PAGE I7G
Le cancer, le capricorne.
Le cancer est le signe de l'écliptique que le soleil est censé toucher dans sa plus grande déclinaison vers le pôle boréal ; le capricorne , le signe qu'il est censé toucher dans sa plus grande déclinaison vers le pôle austral. Quand le soleil se rapproche du capricorne , nous avons l'hiver ; quand il revient vers le cancer, il nous ramène l'été. D'après ces notions, il est probable que le fait raconté dans la fable à laquelle cette note se rattache a eu lieu dans l'hémisphère boréal. Ne se-
rait-ce pas entre le 36e et le 56e degré de latitude septentrionale et du 9e au 58e degré de longitude orientale , méridien de l'île de Fer? Un empire eut, je crois, cette étendue.
72 page 179.
Le Sancy , le Régent.
Les deux plus beaux diamants qui soient en France ; ils appartiennent à la couronne. Quelques personnes croient que c'est à la corruption de la prononciation du nombre cent six que le Sancy doit son nom ; il pèse en effet cent six carats ; d'autres prétendent que c'est parcequ'il a appartenu autrefois à quelqu'un de la maison de Harlay de Sancy.
Le Régent pèse un peu plus de cent trente-six carats. Il s'appelait le Pitre avant que le duc d'Orléans régent l'eût acheté pour le roi. Il coûta 2,5oo,ooo liv.
73 page 181.
Progné.
Fille de Pandion, roi d'xVthènes,et épouse de Térée, roi de Thrace. Térée ayant violé Philomèle , sœur de Progné , lui coupa la langue pour l'empêcher de publier ce crime. Philomèle peignit ce qui lui était défendu de raconter et envoya à sa sœur le tableau qui retraçait son malheur. Progné furieuse , après avoir étranglé Itys , fruit de son hymen avec Térée , par un raffinement de vengeance dont la mythologie offre plus d'un exemple , le servit dans un festin à ce misérable père. Elle allait payer de sa vie cette atrocité , quand
les dieux , on ne sait pourquoi , la changèrent en hirondelle.
7 4 PAGE i83.
Roger Bacon.
Capucin anglais , né en 1216. On l'appelait le docteur admirable. C'était l'homme le plus savant de cette époque en astronomie, en mathématiques et en chimie. Il fut accusé de sorcellerie. Le général de son ordre, qui n'était pas sorcier, le fit enfermer, après lui avoir défendu d'écrire. Au treizième siècle, Bacon fut traité par des hommes qui ne savaient rien, comme Galilée au dix-septième par des hommes qui ne voulaient rien savoir. Obligé, pour recouvrer sa liberté, de prouver qu'il n'avait rien de commun avec le diable, il y réussit; on ne dit pas de quelle manière il s'y prit. Le moine Roger Bacon est, suivant les uns , l'inventeur de la poudre ; suivant les autres , c'est au moine Constantin Anelzen que l'humanité a cette obligation. Il est singulier que cette invention , qui a changé la tactique moderne , soit sortie d'un cloître.
Adieu paniers, 'vendanges sont faites.
Vieux refrain qui est devenu proverbe. Il veut dire , ne comptez plus sur rien. Exemple :
Suivons l'Eglise et les prophètes ; Profitons de ce qu'ils ont dit :
Quand on a perdu Jésus-Christ, Adieu paniers , vendanges sont Jaites.
Dans ce couplet, tiré d'un des cantiques dits spirituels de Pellegrin, adieu paniers a, comme on le voit, toute l'énergie du fameux vers de Dante :
Lasciate ogui speranza voi ch'e ntrate.
Inferno, cant. m.
Plus d'espérance ! Adieu paniers ! En style épique il ne faudrait pas néanmoins traduire l'un par l'autre.
76 page 190.
Trapistes.
Religieux qui habitent la Trape , abbaye située dans le Perche, à quelque distance de Mortagne. Ils sont assujettis à de grandes austérités , et observent un silence éternel. L'abbé de Rancé , réformateur de la Trape , est aussi traducteur d'Anacréon.
Garnerin.
Ce célèbre aréonaute mérite une mention, non seulement pour l'audace et la présence d'esprit dont il a fait preuve dans ses nombreux voyages, et surtout dans sa périlleuse expérience du parachute , mais pour les procédés ingénieux grâce auxquels il faisait presque sans risque cette expérience , qu'on ne peut toutefois voir sans trembler. Il est mort depuis quelques années.
Xercès aux flots jadis donna les étrivières.
Ce prince, fils de Darius, roi de Perse > est célèbre par les vains efforts qu'il fit pour asservir la Grèce. Il marcha contre elle avec cinq millions d'hommes, si l'on en croit Hérodote. Le pont de bateaux qu'il avait établi sur l'Hellespont, pour faire passer cette armée d'Asie en Europe, ayant été rompu par la tempête, Xercès, furieux, fit battre la mer avec des verges. Ce despote, au reste, n'était pas dépourvu de sensibilité. Passant en revue les troupes qu'il menait contre les Grecs, il réfroigna son front et s'attrista jusqu'aux larmes , dit Montaigne , en pensant que de tant de milliers d'hommes ( qu'il menait à la boucherie) il n'en resterait pas un dans cent ans. Le bon cœur!
Le vanneur le tourmente en ce vaste panier.
Vanneur, valet de ferme , dont l'emploi est de se servir du van. Le van , dit l'Encyclopédie , qui préfère l'exactitude à l'élégance , est un instrument d'osier à deux anses , courbé en rond par le derrière, qu'il a un peu relevé, dont le creux diminue insensiblement jusque vers le devant.
Le van sert à séparer le grain qu'on y agite, de la menue paille , de la poussière , et de tous les corps plus légers que lui.
