‹ Fables (volume 2)Chapitre 174 sur 193 · LE SOLEIL ET LE- GRENOUILLES · texte numérisé non relu

LE SOLEIL ET LE- GRENOUILLES

Les tilles du limon tiroient du roi des astres

Assistance et protection :

Guerre ni pauvreté, ni semblables désastres, >"e pourvoient approeber de cette nation ; Elle faisoit valoir en cent lieux sou empire. Les reines des étangs, grenouilles veux-je dire, (Car que coute-t-il d'appeler Les choses par noms honorables?) Contre leur bienfaiteur osèrent cabaler,

Et devinrent insupportables L'imprudence, l'orgueil, et l'oubli des bienfaits.

Enfants de la bonne fortune, Firent bientôt crier cette troupe importune : On ne pouvoit dormir eu paix.

Si l'on eût cru leur murmure, Elles auroient, par leurs cris, Soulevé grands et petits Contre l'œil de la ^Nature.

1 Cette fable est allégorique; elle fait allusion aux démêl 's des Ilollandois avec Louis XIV. Ce monarque avoit pris pour emblème le soleil.

Le soleil, à leur dire, alloit tout consumer; Il falloit promptement s'armer, El lever des troupes puissantes.

Aussitôt qu'il faisoit mi pas,

Ambassades coassantes

Alloient dans tous les Etats :

A les ouïr, tout le monde,

Toute la machine ronde

Rouloit sur les intérêts

De quatre méchants marais.

Cette plainte téméraire

Dure toujours; et pourtant

Grenouilles doivent se taire,

Et ne murmurer pas tant :

Car si le soleil se pique,

Il le leur fera sentir ;

La république aquatique

Pourroit bien s'eu repentir.

FABLE XXV

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