L ENFANT ET LE CHIEN
Gabriel, l'écolier, l'espiègle personnage,
Et le gourmand surtout (on sait que de son âge
La gourmandise est le plus gros péché) , Dans une armoire, un jour, vit un gâteau caché.
LArnASRBADDIE. i
i2 LIVRE II.
Or, la tentation fut si forte, si forte,
Que d'une main furtive il entr'ouvrit ia porte ,
Et saisit le gâteau. Du frauduleux repas
Médor fut seul témoin : Médor ne dormait pas.
Il garda le silence , en âme charitable.
A quelque temps de là , flairant sur une tal)le
Un pain que par hasard on venait d'oublier,
Médor s'en régala sans se faire prier.
Gabriel l'aperçut : « Voleur abominable ,
Le bien que l'on dérobe est-ce donc notre bien?
— C'est parler en Caton , lui répondit le chien ;
Mais je n'ai pas perdu mémoire De certain gros gâteau pris dans certaine armoire.. Gabriel , tu rougis... Écoute, Gabriel , Veux-tu que tes conseils ne soient jamais frivoles?
Garde qu'à tes belles paroles Ta conduite ne donne un démenti formel... »
LES DEUX ORNIEAUX.
Sous un ormeau grand et robuste Était un jeune ormeau, frêle et chétif arbuste.
L'arbre géant lui dit : « J'ai su le proléger Contre l'assaul des vents et d'orages sans nombre;
Sous mes rameaux et sous mon ombre
Tu croîs à l'abri du danger.
Je dois, par tant de soins et tant de bienfaisance, Avoir acquis des droits à ta reconnaissance...
— Ah ! de votre feinte bonté
Osez-vous tirer vanité?
Dit en pleurant l'ormeau débile ; Vous fûtes un tuteur dévorant son pupille ,
Et vous avez de mes rameaux naissants Écarté du soleil les rayons caressants.
Vous avez absorbé ma sève; Vous m'avez étouffé sous vos traîtres abris ,
Et chaque jour je dépéris , Tandis que vers les cieux voire tige s'élève : Je crains plus vos bienfaits que les vents destructeurs. »
Méfions-nous, amis, de certains protecteurs.
ii MVRK 11.