L'évangéliste se sert de cette figure pour donner une idée
38o NOTES.
sensible du triage un peu plus sérieux qui doit se faire au jour du jugement dernier.
Bambous, bambouc. Tabaxijera arundo.
Espèce de roseau très noueux qui croît dans les contrées orientales de l'Asie. On en fait des cannes. Il y a des bambous flexibles et des bambous qui ne le sont pas. A Paris, les jeunes gens se servent des premiers pour le maintien ; et les vieillards, des seconds pour le soutien. Le bambou fait à la Chine les mêmes fonctions que le bâton en Allemagne et en Turquie. Tous les Chinois, l'empereur excepté, s'inclinent, dit-on, devant et sous le bambou. C'est là et ailleurs un moyen de civilité , si ce n'est de civilisation.
81 page 2o3. Un damas.
Sabre d'acier très fin, très bien trempé, et fort tranchant. Les premiers ont été faits à Damas , en Syrie , où se font des étoffes en soie qui portent aussi le nom du lieu où on les fabrique.
82 page io[\.
Partout où peut voler ce tissu trop léger, Cbiffon , fait de cbiffons.
Le papier, en effet, n'est pas autre chose. C'est la substance
la plus patiente qui soit au monde. Elle supporte tout ce dont on juge à propos de la charger, et conserve aussi fidèlement les rêves de la sottise , que les réflexions de la raison , que les inspirations du génie.
«Merveilleuse invention, qui est d'un si grand usage dans la vie, qui fixe la mémoire des faits , et immortalise les hommes! Cependant ce papier admirable, par son utilité, est le simple produit d'une substance végétale , inutile d'ailleurs , pourrie par l'art, broyée, réduite en pâte dans l'eau, ensuite moulée en feuilles carrées de différentes grandeurs, minces, flexibles , collées, sechées, mises à la presse, et servant dans cet état à écrire ses pensées et à les faire passer à la postérité. »
Tel est l'article papier dans l'encyclopédie. On y voit aussi que le mot papier vient du grec 7ram>poç , papyrus , nom de cette plante célèbre d'Egypte , dont les anciens ont fait un si grand usage pour l'écriture, et à laquelle nous sommes probablement redevables de l'Iliade, de l'Odyssée, de l'Enéide et des chefs-d'œuvre de l'antiquité, que ces feuilles nous ont conservés. On ne lit pas sans plaisir cette définition du papier donnée par un savant.
On lira avec plus de plaisir encore cette histoire du papier écrite par un poète.
Tout ce fatras fut du chanvre en son temps. Linge il devint par l'art des tisserands ; Puis en lambeaux des pilons le pressèrent ; Il fut papier. Cent cerveaux à l'envers De visions à l'envi le chargèrent ; Puis on le brûle; il vole dans les airs ; Il est fumée aussi bien que la gloire.
De nos travaux voilà quelle est l'histoire, Tout est fumée , et tout nous fait sentir Ce grand néant qui doit nous engloutir.
Yoltaire, Guerre de Genève , chant IV.
Mes bons amis... non pas, mais ceux de ma fortune.
La distinction était nécessaire ici; autrement je serais tombé dans une grande injustice. Je ne veux nommer au reste ni les amis qui m'ont quitté , ni les amis qui me sont restés. Je ne veux ni faire du bien aux uns, ni faire du mal aux autres. Et quel est le temps où nous vivons ! S'il est trop vrai qu'un témoignage d'affection soit équivalent à une dénonciation ; si par calcul même la reconnaissance doit prendre les formes de l'ingratitude !
Que la Suisse a si prudemment Banni de ses treize provinces.
Antérieurement aux traités qui, à commencer par le traité d'Amiens , ont changé la face de l'Europe , la confédération helvétique, composée aujourd'hui de vingt-deux cantons, n'en comprenait que treize. Leur réunion s'est opérée dans l'ordre suivant. En i3o8 les cantons d'Ury, d'Underwald et de Schwitz secouèrent le joug d'Albert d'Autriche, héritier de la couronne et non de la modération de l'empereur Rodolphe de Habsbourg son père. En i332, le canton de Lucerne se joi-
gnit à eux; exemple que Zurich, Glaris et Zug suivirent en i352, et qui bientôt fut imité par Berne, la ville la plus importante de la confédération. En 1481 Fribourg et Soleurc, Bàlc et Schaffouse eni5oi accrurent le nombre des cantons, qui en i5i3 fut porté au nombre de treize par l'agrégation de celui d'Appenzel. L'indépendance des Suisses, conquise par plus de soixante combats, ne fut reconnue qu'au traité de Munster par la maison d'Autriche, qui la leur avait contestée pendant plus de trois siècles.
Voici la nomenclature des vingt-deux cantons qui forment aujourd'hui la république helvétique, telle qu'elle a été établie par le congrès de Vienne en 181 5 :
Berne.
Zug.
Vaud.
Ury.
Fribourg.
Haut et bas Underwald.
Soleure.
Argovie.
Lucerne.
Thurgovie.
Schaffouse.
Zurich.
Appenzel.
Baie.
Grisons.
Saint-Gall.
Tésin.
Valais.
Schwitz.
Genève.
Glaris.
Neufchâtel.
La faiblesse de la Suisse , relativement aux autres états de l'Europe , l'oblige à beaucoup de circonspection. Les Suisses se piquent en conséquence d'observer une exacte neutralité dans les contestations qui s'élèvent entre les puissances européennes. On ne peut les en blâmer. Mais qui osera les louer de porter, comme ils l'ont fait, la politique jusqu'à traiter le malheur comme le crime; jusqu'à repousser de la terre affranchie
par Guillaume Tell les hommes libres qui vont y chercher un asile; bien plus, jusqu'à livrer aux proscripteurs les proscrits qui , sur la foi de l'antique loyauté helvétienne , ont cru pouvoir s'arrêter dans la patrie de Jean-Jacques ?
