‹ Fables. IllustréesChapitre 139 sur 166 · LE CHAT ET LES DEUX MOINEAUX · texte numérisé non relu

LE CHAT ET LES DEUX MOINEAUX

Un chat, contemporain d'un fort jeune moineau,

Fut logé près de lui dès l'âge du berceau :

La cage et le panier avaient mêmes pénales.

Le chat était souvent agace par 1 oiseau :

L'un s'escrimait du bec ; l'autre jouait des pattes.

Ce dernier toutefois épargnait son ami,

Ne le corrigeant qu'à demi :

Il se fut fait un grand scrupule

D'armer de pointes sa férule.

Le passereau, moins circonspect.

Lui donnait force coups de bec.

En sage et discrète personne.

Maître chat excusait ses jeux :

Entre amis, il ne faut jamais qu'on s'abandonne

Aux traits d'un courroux sérieux.

Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge, Une longue habitude en paix les maintenait ; Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait :

Quand un moineau du voisinage S'en vint les visiter, et se fît compagnon Du pétulant Pierrot et du sage Raton.

Entre les deux oiseaux il arriva querelle ;

Et Raton de prendre parti.

Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,

D'insulter ainsi notre ami !

Le moineau du voisin viendra manger le nôtre! Non, de par tous les chats ! Entrant lors au combat, 11 croque l'étranger. Vraiment, dit maître chat. Les moineaux ont un goût exquis et délicat I Cette réflexion fit aussi croquer l'autre. Quelle morale puis-je inférer de ce fait ? Sans cela toute fable est un œuvre imparfait. J'en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m'abuse. Prince, vous les aurez incontinent trouvés : Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma muse. Elle et ses sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez.

FABLES DE Ljf TO-NTATN-E

twRB Douzième

Des que les chèvres ont brouté.

Certain esprit de liberté Leur fait chercher fortune : elles vont en voyage Vers les endroits du pâturage

Les moins fréquentés des humains :

Là, s'il est quelque lieu sans route et sans chemins Un rocher, quelque mont pendant en précipices. C'est oii ces dames vont promener leurs caprices. Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.

Deux chèvres donc s'émancipant.

Toutes deux ayant patte blanche.

Quittèrent les bas prés, chacune de sa part : L'une vers l'autre allait pour quelque bon hasard. Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche. Deux belettes a peine auraient passé de front

Sur ce pont :

D'ailleurs, l'onde rapide et le ruisseau profond Devaient faire trembler de peur ces amazones. Maigre tant de dangers, l'une de ces personnes Pose un pied sur la planche, et l'autre en fait autant. Je m'imagine voir, avec Louis le Grand,

Philippe Quatre qui s'avance

Dans nie de la Conférence.

Ainsi s'avançaient pas à pas.

Nez à nez, nos aventurières.

Qui, toutes deux étant fort fières.

Vers le milieu du pont ne se voulurent pas L'une à l'autre céder. Elles avaient la gloire De compter dans leur race, à ce que dit l'histoire. L'une certaine chèvre, au mérite sans pair. Dont Polyphème fit présent à Galatee ;

Et l'autre, la chèvre Amalthée,

Par qui fut nourri Jupiter.

Faute de reculer, leur chute fut commune :

Toutes deux tombèrent dans l'eau.

Cet accident n'est pas nouveau

Dans le chemin de la fortune.

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