LE PAON SE PLAIGNANT
Le paon se plaignait à Junon.
Déesse, distait-il, ce nesl pas sans raison
Que je nie plains, que je murmure :
Le clianl dont vous m'avez fait don
Déplaît a toute la nature ; Au lieu qu'un rossignol, chctive créature. Forme des sons aussi doux qu'éclatants,
Est lui seul I honneur du printemps.
Junon répondit en colère :
Oiseau jaloux, et qui devrais te taire, Elst-ce à toi d envier la voix du rossignol. Toi que l'on voit porter a l'entour de ton col Un arc-en-ciel nue de cent sortes de soies ;
Qui te panades, qui déploies Une SI riche queue et qui semble a nos yeux
La boutique d'un lapidaire ?
Est-il quelque oiseau sous les cieux
Plus que toi capable de plaire ?
Tout animal n'a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités : Les uns ont la grandeur et la force en partage ; Le faucon est léger, l'aigle plein de courage.
Le corbeau sert pour le présage ; La corneille avertit des malheurs à venir ;
Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de le plaindre : ou bien, pour le punir, le t olerai ton [ilumage.
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FJIBL-ES de LJI TO'NTAmB
Lîrj{E Devxjème
Un lièvre en son gite songeait, (Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe ?) Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait Cet animal est triste, et la cramte le ronge.
Les gens de naturel peureux
Sont, disait-il, bien malheureux !
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite : Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers. Voilà comme je vis : cette crainte maudite M'cmpéche de dormir sinon les yeux ouverts. Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.
Efi ! la peur se corrige-t-elle ?
Je croîs même qu'en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi.
Ainsi raisonnait notre lièvre.
Et cependant faisait le guet.
Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la lièvre.
Le mélancolique animal
En rêvant a cette matière.
Entend un léger bruit : ce lui fit un signal
Pour s'enfuir devers sa tanière.
I! s'en alla passer sur le bord d'un étang. Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ; Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes,
Oh \ dit-il, j'en fais faire autant
Qu'on m'en fait faire ! Ma présence Effraie aussi les gens ! je mets l'alarme au camp !
Et d'où me vient cette vaillance ?
Comment ! des animaux qui tremblent devant moi '
Je SUIS donc un foudre de guerre !
Il n est, je le vois bien, si poltron sur la terre. Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi.
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F.ÎBLES DE L-J ToyTAl^'E
LirHE Deuxième