‹ Fables (volume 2)Chapitre 176 sur 193 · A MADAME DE LA MÉSANGÈRE · texte numérisé non relu

A MADAME DE LA MÉSANGÈRE

Aimable fille d'une mère A qui seule aujourd'hui mille cœurs fout la cour, Sans ceux que l'amitié rend soigneux de vous plaire, El quelques-ans encor que vous garde l'amour,

Je ue puis qu'eu cette préface

Je ue partage eulre elle et vous Du peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse . Et que j'ai le secret de rendre exquis et doux.

Je vous dirai donc Mais tout dire,

Ce seroit trop; il faut choisir,

Ménageant ma voix et ma Ivre, Qui bientôt vont manquer de force et de loisir. Je louerai seulement un cœur plein de tendresse .

1 Madarre de la Mésangère étoit la fille de madame de la Sablière. C'est elle que Fontenelle désigne sous le nom de la Marquise dans son ouvrage intitul- De la pluralité des mondes. ( W .

Ces nobles sentiments, ces {jraces, cet esprit: Vons n'auriez en cela ni maître; ni maîti i Saus celle dont sur vous L'éloge rejaillit1.

Gardez d'environner ces roses

De trop d'épines, si jamais

L'amour vous dit les mêmes choses :

Il les dit mieux que je ne fais ; Aussi sait-il punir ceux qui ferment L'oreille

A ses conseils. Vous V allez voir.

Jadis une jeune merveille Méprisoit de ce dieu le souverain pouvoir;

Ou l'appeloit Alcimadure :

Fier et farouche objet, toujours courant aux bois, Toujours sautant aux prés, dansant sur la verdure,

Et ne couuoissaut autres lois Que son caprice; au reste, égalant les plus belles.

Et surpassant les plus cruelles; N'ayant trait qui ne plut, pas même en ses rigueurs: Quelle L'eût-on trouvée au fort de ses faveurs-! Le jeune et beau Daphnis, berger de noble race, L'aima pour son malheur : jamais la moindre grâce,

1 C'est-à-dire sans votre mère. Le reconnaissant La Fontaine place toujours madame de La Sablière au-dessus de toutes les autres femmes.

2 Ellipse. Si on la trouvoit aimable, même en ses rigueurs, combien l'eùt-elle paru davantage à ceux qu'elle auroit comblés de ses faveurs !

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