LE SOLEIL ET LE- GRENOUILLES
Les tilles du limon tiroient du roi des astres
Assistance et protection :
Guerre ni pauvreté, ni semblables désastres, >"e pourvoient approeber de cette nation ; Elle faisoit valoir en cent lieux sou empire. Les reines des étangs, grenouilles veux-je dire, (Car que coute-t-il d'appeler Les choses par noms honorables?) Contre leur bienfaiteur osèrent cabaler,
Et devinrent insupportables L'imprudence, l'orgueil, et l'oubli des bienfaits.
Enfants de la bonne fortune, Firent bientôt crier cette troupe importune : On ne pouvoit dormir eu paix.
Si l'on eût cru leur murmure, Elles auroient, par leurs cris, Soulevé grands et petits Contre l'œil de la ^Nature.
1 Cette fable est allégorique; elle fait allusion aux démêl 's des Ilollandois avec Louis XIV. Ce monarque avoit pris pour emblème le soleil.
Le soleil, à leur dire, alloit tout consumer; Il falloit promptement s'armer, El lever des troupes puissantes.
Aussitôt qu'il faisoit mi pas,
Ambassades coassantes
Alloient dans tous les Etats :
A les ouïr, tout le monde,
Toute la machine ronde
Rouloit sur les intérêts
De quatre méchants marais.
Cette plainte téméraire
Dure toujours; et pourtant
Grenouilles doivent se taire,
Et ne murmurer pas tant :
Car si le soleil se pique,
Il le leur fera sentir ;
La république aquatique
Pourroit bien s'eu repentir.
FABLE XXV