LES VENTS
De tous les coins du monde en leur antre assemblés , I^es vents se racontaient leurs prouesses récentes. Orgueilleux , ils disaient les éléments troublés ,
Du désert les trombes brûlantes ,
Sur les flots les mâts fracassés , Et dans les champs, moissons, arbres, toits renversés. Les brigands , au récit de semblables ravages , .
Poussaient des hurlements sauvages.
Zéphire, d'épouvante et d'horreur interdit , Se tenante l'écart, n'avait encor rien dit. Interrogé par eux, enfin il répondit :
« Frères , mon haleine et mes ailes
Ont garanti les fleurs des ardeurs du soleil ; J'ai caressé , dans leur sommeil ,
Le pauvre laboureur, les tendres tourterelles ; Pour les bergers et leurs troupeaux J'ai rafraîcbi les purs ruisseaux... »
A cet aveu naïf du timide Zéphire ,
On entend des éclats de rire, Des hourras , des mugissements
Capables d'ébranler jusqu'en leurs fondements
Les plus solides tours, les plus altières cimes.
Lui , s'en fuyant , leur dit : « Soyez fiers de vos crimes ;
Poar moi , je suis heureux des bienfaits que je rends. »