Heu! fuge cvudeles terras, fuge littus avarum!
Et l'Anglais de son parlement.
Ce trait est relatif au renouvellement de la loi sur, ou plutôt contre les étrangers , et connue sous le nom à'Alien-BilL Est-ce bien par l'intérêt de l'Angleterre que cette loi a été dictée ?
MM. Romilly , Posomby , Brougham , Mackintosch et lord Holland , entre autres , ont présenté les arguments les plus énergiques que la politique comme l'humanité opposent à cette loi, que le seul danger de l'état peut justifier. Leur éloquence n'a pas prévalu contre l'influence du ministère et l'exemple de la Suisse, que l'orateur du gouvernement n'a pas dédaigné de proposer au parlement comme règle de conduite. N. B. Cette note fut écrite en 181 6, sous le ministère de lord Castlereagh.
86 page 208.
Arnauld le théologique ( Antoine ).
Arnauld , qui sur la grâce instruit par Jésus- Christ...
Boileau.
C'est en effet par l'étendue de ses connaissances et l'im-
mensité de ses travaux théologiques que ce docteur de Sorbonne est illustre. La somme de ses ouvrages s'élève à près de cent volumes. Il écrivit ou plutôt il guerroya toute sa vie, tantôt contre les calvinistes , tantôt contre les jésuites. C'est le plus opiniâtre adversaire que ceux-là aient rencontré parmi les catholiques, et ceux-ci parmi les jansénistes, qui regardaient Arnauld comme un apôtre. Il accabla les jésuites du poids de ses in-folio. Pascal ne leur lança qu'un petit volume , et leur fit toutefois plus de mal.
Louis XIV, trop enclin à se mêler des disputes religieuses, laissa persécuter Arnauld , qu'il avait un moment recherché.
Errant, pauvre, banni, proscrit, persécuté,
dit Boileau, qui lui fit une épitaphe. Arnauld se réfugia dans les Pays-Bas. Là il écrivit contre Jurieu , contre Mallebranche , et quoique ce philosophe eût déposé les armes , en déclarant à son antagoniste « qu'il était las de donner au monde un spectacle , et de remplir le Journal des savants de leurs pauvretés réciproques , » notre théologien ne cessa la guerre que quand la mort lui fit tomber la plume des mains. ,
Arnauld mourut à Bruxelles le 8 août 1692 , âgé de quatre-vingt-trois ans.
C'était un homme d'une grande éloquence, d'une constance inébranlable et d'un infatigable courage. « N'avez-vous pas assez de l'éternité entière pour vous reposer? » disait-il à Nicole, qui semblait se lasser de lui servir de second dans ses interminables disputes.
Si Arnauld eût appliqué à des intérêts d'une utilité plus
générale et plus constante le génie qu'il dépensa en querelles théologiques , il eût pu rendre d'immenses services à la société , et conserver son rang parmi les plus grands hommes qui l'ont éclairée. Sa Grammaire raisonnée, connue sous le nom de Grammaire de Port-Royal , décèle en lui un esprit éminemment philosophique.
Arnauld préféra l'indépendance et la pauvreté aux dignités ecclésiastiques que sa naissance lui permettait d'ambitionner, et que son mérite lui donnait droit d'obtenir : frère d' Arnauld d'Andilli et d'Arnauld évèque d'Angers, il était oncle d' Arnauld de Pompone, ministre sous Louis XIV. Ce docteur était le vingtième enfant d'Antoine Arnauld, avocat-général sous Henri IV , et célèbre par le plaidoyer qu'il prononça en 1 594 en faveur de l'université, contre les jésuites: il chassait de race.
Rousseau qu'en rhétorique On appelle le grand Rousseau.
Jean - Baptiste Rousseau , célèbre par ses ouvrages et ses malheurs. Il avait de grands talents et de grands défauts. 11 a été ennemi cruel et a rencontré de cruels ennemis. Fils d'un cordonnier , il n'en reçut pas moins une excellente éducation par les soins de son père, qu'il eut la lâcheté de renier. Ses succès précoces lui concilièrent l'intérêt de plusieurs hommes en place qui voulurent faire sa fortune ; Chamillard et Rouillé étaient de ce nombre. Un misérable procès changea la face de ses affaires. Des couplets infâmes et diffamatoires couraient dans
la capitale : quelques uns portaient l'empreinte du talent de Rousseau ; on en conclut que tous étaient de lui. Les personnes outragées portèrent plainte devant les tribunaux. Si Rousseau s'était tenu sur la défensive, il n'eût probablement pas été condamné; mais, d'accusé qu'il était, il se fit accusateur, et dénonça, comme coupable du crime qui lui était imputé, le géomètre Saurin. Un savetier et un décroteur, qu'il désigna comme les instruments dont Saurin s'était servi pour distribuer les vers impurs et satiriques, objet du scandale, furent reconnus comme témoins «ibornés. Rousseau se vit bannir à perpétuité du royaume, le 7 avril 17 12.
Hors de France, comme en France, il trouva de grands protecteurs, avec lesquels il eut le malheur de se brouiller successivement ; le moins considérable n'était pas le prince Eugène. Délaissé par ceux qui l'avaient recherché, Rousseau serait mort dans le besoin sans la généreuse amitié du notaire Boutet. Une humeur acre et vicieuse semble avoir empoisonné de tout temps l'âme de ce grand poëte. Voltaire , qu'il avait d'abord accueilli comme élève , ne fut bientôt plus pour lui qu'un rival , et dès lors qu'un objet d'inimitié.
