‹ Fables et poésies diversesChapitre 79 sur 257 · LE SIROP ET LES MOUCHES · texte numérisé non relu

LE SIROP ET LES MOUCHES

« On suivait Paul hier, on le fuit aujourd'hui.

« Me direz- vous, monsieur, à quelle circonstance

« Il faut imputer l'inconstance

« Que le public montre envers lui ? »

Après un moment de silence, Monsieur l'abbé répond : « Mets d'abord , mets , mon fils,

« Ce bocal sur notre fenêtre.

« Est-il découvert ? — Non. — Découvre-le.— Mon maître , « Il est plein de sirop. — Fais ce que je te dis.

« — Vous en aurez regret. — Peut-être.

« Tu riras si je m'en repens.

« — Ne voyez-vous donc pas quel essaim nous arrive?

« Voilà déjà plus d'un convive ,

« Qui se régale à nos dépens.

« — Il faut que tout le monde vive , »

Répond le sage en souriant.

« Le sucre est un mets très friand ;

« Mais n'est-il fait que pour nos bouches ?

« Et la terre est-elle, entre nous,

« Chiche à ce point d'un mets si doux,

« Qu'on n'en puisse laisser aux mouches ?

« Il nous en reste assez pour toi.

« — Il est vrai. — Quant à Paul, quant à cette injustice ,

« Dont tu veux savoir le pourquoi , « Nous en reparlerons ; pour l'instant laisse-moi :

« L'objet vaut qu'on y réfléchisse. »

Cependant autour du bocal

Bourdonne l'essaim parasite , Et, comme à qui mieux mieux, chacun s'y précipite : Si vaste qu'elle soit , la panse de cristal Pour tant de commensaux bientôt est trop petite. Ce spectacle amusa l'écolier jusqu'au soir.

N'ayant alors plus rien à voir , Il reprit son propos. « — Un peu de patience. « Est-ce en un jour , mon fils , que l'on peut tout savoir ? « Demain peut-être, grâce à notre expérience, « En dirai-je un peu plus. » De crainte d'accident , L'enfant veut recouvrir le vase en attendant. Mais notre précepteur autrement en décide. Il avait ses raisons. Le sirop cependant, De doux qu'il fut, devient acide.

Plus matinal que le soleil,

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