LE MEUNIER. LE FERMIER ET L'ANE
Pour ses travaux un meunier possédait Un baudet.
Tous les jours pour notre âne étaient jour de ttircme. En vain se plaignait-il de sa maigreur extrême ;
On lui regrettait l'herbe et le moindre clmrtlon...
Hors les sacs de farine et les coups de bâton.
Un jour, comme ils allaient au plus prochain village,
Maître meunier, déjà sur l'ûge, Charge de blé sa bête, et monte par-dessus :
Mais le baudet qui n'en peut plus, Voulant se délivrer d'un cruel esclavage, Par un sublime effort s'élance... Tout à coup
Le meunier tombe et se casse le cou.
L'une, se voyant seul, renverse la farine, Saute, gambade j rue et casse son licou. Bientôt le gros fermier d'une ferme voisine Aperçoit dans les champs l'animal révolté, Qui se vautre dans l'herbe et broute en liberté. « C'est moi qui vais, dit-il, sous le joug te soumettre, Et tu m'appartiendras sans bourse délier. » Lors, d'un ton doucereux il va le supplier
De vouloir bien le reconnaître Comme son protecteur, sinon comme son maître. Il aura, tous les jours, l'avoine au râtelier ; Plus d'accablants fardeaux, chacun lui fera fêle : Enfin il lui promet félicité parfaite. Or, l'imprudent se livre... Et vous saurez comment
Le gros fermier tint son serment :
Il enfourche la pauvre bête, Lie au bout d'une gaule une botte de foin
Que dans l'air il agite au loin.
Plus l'ànc trotte, et plus l'amorce horizontale S'enfuit devant la dent qui cherche à l'attraper. Hélas! pour le baudet qui s'est laissé tromper,
C'est le supplice de Tantale.
S'il peste contre un jeu qui ne lut convient pas , Quelques coups tle bâton le remettent au pas.
II a beau dire, il a l>eau faire, L'autre toujours le leurre et le frappe plus fort.
Je connais tel Ëtat sur un point de la splièro A qui de ce pauvre âne on fait subir le sort.