‹ Fables (volume 2)Chapitre 178 sur 193 · LE JUGE ARBITRE, LHOSPITALIER, ET LE SOLITAIRE · texte numérisé non relu

LE JUGE ARBITRE, LHOSPITALIER, ET LE SOLITAIRE

Trois saiuts, également jaloux de leur salut, Portés d'un même esprit, teudoient à même but. Ils s'y prirent tous trois par des routes diverses : Tous chemins vout à Rome ; aiusi uos concurrents Crurent pouvoir choisir des sentiers différents. L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses, Qu'en apanage ou voit aux procès attachés, S'offrit de les juger sans récompense aucune, Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune. Depuis qu'il est des lois, l'homme, pour ses péchés, Se condamne à plaider la moitié de sa vie : La moitié ! les trois quarts, et bien souvent le tout. Le conciliateur crut qu'il vieudroit à bout De guérir cette folle et détestable envie. Le second de nos saiuts choisit les hôpitaux. Je le loue ; et le soin de soulager les maux Est une charité que je préfère aux autres. Les malades d'alors, étant tels que les nôtres, Dounoient de l'exercice au pauvre hospitalier ; Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse : « 11 a pour tels et tels un soin particulier,

« Ce sont ses amis ; il nous laisse. » Ces plaintes n'étaient rien au prix de l'embarras Où se trouva réduit l'appointeur de débats : Aucun n'étoit routent ; la sentence arbitrale

A nul des deux ne convenoit.

Jamais le juge ne tenoit

A leur gré la balance égale :

De semblables discours rebutoient L'appointeur. Il court aux bopitaux, va voir leur directeur, Tous deux ne recueillant que*plainte et que murmure, Affligés, et contraints de quitter ces emplois, Vont confier leur peine au silence des bois. Là, sous d'âpres rochers, près d'une source pure, Lieu respecté des vents, ignoré du soleil, Ils trouvent l'autre saint, lui demandent conseil. Il faut, dit leur ami, le prendre de soi-même.

Qui, mieux que vous, sait vos besoins?

Apprendre à se connoître est le premier des soins Qu'impose à tout mortel la majesté suprême, Vous êtes-vous connus dans le monde babité? L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité : Cbercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.

Troublez l'eau : vous y voyez-vous?

Agitez celle-ci. — Comment nous verrions-nous?

La vase est un épais nuage Qu'aux effets du cristal nous venons d'opposer. Mes frères, dit le saint, laissez-la reposer.

Vous verrez alors votre image.

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