‹ Fables. IllustréesChapitre 28 sur 166 · LE PAON SE PLAIGNANT · texte numérisé non relu

LE PAON SE PLAIGNANT

Le paon se plaignait à Junon.

Déesse, distait-il, ce nesl pas sans raison

Que je nie plains, que je murmure :

Le clianl dont vous m'avez fait don

Déplaît a toute la nature ; Au lieu qu'un rossignol, chctive créature. Forme des sons aussi doux qu'éclatants,

Est lui seul I honneur du printemps.

Junon répondit en colère :

Oiseau jaloux, et qui devrais te taire, Elst-ce à toi d envier la voix du rossignol. Toi que l'on voit porter a l'entour de ton col Un arc-en-ciel nue de cent sortes de soies ;

Qui te panades, qui déploies Une SI riche queue et qui semble a nos yeux

La boutique d'un lapidaire ?

Est-il quelque oiseau sous les cieux

Plus que toi capable de plaire ?

Tout animal n'a pas toutes propriétés.

Nous vous avons donné diverses qualités : Les uns ont la grandeur et la force en partage ; Le faucon est léger, l'aigle plein de courage.

Le corbeau sert pour le présage ; La corneille avertit des malheurs à venir ;

Tous sont contents de leur ramage.

Cesse donc de le plaindre : ou bien, pour le punir, le t olerai ton [ilumage.

^aVAVXV»Wv

FJIBL-ES de LJI TO'NTAmB

Lîrj{E Devxjème

Un lièvre en son gite songeait, (Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe ?) Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait Cet animal est triste, et la cramte le ronge.

Les gens de naturel peureux

Sont, disait-il, bien malheureux !

Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite : Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers. Voilà comme je vis : cette crainte maudite M'cmpéche de dormir sinon les yeux ouverts. Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.

Efi ! la peur se corrige-t-elle ?

Je croîs même qu'en bonne foi

Les hommes ont peur comme moi.

Ainsi raisonnait notre lièvre.

Et cependant faisait le guet.

Il était douteux, inquiet :

Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la lièvre.

Le mélancolique animal

En rêvant a cette matière.

Entend un léger bruit : ce lui fit un signal

Pour s'enfuir devers sa tanière.

I! s'en alla passer sur le bord d'un étang. Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ; Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes,

Oh \ dit-il, j'en fais faire autant

Qu'on m'en fait faire ! Ma présence Effraie aussi les gens ! je mets l'alarme au camp !

Et d'où me vient cette vaillance ?

Comment ! des animaux qui tremblent devant moi '

Je SUIS donc un foudre de guerre !

Il n est, je le vois bien, si poltron sur la terre. Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi.

^vl ^J ^^v

F.ÎBLES DE L-J ToyTAl^'E

LirHE Deuxième

Page 1