LE COQUILLAGE
Par la marée, un jour, laissé sur le rivage, Ainsi, dans son orgueil, parlait un coquillage : « Au Taite des honneurs me voilà parvenu ! Mollusques idiots, redoutez ma puissance! On a rendu justice à ma haute science : Le mérite réel est enfin reconnu !
Bravo ! je suis le roi de la terre et des ondes! Adieu sombres écueils, adieu vagues prorondes; Adieu ! je suis assis sur un trône de fleurs !... » Une lame, à ces mots, venant Trapper la plage. Entraîne au fond des mers l'imprudent personnage.
Par un flot politique élevés aux grandeurs, Et d'un simple hasard se faisant une gloire, Beaucoup osent rêver un pouvoir illusoire, Qui sont bientôt punis de leur témérité.
Le peuple, dont la vague est bouUlonnanle et forte, Sait les rendre aussitôt à leur obscurité : Le flux les apporta, le reflux les emporte.
L'ESPRIT ET LA RiCKESSE.
Au palais de cristal où trôné la beauté^ Arrivèrent jadis l'Esprit et la Richesse. Or, à la porte en vain comme ils frappaient sans cesse « Entrera qui pourra ! » leur dit la déité»
Dame Richesse avait sur elle Sa magique clef d'or, précieux talisman ; Mais, hélas ! cette fois la clef fut infidèle : La dame au désespoir s^esquiva promptement. L'Esprit, de son manteau tirant un diamant,
Coupa le verre adroitement.
Et sut dans le palais sans peine s'introduire.
On dit (tant dans ce siècle on se plaît à médire) , On dit que de nos jours la clef d'or ouvrirait, Et qu'au lieu de l'Esprit la Richesse entrerait. Laissons parler les gens : pour moi, je me fais gloire De ne croire en ceci que ce qu'il faut en croire.