‹ Fables (volume 2)Chapitre 95 sur 193 · DISCOURS A MADAME DE LA SABLIÈRE · texte numérisé non relu

DISCOURS A MADAME DE LA SABLIÈRE

Iris, je vous louerois ; il n'est que trop aisé : Mais vous avez ceut fois uotre euceus refusé; Eu cela peu semblable au reste des mortelles, Qui veuleut tous les jours des louanges nouvelles. Pas une ne s'endort à ce bruit si flatteur. Je ne les blâme point : je souffre cette humeur: Elle est commune aux dieux, aux monarques, aux bel Ce breuvage vanté par le peuple rimeur, Le nectar, que l'on sert au maître du tonnerre, Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre, C'est la louange, Iris. Vous ne la goûtez point; D'autres propos chez vous récompensent ce point

Propos, agréables commerces, Où le hasard fournit ceut matières diverses ,

Jusque-là qu'en votre entretien La bagatelle a part : le monde n'en croit rien.

Laissons le monde et sa croyance.

li-2 FABLES.

La bagatelle, la science, Les chimères, le rien, tout est bon : je soutiens

Qu'il faut de tout aux entretiens:

('.est un parterre où Flore épand ses bien ; Sur différentes fleurs l'abeille s'y repose,

Et fait du miel «le toute chose.

Ce fondement posé, ne trouvez pas mauvais Qu'en ces fables aussi j'entremêle des traits

De certaine pliilosopbie,

Subtile, engageante, et hardie.

Ou l'appelle nouvelle : en avez-vous ou non

Ouï parler1? Ils disent donc

Que la bête est une machine; Qu'eu elle tout se fait sans choix et par ressort: Nul sentiment, point d'ame ; en elle tout est corps.

Telle est la montre qui chemine A pas toujours égaux, aveugle et sans dessein.

Ouvrez-la, lisez dans sou sein:

Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde ;

La première y meut la seconde ; Une troisième suit : elle sonne à la fin. Au dire de ces gens, la bête est toute telle.

1 Madame de La Sablière craigooit surtout le ridicule qui s'attache à la réputation de femme savante; et La Fontaine se conforme à ses goûts en ayant l'air d'ignorer qu'elle fût au courant de la philosophie mise en vogue par Descartes. Instruite par Sauveur et Bernier, clic en savoit plus sur ces matières que notre poëte. (W )

Page 1