LE MELON ET LA RAVE
Comme ce fournisseur, au visage vermeil , Rebondi , ramassé dans sa courte structure ,
Et brodé sur toute couture, Un melon étalait son gros ventre au soleil ; Et, du haut de sa couche, à la rave modeste Qui , dans le sable aride, à ses pieds végétait , Adressait ce discours, qu'en bêchant écoutait
Mon jardinier, qui vous l'atteste:
« Que je te plains ! (Ce mot est le mot du mépris « Comme de la pitié.) Que je te plains, ma chère, « D'être si mal nourrie! et que je suis surpris « Qu'on trouve même à vivre en aussi maigre terre!
« Gros-Jean n'a des yeux que pour moi. « C'est un tort; et, d'honneur, j'aurais l'âme ravie
« S'il s'occupait un peu de toi ,
« Qui meurs, soyons de bonne foi,
« De faim moins encor que d'envie.
« — Et que peut-on vous envier?
« Répond l'humble racine : oui, vous vivez à l'aise; « Vous êtes gros et gras, soit; mais, ne vous déplaise, « Votre embonpoint vient du fumier.
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