LIVRE XII
A l'endroit où pour mort le traître se pendit, Remplirent l'air de cris : leur maître les rompit , Bien <jue de leurs abois ils perçassent les nues. Il ne put soupçonner ce tour assez plaisant. Quelque terrier, dit-il, a sauvé mou galant: Mes chiens n'appellent point au delà des colonnes1
Où sont tant d'honnêtes personnes.
Il v viendra , le drôle ! Il y vint, à son dam.
Voilà maint basset clabaudaut; Voilà notre renard au cbarnier se jjuiudaiit. Maître pendu crovoit qu'il eu iroit de même Que le jour qu'il tendit de semblables panneaux: Mais le pauvret, ce coup, y laissa ses houseaux9: Tant il est vrai qu'il faut changer de stratagème ! Le chasseur, pour trouver sa propre sûreté, N'auroil pas cependant un tel tour inventé; Non point par peu d'esprit: est-il quelqu'un qui nie Que tout Anglois n'eu ait bonne provision?
Mais le peu d'amour pour la vie
Leur nuit eu mainte occasion.
1 Des fourches patibulaires où les animaux étaient pendus.
2 Expression proverbiale, pour dire qu'il y mourut. Les houseanx étoient des espèces de bottines ou de brodequins qui se fermoienl avec des boucles et des courroies. On croit que c'étoit la chaussure des Parisiens dans le treizième siècle.
,lt; reviens à \ous. mm pour dire
D'autres traits sur votre sujet;
Tout Long éloge est un projet
Peu favorable pour ma Ivre:
Peu île nos chants , peu de dos \ ers . Par un encens flatteur amusenl L'univers . Et se font écouter des Dations étranges1.
Votre prince2 vous dit un jour
Qu'il aimoit mieux uu trait d'amour
Que quatre pages de Louai] Agéez seulement le don que je vous fais
Des derniers efforts de ma Muse.
C'est peu de chose ; elle est confuse
De ces ouvrages imparfaits.
Cependant ne pourriez-vous faire
Que le même hommage pût plaire A celle qui remplit vos climats d'habitants
Tirés de l'île de Cvthère?
Vous voyez par là que j'entends Mazarin3, des Amours déesse tutélaire.
• Pour dire les nations étrangères.
2 Charles II.
3 IIortenseMancini, duchesse de Mazarin, née à Rcne en 1646, et morte à Clielsey, près de Londres , le 2 juillet 1699, étoit la nièce du cardinal de -Mazarin : elle fut marine en 1661 à Armand-CIiarles de La Porte, duc de la Meilleraie, à condition qu'il rrendioit le nom et les armes de Mazarin.