LIVRE X
Dit au serpent : Faut-il croire ce qu'elle dit? C'est une radoteuse; elle a perdu l'esprit. Croyons ce bœuf. Croyous1, dit la rampante bête. Ainsi dit. ainsi fait. Le bœuf vient à pas lenis. Quand il eut ruminé tout le cas eu sa tête,
Il dit que du labeur des ans Pour nous seuls il portoit les soins les plus pesants. Parcourant sans cesst-r ce long cercle de peines Oui. revenant sur soi, rameuuit dans nos plaines Ce que Cérès nous donne et vend aux animaux;
Que cette suite de travaux Pour récompense avoir, de tous tant que nous sonime; Force coups, peu degré- : pais, quand il étoit vieux. On crovoit l'bonorer cbaque fois que les bommes Acliet .ient de son sang l'indulgence des dieux. Ainsi parla le bœuf. L'bomine dit: Faisons taire
Cet ennuyeux déclamateur; Il cherche de grands mots, et vient ici se faire,
Au lieu d'arbitre, accusateur.
Je le récuse aussi. L'arbre étant pris pour juge, Ce fut bien pis encore. Il servoit de refuge Contre le' chaud, la pluie, et la fureur des veufs ; Pour nous seuls il ornoit les jardins et les champs; L'ombrage n' étoit pas le seul bien qu'il sût faire ;
1 Croyons ce qu'il nous dira; rapportons-nous-en à son jugement. Ellipse.
2 Peu de témoirïna'cs de satisfaction.
Il coarboit sons les fruits. Cependant pour salaire Un rustre l'abattoit: c'étoitlà sou lover.
Quoique, pendant tout l'an, libéral il nous donne Ou des Meurs au printemps, ou du fruit en automne, L'ombre l'été, l'hiver les plaisirs du foyer. Que ne l'émoudoit-ou, sans prendre la cognée? De sou tempérament, il eût encor vécu.
L'homme, trouvant mauvais que l'on l'eût convaincu, Voulut à toute foi-ce avoir cause gagnée. Je suis bien bon, dit-il, d'écouter ces gens-là ! Du sac et du serpent aussitôt il donna Contre les murs, tant qu'il tua la bête.
Ou en use ainsi chez les grands.
La raison les offense ; ils se mettent en tête Que tout est né pour eux, quadrupèdes et geus, Et serpents.
Si quelqu'un desserre les dents, C'est un sot. J'en conviens : mais que faut- il dune faire ?
Parler de loin, ou bien se taire.
FABLE III
LA TORTUE ET LKS DEUX CASARDS.
Une tortue étoit, à la tête légère.
Qui, lasse de sou trou, voulut voir le pavs.