‹ Fables (volume 2)Chapitre 114 sur 193 · LIVRE X. ITT · texte numérisé non relu

LIVRE X. ITT

Veut vendre au moins sa vie, et mourir eu héros,

Il fut tout étonué d'ouïr cette cohorte

Le proclamer monarque au lieu de son roi mort.

Il ne se Ht prier que de la bonne sorte ;

Encor que le fardeau fût, dit-il, un peu fort.

Sixte eu dîsoît autant quaud on le fit saint-père;

( Seroit-ce bien une misère

Que d'être pape ou d'être roi?) Ou reconnut bientôt sou peu de bonne foi.

Fortune aveugle suit aveugle hardiesse.

Le sage quelquefois fait bien d'exécuter Avant (pie de donner le temps à la Sagesse D'euvisager le fait, et sans la consulter.

FABLE XV

LES LAPIHS.

DISCOURS A .M. LE DIX DE LA ROCMEFOl'CAL'LD '.

Je me suis souvent dit, vovant de quelle sorte

L'homme agit, et qu'il se comporte Eu mille occasions comme les animaux :

Le roi de ces gens-là n'a pas moins de défauts

1 Sur M. le duc de La Rochefoucauld.

i7« i'A nu; s.

Que ses sujets; et la Nature

A mis dans chaque créature Quelque grain d'une masse où puisent les esprits : J'entends les esprits-corps, et pétris de matière.

Je vais prouver ce que je dis.

A l'heure de l'affût, soit lorsque la lumière

Précipite ses traits dans l'humide séjour, Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière, Et que, n'étant plus nuit, il n'est pas eucor jour, Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe, Et, nouveau Jupiter, du haut de cet olympe,

Je foudroie à discrétion

Un lapin qui n'y pensoit guère.

Je vois fuir aussitôt toute la nation

Des lapins qui, sur la bruyère.

L'œil éveillé, l'oreille au guet, S'égayoient, et de thym parfumoicut leur banquet.

Le bruit du coup fait que la bande

S'en va chercher sa sûreté

Dans la souterraine cité :

Mais le danger s'oublie, et cette peur si grande S'évanouit bientôt; je revois les lapins, Plus gais qu'auparavant, revenir sous mes mains.

Ne reconnoît-on pas eu cela les humains? Dispersés par quelque orage, A peine ils touchent le port

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