Blessé de n'avoir pu faire révoquer son arrêt, Rousseau, qui dans cet espoir avait été passer trois mois à Paris en 1740, revint à Bruxelles, où il mourut le 17 mars 1741. Piron lui (it cette épitaphe :
Ci-gît l'illustre et malheureux Rousseau. Le Brabant fut sa tombe, et Paris son berceau. Voici l'abrégé de sa vie , Qui fut trop longue de moitié :
Il fut trente aus digne d'envie , Et trente ans digne de pitié.
On n'a point entendu rabaisser ici la gloire de J.-B. Rousseau. Loin de lui contester la place qui lui est assignée sur le parnasse français , par la majeure partie de ses odes , de ses épigrammes et de ses cantates, on reconnaît en lui les plus hautes qualités poétiques ; on reconnaît surtout que le titre de lyrique lui appartient. Quant à celui de grand , s'il lui est donné pour le distinguer de Jean-Jacques Rousseau, cela mérite réflexion. Qu'on songe qu'il s'agit ici de proclamer la suprématie de Jean-Baptiste sur Jean-Jacques, sur l'auteur de la Nouvelle Héloïse, de Y Emile et du Contrat social!
88 page 208.
Du grand Guillaume.
Guillaume de Nassau, fondateur de l'indépendance des Provinces-Unies. Si l'on ne refuse pas le nom de grand aux hommes qui , bravant les fatigues , les dangers , exposent leur fortune , leur santé, leur vie pour asservir les peuples, peuton ne pas le décerner au prince qui a fait tous ces sacrifices pour les affranchir ? Tels sont les titres de Guillaume le taciturne à la reconnaissance des Pays-Bas, à la vénération de tous les hommes libres.
Nous n'entendons point par hommes libres, les esprits ennemis de toute contrainte , impatients de toutes lois ; mais les hommes qui ne veulent dépendre que des lois , que des règles posées par la volonté nationale, et non par les caprices souvent contradictoires d'un despote. Guillaume doit être cher à ces hommes-là; car non seulement il a détruit la tyrannie dans son pays , mais il y a établi la liberté. Convaincu que si
NOTES. ?,8i)
un despote est nuisible à une nation , le défaut de chef ne lui est pas moins nuisible ; convaincu également que si les peuples, qui ne sont pas la propriété des princes , rie doivent pas être leurs jouets , les princes ne doivent pas être non plus les jouets des peuples, quoiqu'ils soient leurs hommes; ce grand homme mit ses soins à déterminer les droits et les devoirs du pouvoir et de l'obéissance. En les consacrant dans le contrat dont il lit jurer au duc d'Alençon l'observation, sous peine de déchéance, il assura à la Hollande la possession de la liberté qu'il lui avait conquise, et par cela seul il consolida son généreux ouvrage.
C'est un bienfait inappréciable que le présent d'une constitution, quelle que soit celle des parties du corps social qui la propose, dès qu'elle est acceptée librement ; c'est la base de la sécurité générale. Si, comme le dit Montesquieu, la liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent, non seulement tout peuple qui possède une constitution est libre, mais il n'y a de libres que les peuples qui ont une constitution. Elle seule sauve un peuple des caprices également tyranniques du despotisme et de l'anarchie.
Les Pays-Bas ont reçu deux fois ce bienfait de la maison de Nassau. Libres sous la dénomination de royaume comme ils l'étaient sous celle de république , c'est d'un Guillaume encore qu'ils tiennent une constitution qui leur fait retrouver sous un roi tout ce qu'ils avaient perdu en perdant le stathouder.
8 9 page 211.
M. Étieune.
Auteur d'un grand nombre de pièces de théâtre, parmi
39o NOTES.
lesquelles on distingue Brueys et Palaprat , les Plaideurs sans procès , l'Intrigante , et surtout les Deux Gendres , l'une des meilleures comédies qui aient été faites depuis la Métromanie. II fut nommé membre de l'ancien Institut en 1811. Le billet qui lui annonçait cette nouvelle ne contenait que ce passage des Actes des Apôtres : Et elegerunt Stephanum, virum plénum spiritu ( ils ont choisi Etienne , homme plein d'esprit ). Quoiqu'il eût ajouté aux titres qui lui avaient acquis les honneurs académiques , M. Etienne ne se vit pas compris parmi les membres de l'Institut qu'on désigna pour former l'Académie française. Ses concitoyens ne l'en trouvèrent pas moins digne deux fois de les représenter à la chambre des députés. Leur confiance n'a pas été trompée : les intérêts de la liberté , qui, dans un régime constitutionnel , ne résident que dans le maintien de l'ordre établi , n'ont pas eu des défenseurs plus ingénieux. Au reste , on savait avant d'élire M. Etienne ce qu'il valait. Ses Lettres sur Paris, lettres insérées dans la Minerve , avaient prouvé par le fait qu'un bon esprit peut s'appliquer à tout , que les secrets de la politique et de l'administration ne sont pas impénétrables pour l'homme habitué à lire dans les replis du cœur humain, et que les gens sans lettres ont tort de conclure de ce qu'un homme a fait preuve d'un grand talent dans les lettres qu'il est inhabile à toute autre chose.
9° PAGE 2l6.
Il ne greffe de marronier.
La greffe est la portion d'un arbre ou d'un arbuste qu'on
ente sur un arbre ou sur un arbuste dont on veut changer les produits. Par cette opération, qui s'appelle aussi greffe , on fait porter des roses doubles à l'églantier, des abricots ou des pêches au prunier, et l'on force le sauvageon à se charger de fruits délicieux. L'opération inverse donnerait le même résultat, c'est-à-dire que l'arbre cultivé sur lequel on enterait un sauvageon produirait des fruits sauvages.
