient soumis à la censure , qui n'aurait pas permis qu'on y insérât l'ouvrage d'un proscrit ; aussi cette fable y fut-elle annoncée

comme une pièce trouvée par les petits enfants de madame de la Sablière, dans les papiers de leur aïeule. Loin de contester le fait, les oracles et même la sibylle du temps prouvèrent que la pièce ne pouvait être que de La Fontaine, dont jadis on avait retrouvé aussi la touche inimitable dans une fable de La Mothe. Depuis que l'auteur de la Feuille s'est nommé , des explorateurs en littérature se sont prévalus de ce conte, pour lui contester la propriété de cette fable; que leur répondre, s'ils ne se contentent pas de l'explication qu'on leur donne ici ? Si la paternité littéraire doit se prouver comme l'autre, par une attestation légale, je conviens que je ne me suis pas mis en règle; que je n'ai pas fait inscrire cet enfant à la municipalité sur laquelle il est né , et que je ne saurais produire à l'appui de mon assertion un extrait des registres de l'état civil.

6 9 page 171.

Il a sauvé Sinon , je l'ai lu dans Virgile.

Voyez le second livre de l'Enéide. C'est en pleurant que Sinon trouva le moyen de tromper Priam et le peuple de Troie.

His lacrymis vitam damus , et miserescimus ultro.

Trois animaux, le crocodile, le cerf et l'homme, ont, diton, le don des larmes. On sait quel usage en font l'homme et le crocodile * : quant au cerf, qui pleure de si bonne foi , je ne sache pas que ses larmes lui aient jamais servi à rien.

1 Voyez, page 47 , la fable vic du livre II.

Brioché.

Il est du nombre de ces grands hommes dont l'histoire n'a point été écrite par ses contemporains. Les notions recueillies sur son compte nous ont été transmises par la tradition orale. J'ai compulsé les biographies et bibliographies tant anciennes que modernes; j'ai tout consulté, depuis Chaudon et Delandine, jusqu'à Plutarque, Moreri, Rabelais, Bayle et les frères Michaud ; je n'ai rien trouvé, même chez ces derniers, touchant Brioché ; ce qui prouve qu'il n'y a pas de mal à en dire. On peut donc tenir pour vrai le bien qu'on en dit ici.

Brioché, directeur de la troupe dans laquelle s'engagea Polichinelle, l'aima au point qu'il s'en fit le père adoptif; Voltaire veut qu'il n'en ait été que le père putatif. Mais de quel poids peut être ici l'opinion de Voltaire, qui, en fait d'histoire, s'est si souvent trompé , quoique Robcrtson le professeur dise formellement le contraire dans son introduction à l'histoire de Charles-Quint , note 54 ?

Page 1