‹ Fables et poésies diversesChapitre 25 sur 257 · A M. LE COMTE DE FONTANES · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE FONTANES

DE LINSTITUT, GRAND-MAÎTRE DE l'uNIVERSITK.

Plus galant que sensé , Colin voulut jadis Réunir dans son champ l'agréable à l'utile , Et cultiver les fleurs au milieu des épis. Rien n'était, à son gré , plus sage et plus facile.

Parmi les blés , dans la saison ,

Il va donc semant à foison Bluets , coquelicots, et mainte fleur pareille ,

Qu'on voit égayer nos guérets ,

Quand Flore , en passant chez Gérés ,

A laissé pencher sa corbeille.

Dans peu, se disait-il, que mon champ sera beau! Avant l'ample récolte au moissonneur promise , Que de bouquets pour Suzette , pour Lise ,

Pour les fillettes du hameau !

Partant que de baisers ! oui , cadeau pour cadeau ,

Ou rien pour rien, c'est ma devise.

Le doux printemps paraît enfin :

Le bluet naît avec la rose.

En mai , le bonheur de Colin

Faisait envie à maint voisin ;

En août ,8, ce fut tout autre chose.

Tandis qu'il n'était pas d'endroits

Où la moisson ne fut certaine , Que les trésors de Beauce ' 9 au loin doraient la plaine , Et que le laboureur n'avait plus d'autre peine Que celle de trouver ses greniers trop étroits , Trop tard désabusé de ses projets futiles ,

D'un œil obscurci par les pleurs , Colin , dans ses sillons stérilement fertiles , Cherche en vain les épis étouffés sous les fleurs.

Vous qui dans ses travaux guidez la faible enfance ,

Ceci vous regarde , je crois ;

Chez vous on apprend à la fois Le latin , la musique , et l'algèbre et la danse. C'est trop. Heureusement savons-nous , mes amis , Que le Rollin 2° du jour n'est pas de cet avis. Enseigner moins , mais mieux , oui , tel est son système :

Colin , vous dit-il sagement ,

Ne cultivons que le froment ;

Le bluet viendra de lui-même.

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