‹ Fables (volume 2)Chapitre 36 sur 193 · LE SAVETIER ET LE FISAXCIER · texte numérisé non relu

LE SAVETIER ET LE FISAXCIER

L'n savetier chantoit du matin jusqu'au soir :

C'étoit merveille de le voir, Merveille de l'ouïr ; il faisoit des passages,

Plus content qu'aucun des sept sages.

Sou voisin, au contraire, étant tout cousu d'or,

Chantoit peu, dormoit moius encor ;

C'étoit un homme de finance.

Si sur le point du jour parfois il sommeilloit, Le savetier alors eu chantant l'éveilloit ;

Et le financier se plaignoit

Que les soins de la Providence M'eussent pas au marché fait vendre le dormir,

Comme le manger et le boire.

En son hôtel il fait venir Le chajateur, et lui dit: Or çà, sire Grégoire, Que gagnez-vous par au? Par au ! ma foi, monsieur ,

Dit avec un ton de rieur Le gaillard savetier, ce n'est point ma manière De compter de la sorte ; etje n'entasse guère Un jour sur l'autre : il suffit qu'à la fin

J'attrape le bout de l'année ;

Chaque jour amène son paiu. — Eh bien! que gagnez-vous, dites-moi, par journée? Tantôt plus, tautôt moins : le mal est que toujours (Et sans cela nos gains seroient assez honnêtes) , Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours

Qu'il faut chômer ; on nous ruine en fêtes. L'uue fait tort à l'autre, et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours sou prône.

Le financier, riant de sa naïveté, Lui dit : Je vous veux mettre aujourd'hui sur le trône. Prenez ces cent écus ; gardez-les avec soin,

Page 1