LA JALOUSIE
Mélancolie est au fond de mon cœur ; De chants joyeux n'ai pas la fantaisie ; Plaintes, soupirs, accents de la douleur, Voilà les chants de la mélancolie.
Gesse , ô ma voix ! cesse de soupirer Chanson d'amour où peignais mon martyre A d'autres vers j'ai vu Daphné sourire. Tais-toi, ma lyre! Ah! laisse-moi pleurer!
Plus ne prétends en langage des dieux Chanter Daphné , chanter ma vive flamme : Chanson d'amour irait jusqu'à ses yeux; Chanson d'amour n'irait plus à son âme. Hier encor l'entendais assurer
Qu'un seul berger faisait chanson jolie : C'est mon rival. Toi, que l'ingrate oublie, Tais-toi, ma lyre ! Ah! laisse-moi pleurer!
Si bien sentir vaut mieux que bien chanter, Si bien aimer vaut mieux que bien le dire , Las ! mieux que moi pouvait-on mériter Le seul suffrage auquel ma muse aspire ? Mais nouveauté , je le veux déclarer, Séduit souvent la plus sage bergère.
Puisque Daphné comme une autre est légère , Tais-toi , ma lyre ! Ah! laisse-moi pleurer!
Quoi , vous allez la chercher malgré moi , Vers indiscrets , enfants de jalousie !
Daphné vous lit : dieux! quel est mon effroi! Daphné sourit : dieux ! ma peine est finie ! Plus la douleur ne me doit tourmenter ; A mon rival retournez , ma tristesse.
Mes vers encor plairaient à ma maîtresse? Tais-toi, chagrin ! Ah! laisse-moi chanter!