‹ Fables et poésies diversesChapitre 27 sur 257 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Mais le bonnet, jusqu'à ce jour,

Vit-il jamais venir son tour ?

Pourquoi donc sort-il de l'armoire ?

Crois-moi , si tu crains les railleurs ,

A la cour grand en est le nombre ,

Crois-moi , rentre au plus tôt dans l'ombre ,

Ou va chercher fortune ailleurs.

— C'est ici que je dois l'attendre ,

Répond humblement le bonnet ;

Et je puis vous le prouver net ,

Si vous consentez à m'entendre.

Partout où le trône est placé ,

De droit vous vous dites admise ;

Eh bien ! moi , je me crois de mise

Partout où le lit est dressé.

N'en est-il en cette demeure ?

Nature y perd-elle ses droits ?

Ou, par bonheur, les yeux des rois

Seraient-ils ouverts à toute heure ?

Quand vient minuit , nous le voyons ,

Votre noble poids les chagrine ,

Et l'on dirait que quelque épine

Les tourmente sous vos rayons.

Mon règne alors succède au vôtre :

Le front de toute majesté

Qui veut dormir en liberté

Doit être coiffé comme un autre.

Et puis , mais soit dit entre nous ,

5o FABLES.

N'est-il pas d'autres soins plus doux

Qui font quitter la compagnie

Et l'habit de cérémonie ?

A moi la nuit, à vous le jour :

Oui , bien que votre orgueil en gronde ,

Mon crédit , même ici, se fonde

Sur les premiers besoins du monde :

Sur le sommeil et sur 1 amour.

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