LIVRE XII
Dont la rateuse seigneurie S'étoit logée eu bonne hôtellerie, Et qui cent fois s'étoit vanté, dit-on, De ne craindre ni chat, ni chatte, >i coup de dent, ni coup de patte.
Dame souris, lui dit ce fanfaron, Ma foi ! quoi que je fasse, Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace : Mais assemblons tous les rats d'alentour, Je lui pourrai jouer d'un mauvais tour. La souris fait une humble révérence; Et le rat court en diligence A l'office, qu'on nomme autrement la dépense,
Où maints rats assemblés Faisnient, aux frais de l'hôte, une entière bombance. Il arrive, les sens troublés, Et tous les poumons essoufflés.
Ou'avt-z-vous donc? lui dit un de ces rats; parlez. Eu deux mots, répond-il, ce qui fait mou vovage. C'est qu'il faut promptemeut secourir la souris; Car Raminagrobis Fait eu tous lieux un étrange carnage.
Ce chat, le plus diable des chats, S'il manque de souris, voudra manger des rats. Chacun dit: Il est vrai. Sus ! sus ! courons aux armes ! Quelques rates1, dit-on, répandirent des larmes.
1 Ce mot est forgé, et n'est point françois.
ii. 18
27 à FABLES.
N'importe, rien n'arrête un si noble projet :
Chacun se met en équipage; Chacun met dans son sac un morceau de fromage; Chacun promet enfin de risquer le paquet.
Ils alloient tous comme à la fête,
L'esprit content, le cœur joyeux.
Cependant, le chat, plus fiu qu'eux, ïenoit déjà la souris par la tête.
Us s'avancèrent à grands pas
Pour secourir leur bonne amie :
Mais le chat, qui n'en démord pas, Gronde, et marche au-devant de la troupe ennemie.
A ce bruit, nos très-prudents rats.
Craignant mauvaise destinée, Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas,
Une retraite fortunée.
Chaque rat rentre dans son trou :
Et si quelqu'un en sort, gare eucor le maton.