L'art de greffer est fort ancien. Virgile en donne , au second livre des Géorgiques , .une description dont l'élégante exactitude a passé tout entière dans ces vers de Delille :
Tantôt dans l'endroit même où le bouton vermeil Déjà laisse échapper sa feuille prisonnière, On fait avec l'acier une fente légère.
Là d'un arbre fertile on insère un bouton, De l'arbre qui l'adopte utile nourrisson. Tantôt des coins aigus entr'ouvrent avec force Un tronc dont aucun bras ne hérisse l'écorce : A ses branches succède un rameau plus heurcu.\ ; Bientôt ce tronc s'élève en arbre vigoureux, Et, se couvrant des fruits d'uue race étrangère, Admire ces enfants dont il n'est pas le père.
C'est au hasard, auteur de tant de belles découvertes, qu'on doit celle-ci , dit Olivier de Serres, dont nous ne croyons pas devoir rajeunir le texte :
«La presque miraculeuse science d'enter les arbres fruic- « tiers est prpcédée d'un pasteur, quand au dresser de sa lo- « getc , il foura , sans y penser , une petite branche vifve d'ar- «bre dans le tronc d'un aultre freschement couppé retz de
«terre , où se reprenant, montra l'admirable mariage de deux « diverses plantes , par après tant recherché et raffiné par de « nouvelles additions. »
Les anciens attribuaient à la greffe la vertu , non seulement d'améliorer, mais de changer la nature des fruits du sujet sur lequel elle était implantée.
Sur les planes stériles On porte du pommier les rejetons fertiles ; Le hêtre avec plaisir s'allie au châtaignier; La pierre ahat la noix sur l'aride ai'hoisier; Le poirier de sa fleur hlanchit souvent le frêne ; Et le porc sous l'ormeau broya le fruit du chêne. Géorgiques , liv. IL
L'expérience n'a pas confirmé ces assertions. Elle a prouvé au contraire que cette opération ne réussissait qu'autant qu'il y avait certains rapports d'organisation entre la greffe et le sujet. On n'affirme pas que ces rapports se trouvent entre le châtaignier et le marronier , qui, s'ils ont quelque ressemblance par leur fruit , n'en ont ni par la feuille, ni par la fleur. Le fait qui sert de fond à notre apologue e§t , nous l'avouons , moins d'accord avec l'opinion moderne qu'avec l'opinion ancienne ; mais qu'importe après tout , si la leçon qu'on en déduit est juste ? nous ne prétendons pas que ce soit une leçon de botanique.
La torpille.
Poisson de l'espèce des raies. La torpille jouit de la singu-
Hère propriété de frapper d'engourdissement la main qui la touche : de là son nom , qui vient du latin torpere.
9a page 228.
L'huis du prince.
Vieux mot qui signifie porte , et d'où dérive le mot huissier , préposé à l'huis ; huis vient du latin ostium.
93 page 228.
Les bons conseils viennent du cœur.
Vauvenargues a dit : « Les grandes pensées viennent du cœur ». On ne saurait exprimer plus heureusement une plus noble vérité ; cet axiome est tout à la fois un trait d'esprit, de jugement et de sentiment. Mais tout cela ne se retrouvet-il pas dans ce passage de Quintilien? Pectus est quod disertos facit. ( Quint., lib. X.) Vauvenargues n'a pas eu probablement l'intention de traduire ici Quintilien ; et l'on conçoit que le philosophe et le rhéteur, doués d'une égale justesse d'esprit, aient eu la même idée et l'aient revêtue de la même expression. Mais vous, me dira-t-on, qui avez-vous traduit ?
Je déclare que ce n'est pas Vauvenargues , mais Quintilien que je mets ici à contribution; et voici pourquoi. Emprunter à l'auteur qui écrit dans notre langue, c'est piller ; prendre à l'auteur qui écrit dans une langue étrangère, c'est conquérir. J'aime mieux être conquérant que pillard, quoique ce soit à peu près la même chose.
Le roi Pétau.
Ou Pétaut, ou Pétaud , car pétaudière en dérive. Au dire du comte de Caylus, «c'était un fort bon homme, d'un esprit p simple et très borné , assez brusque ; mais du reste le meilleur roi qu'il y eût au monde. Ses sujets étaient aussi grands « maîtres que lui ; car dans les moindres circonstances ils «donnaient tout haut leur avis, sans qu'on le leur demandât, « et chacun voulait qu'on eût égard au sien , et qu'il fût suivi. » Au dire du sieur Bret , le commentateur de Molière , Pétau n'était que le roi des gueux, gens qui, comme les jésuites, sont de tous les pays et ne sont d'aucune nation, et son nom ne devrait pas s'écrire Pétaud, mais Peto , qui veut dire je demande. Ces érudits sont d'accord d'ailleurs sur ce point , c'est que rien n'était plus tumultueux que le conseil de ce monarque; ce que rappelle aussi ce propos de madame Pernelle :
Chacun y parle haut ; Et c'est tout justement la cour du roi Pétaut.
Tartufe.
C'est là surtout ce qu'il nous importait de constater : tenons-nous-en donc à cette notion. Quant au temps et au lieu où régnait ce grand prince, qui, dit aussi Caylus, gouvernait par ordonnances , n'ayant pas pour le présent le loisir de faire des recherches, nous renvoyons ces questions à l'examen de celle de nos académies à qui il appartient de s'en occuper
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Ressouviens-toi , geôlier de saint Crépin , Qu'un sage aimera mieux être libre eu pantoufle Qu'en prison dans un escarpin.
