‹ Fables et poésiesChapitre 319 sur 355 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Noire père est parti ; pour que Dieu nous le rendr, Frère, prions à deux genoux.

Sa ])arque est si petite, et la mer est si grande ! Seigneur, ayez pitié de nous î

Contre l'écueil, contre l'orage, Seigneur, daignez le secourir ; S'il ne revient pas au rivage, Tous deux il nous faudra mourir.

— Frère, vois ce point dans l'espace, Ce point que nous montre un éclair...

Hélas ! c'est un oiseau qui passe, Qui passe et disparaît dans Pair.

Notre père est parti ; pour que Dieu nous le rende, Frère, prions à deux genoux.

Sa barque est si petite, et la mer est si grande î Seigneur, ayez pitié de nous!

Depuis que notre pauvre mère Parmi les anges remonta, Seul, près de nous, douleur amère î Tout seul notre père resta.

— Frère, sa voile ! bon courage !

La vois-tu, frère, à l'iiorizon?...

— Hélas ! ce n'est qu'un blanc nuage Qui vole au gré de l'aquilon.

Notre père est parti ; pour que Dieu nous le rende, Frère, prions à deux genoux.

Sa barque est si petite, et la mer est si grande ! Seigneur, ayez pitié de nous !

Ses filets, sa barque fragile, Voilà notre unique trésor ; Celte cabane est notre asile ; On y fait quelques rêves d'or.

— Frère, qu'apporte cette lame?

Du retour est-ce un précurseur?

— Hélas ! elle apporte une rame Et les vêtements d'un pêcheur.

Notre père est parti; pour que Dieu nous le rende;

Frère, prions à deux genoux.

Sa barque est si petite, et la mer est si grande î

Seigneur, ayez pitié de nous î

Page 1