‹ Fables (volume 2)Chapitre 154 sur 193 · LIVRE XII. 2A · texte numérisé non relu

LIVRE XII. 2A

Cjue sert-il qu'on se contrefasse?

Prétendre ainsi changer est une illusion: L'on reprend sa première trace A la première occasion.

De votre esprit, que nul autre n'égale, Prince , ma muse tient tout entier ce projet ; Vous m'avez donné le sujet, Le dialogue , et la morale.

l'ecrevis^e et sa fille.

Les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse , Marchent à reculons , tournent le dos au port. C'est l'art de* matelots; c'est aussi l'artifice De ceux qui, pour couvrir quelque puissaut effort, Envisagent un point directement contraire , Et font vers ce lieu-là courir leur adversaire. Mou sujet est petit, cet accessoire est grand: Je pourrois l'appliquer à certain conquérant Qui tout seul déconcerte une ligue à cent têtes. Ce qu'iln'entreprend pas, et ce qu'il entreprend, Vest d'abord qu'un secret, puis devient des conquêtes. Eu vain l'on a les veux sur ce qu'il veut cacher,

Ce sont arrêts du Sort qu'on ne peut empêcher: Le torrent à la fin devient insurmontable. Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter. Louis et le Destin me semblent de concert Entraîner l'univers. Venons à notre fable.

Mère écrevisse un jour à sa fille disoit : Comme tu vas, bon Dieu ! ne peux-tu marcher droit ? Et comme vous allez vous-même ! dit la fille: Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille? Veut-on que j'aille droit quand on v va tortu?

Elle avoit raison : la vertu

De tout exemple domestique

Est universelle , et s'applique Eu bien , en mal , en tout ; fait des sages , des sots ; Beaucoup plus de ceux-ci. Quant à tourner le dos A son but, j'y reviens; la méthode eu est bonne,

Surtout au métier de Bellone ;

Mais il faut le faire à propos.

TABLE XI

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