Saint Crépin, noble Romain qui vint prêcher la foi à Soissons; il se fit cordonnier pour entrer plus facilement dans les maisons ; de là cette dévotion particulière que lui portent les honnêtes artisans qui suivent la même profession. Saint Crépin est le patron de tous les cordonniers, tant en vieux qu'en neuf. Il fut martyrisé le 2 5 octobre 3o3 avec Crépinien, son camarade ou son compagnon.
Pantoufle, mot extrait du grec pantophelos ( tout de liège ) , si l'on en croit Rabelais, ou de l'allemand pantojfel , disent les glossateurs germaniques. Pantoffel ne viendrait-il pas lui-même de pantophelos ?
Escarpin, de l'italien scarpino , qui dérive du latin carpisculus ( soulier léger). Cette chaussure, très commode par son élasticité, est d'usage rigoureux pour les danseurs de tous les sexes, dans tous les rôles. L'opéra dépense quatre fois plus en escarpins qu'en droits d'auteurs.
J'ai vu, ce qu'on ne pourra croire, Des tritons , animaux marins , Pour danser troquer leur nageoire Contre une paire ^escarpins.
Favart.
Les escarpins de Limoges sont moins souples que ceux de
Paris ; mais en revanche ils sont plus solides. Ce sont les seuls que porte Polichinelle. ( Voyez la fable xvn du livre V. )
96 page 247.
La tarentule.
Cet insecte prend son nom de Tarente , ville du royaume deNaples, où elle est plus commune qu'ailleurs; c'est une des plus grosses araignées qui soient en Europe. Comme toutes les araignées loups , famille à laquelle elle appartient , la tarentule ne tend pas de toile , mais elle habite un trou , gîte de quelques lignes de diamètre et de quelques pouces de profondeur, qu'elle se creuse dans un terrain sec et inculte, et qu'elle tapisse de soie pour contenir l'éboulement des terres. Embusquée à l'entrée de ce trou, elle guette sa proie. Malheur à l'insecte qui en approche, elle s'élance aussitôt sur lui, et l'emporte au fond de sa tanière et le dévore.
On a débité beaucoup de contes sur les effets de la morsure de la tarentule. On a eu tort sans doute de la repu ter mortelle ; mais on aurait tort également en la réputant innocente. Plusieurs faits constatent la malignité du venin de cette araignée.
L'usage, dans les campagnes en Italie , est d'employer la musique comme moyen curatif dans les accès de noire mélancolie où tombent les personnes mordues de la tarentule. En les provoquant à danser, on excite en elles une transpiration abondante qui peut-être est la véritable cause de leur guérison. Réveillé, stimulé par les accords de la guitare , le malade danse jusqu'à ce que les forces lui
manquent. Ajoutons que, pour égayer ses yeux pendant qu'on égaie ses oreilles, on déploie autour de lui des étoffes des couleurs les plus éclatantes. J'ai été témoin de ce fait pendant mon séjour à Brindisi , en 1797. Je sais que le malade était guéri après avoir dansé ; mais est-ce parccqu'il avait dansé qu'il était guéri ? Répondez, docteurs.
Bourdois.
Le plus habile des médecins aimables, et le plus aimable des médecins habiles.
Rymers.
Médecin hollandais , homme aussi bon que savant ; il occupe la chaire de Boerhaavc , et la remplit.
(J9 PAGE 25o.
M. Gosse.
Propriétaire, ou plutôt l'un des propriétaires du Miroir, journal littéraire, auquel il a fourni, comme critique, d'excellents articles , ce qui ne l'a pas empêché de composer des ouvrages que le critique le plus sévère ne peut s'empêcher
d'applaudir: de ce nombre est la comédie du Médisant , et le recueil où se trouve la fable à laquelle répond celle qui donne lieu à cette note.
100 page a5o.
Bien qu'il ait cru cacher ses larmes.
Je n'ai pas la prétention d'être insensible au malheur , j'ai souffert et souffert beaucoup dans la proscription ; mais je ne pensais pas qu'il fût convenable de me plaindre; « et je me contentai de gémir sans brailler , comme dit Montaigne. »
,0ï PAGE 255.
Mes hôtes de Schiplaken.
Schiplaken, terre située en Belgique, à trois lieues de Bruxelles , et à deux de Malines ; elle appartient à M. le baron de Celles , aujourd'hui membre des états-généraux du royaume des Pays-Bas. Au temps où ces provinces faisaient partie de l'empire français, M. de Celles, maître des requêtes au conseil d'état, était préfet d'Amsterdam. Il avait d'abord été préfet de Nantes, où son administration a été signalée par d'utiles travaux, et surtout par la confection d'un quai magnifique, qui néanmoins ne porte pas son nom. Sic vos non vobis. Le château et les jardins de Schiplaken offrent, au milieu des bois, une retraite délicieuse, dont le charme est encore augmenté par celui de la famille qui l'habite. C'est dans cet asile , ou-
vert à sa proscription , que l'auteur de cette note a trouveles consolations que cette famille, inépuisable en bonté comme en esprit, a prodiguées à plus d'un infortuné. Plein du sentiment que lui inspirait une générosité si courageuse, si constante et si gratuite , il l'exprima dans l'inscription suivante :
Proscrit, que la Fortune amène en ces bosquets, Tu n'as plus le droit de te plaindre : Ce n'est pas l'exil désormais , C'est le rappel que tu dois craindre.
102 page 262.
L'oiseau qui lit pleurer l'apôtre.
On sait que saint Pierre, qui avait renié trois fois son maître dans une seule matinée , fut rappelé à la fidélité par le chant du coq , et qu'il pleura amèrement , jlevit amare. « Le « chant du coq ne fait plus de ces miracles , disait naïvement « un vieux soldat ; notre ancien général n'a jamais pleuré de « sa vie , et pourtant il ne manque pas de coqs dans son pouce lailler. »
103 PAGK 263.
Un généalogiste , Car les chevaux en ont aussi.
«Les Arabes, dit Buffon , conservent avec grand soin et «depuis très long-temps les races de leurs chevaux; ils en
4oo NOTES.
«connaissent les générations, les alliances et toute la généalogie; ils distinguent les races par des noms différents , et ils «en font trois classes : la première est celle des chevaux no- «bles de race pure et ancienne des deux côtés (comme les « grandes familles d'Allemagne ) ; la seconde est celle des che- « vaux de race ancienne, mais qui se sont mésalliés (comme les «grandes maisons de France) ; et la troisième, celle des chevaux «communs ( comme les quatre- vint- dix-neuf centièmes des « familles partout ).
« Quand les propriétaires d'une jument nont pas un étalon « noble , ils en empruntent chez leurs voisins , moyennant «quelque argent; l'union se fait en présence de témoins qui en «donnent une attestation signée, et scellée par-devant le se- «crétaire de l'émir, ou quelque autre personne publique ; et « dans cette attestation , le nom du cheval et de la jument est «cité, et toute leur génération exposée. Lorsque la jument a « pouliné , on appelle encore des témoins , et dans une autre «attestation on fait la description du poulain qui vient de naî- «tre , et on marque le jour de sa naissance. »
Ceux qui vendent des chevaux ont grand soin de produire, en preuve de la noblesse de ces animaux, ces divers certificats, qui sont de véritables extraits de naissance et de mariage.
Ces formalités s'observent aussi en Angleterre pour constater la légitimité des poulains et l'excellence de leur race.
N'était-il pas des vils chartiers. On écrit charretier, et l'on prononce chartier. J'ai pensé qu'il
NOTES. 4oi
était mieux d'employer ce mot dans la valeur que lui donne la prononciation , que dans celle que lui donne l'écriture ; c'était aussi l'avis de La Fontaine.
Pour venir au charrier embourbé dans ces lieux , Le voilà qui déteste et jure de son mieux.
Le chartier embourbé , fable xvin, livre VI.
,o5 PAGE 265.
M. Musard.
Voyez la note 54.
Bréguet.
Membre de l'académie des sciences , le mécanicien de cette époque qui a rendu le plus de services à l'horlogerie, soit en perfectionnant les inventions d' autrui , soit en l'enrichissant de ses propres inventions. M. Bréguet est mort en 1824 ; mais il se survit dans le fils qu'il avait associé à ses travaux , et qui hérite de ses vertus comme de son industrie.
io7 PAGE 27O.
Tétbys , qui dans les mers soupire.
Ce vers rappelle ceux que le vieux marquis de Saint-Aulaire improvisa chez la duchesse du Maine, qui, le pressant de lui dire un secret , l'appelait son Apollon :
La divinité qui s'amuse
A me demander mon secret , Si j'étais Apollon , ne serait pas ma muse : Elle serait Téthys , et le jour finirait.
Ce quatrain est charmant : on a peine à concevoir que ce
soit un impromptu ; mais on a peine à concevoir aussi qu'il ait ouvert à son auteur la porte de l'académie française.
Aussi bien qu'à l'Amour est propice à Mei'cure.
Mercure faisait plus d'un métier, et de tous ces métiers, celui de voleur n'était peut-être pas le moins honnête.
,09 page 272.
De la kermesse ou de la foire.
C'est en effet la même chose, à cela près que c'est avec de la bière et non avec du vin que le peuple s'enivre à la kermesse , nom qu'on donne aux foires en Hollande et en Flandre.
110 page 275.
Aux champs où certain prince a depuis brouté l'herbe.
Ce prince est Nabuchodonosor , second du nom. Ce grand roi fut bête pendant sept ans de son règne. Régnait-il pendant qu'il était bête? c'est, sur quoi l'histoire ne s'explique pas.
Robert Garnier , que ses contemporains disaient réunir en lui le génie d'Eschyle , de Sophocle et d'Euripide, fait annoncer en ces termes, par un prophète, à Nabuchodonosor, la métamorphose qu'il doit subir :
Toi qui le temple saint de notre Dieu suprême ,
As cruel profané, vomissant maint blasphème ,
Contre sa majesté , qui révéré n'as point
Celui qu'il a pour roi par ses pontifes oint,
Qui ses prestres as mis au tranchant de l'espée ,
Qui l'as dans le gosier des innocents trempée ,
Te voitrant sur leurs corps, prendras, homme sanglant .
NOTES. 4o3
La figure d'un bœuf pasturant et beuglant;
Dieu le veut , Dieu l'ordonne , et par moi son prophète
Prédit sa volonté devant qu'elle soit faite.
Les Juifves , aeteV, scène dernière.
Un auteur moderne qui met le même prince en scène lui fait rendre compte ainsi de sa mésaventure :
Sur mon corps tout courbé tous mes poils s'alongèrent; De mon front menaçant deux cornes s'élevèrent, Les seules, Dieu merci, que l'ont m'ait vu porter; Enfin je descendis du trône à quatre pattes.
Ce n'est pas d'hier, comme on voit, que le romantisme s'est insinué dans la tragédie; mais il n'est pas renouvelé des Grecs.
111 page 276.
En broderie enfin l'or s'attache au velours.
On me demandera s'il existait du velours au temps de Sémiramis. Pourquoi pas ? Hérodote a-t-il dit le contraire ? D'ailleurs n'a-t-on pas vu pendant trente ans feu mademoiselle Raucourt représenter sur le théâtre français la reine de Babylone avec un manteau de cette étoffe et une belle jupe de satin ? ce qui prouve qu'à la cour de Sémiramis le satin aussi était de mode.
Iia page 276.
Cadet.
Un homme d'un goût fort délicat, devant qui on lisait cette fable, observait avec beaucoup de politesse à l'auteur que Cadet était un nom peu noble, et opinait à ce qu'on en donnât un mieux sonnant à un cheval de race. Il avait oublié probablement, ou peut-être ignorait-il, que cadet, qui s'écrivait autre-
4o4 * NOTES.
fois capdet, vient de capitetum , petit chef, et que c'est dans ce sens que l'on donnait ce nom au second fils, même dans les familles les plus nobles.
D'ailleurs, puisque tel était le nom du cheval en question, pourquoi lui en chercher un autre ? Les hommes, il est vrai, ne se font pas scrupule de substituer un nom sonore et noble au nom vulgaire qu'ils tiennent de leurs aïeux; ils finissent même par oublier le premier , au point de ne répondre qu'au dernier. Chez les bêtes c'est tout le contraire.
,l3 page 279.
Tant extensible est la matière.
Rien de si divisible que l'or; une once d'or peut se diviser en seize cents feuilles de trois pouces une ligne carré , ce qui fait quinze cent quatre-vingt-dix mille quatre-vingt-douze fois plus que son premier volume. ( Voyez l'Encyclopédie.)
Tartufes.
Nom immortalisé par Molière; chacun sait ce qu'il signifie. Aussi cette note n'a-t-elle pas pour objet d'en donner l'explication , mais l'étymologie.
Tartufe vient de tartufo , mot italien qui veut dire truffe. Molière dînant avec un monsignor de la suite du légat, fat si frappé de l'accent de sensualité que ce béat mettait à prononcer le mot tartufo en savourant ce mets délectable , qu'il crut en devoir faire le nom propre de son faux dévot, qu'auparavant il avait nommé Panulfe.
Tartufe est devenu un nom caractéristique.
NOTES. 4o5
Lacépède ( le comte de ).
Auteur de l' Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares et des serpents , et de celle des cétacées et des poissons. Cet élève de Buffon l'a continué avec un talent qui lui donne droit à servir lui-même de modèle.
Les dauphins.
Animaux de la famille des cétacées. Il y a plusieurs espèces de dauphins. Ceux dont il est question dans cette fable s'appellent marsouins ; ils sont fort avides de petits poissons et de harengs surtout.
"7 page 289.
Les alcyons couvaient.
Aleyone, inconsolable de la mort de Ceyx, qui avait péri dans un naufrage , se précipita dans les flots. Les dieux , prenant pitié de ces malheureux époux , les changèrent en oiseaux , et voulurent que la mer sur laquelle ils établiraient leur nid fût tranquille pendant tout le temps de leurs amours.
Perque dies placidos , hiberno tempore , septem , Incubât halcyoue pendentibus aequore nidis ,
dit Ovide.
Peur eux la mer est calme au milieu des hivers. Ce couple, dans un nid suspendu sur les mers, Couve ses tendres fruits dans une paix profonde.
Saint-Ange.
4o6 NOTES.
L'alcyon est le mai -tin-pêcheur.
lu mot sur l'affabulation de l'apologue qui donne lieu à eette note: la justesse n'en est que trop prouvée. Rien de plus facile à tromper qu'un souverain, eùt-il de l'esprit, voire du g nie. Catherine II ne manquait ni de l'un ni de l'autre: ne fut-elle pas dupe néanmoins des illusions dont l'environna la galanterie d'un ministre pendant toute la durée du voyage qu'elle fit eu 1787. sur le Borvsthène , de Kio"w à Cherson ? Par les soins de Potemkin. les rives désertes du fleuve se couvraient, au passage de la flottille impériale, de troupeaux, de bergers . de paysans enlevés à leur demeure habituelle . pour donner le spectacle d'une population et dune prospérité fictives: et qui, dès que sa majesté était passée, se transportant avec leurs maison-, des rives qu'elle avait parcourues . sur les rives qu'elle allait parcourir, s'empressaient, pendant <on sommeil, de lui préparer pour le lendemain une représentation nouvelle de cette magnifique mystification.
Potemkin réalisa, dit-on. en cette circonstance, les merveilles des Mille et une nuits. » réalisa-t-il pas aussi celles du chat botté? Voulant faire passer son maître pour un riche seigneur auprès du roi, ce grand politique, c'est du chat qu'il s'agit, faisait crier par les paysans que tous les domaines que le roi traversait appartenaient au marquis de Carabas ; et le roi n'en fit pas de doute. Si l'on trouve souvent des contes dans l'histoire, on retrouve souvent l'histoire dans leçon:
1,8 page 293.
Les Contes de Guizot.
L exactitude veut que l'on ajoute ici , Madame.
Krilloft.
Fabuliste tusse. Il s'est fait clans sa patrie, par ses apologues, une grande réputation , soit comme écrivain , soit comme inventeur. Sous le premier rapport, nous l'estimons sur parole , sans craindre néanmoins de nous tromper ; le mérite de son style nous est suffisamment garanti par le suffrage unanime de ses compatriotes : sous le second rapport , c'est en toute connaissance de cause que nous partageons l'opinion de tous les Russes ; l'on ne saurait s'empêcher de convenir que les apologues de M. Krillof ne sont pas moins piquants par le fond , que justes dans leur application.
C'est d'après une version littérale qu'à l'invitation de la bonne comtesse Orloff j'ai imité deux des fables de cet ingénieux auteur.
Le calomniateur et le serpent.
Voici le texte original de cette fable :