‹ Fables (volume 3)Chapitre 17 sur 54 · L-.:?. .YQ>nv i.yoi^ -.r.'rxno 3UA. .?>AViv:?L-5îP · texte numérisé non relu

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Le Fou qui vend la Sagesse/

Jamais auprès jdes feus se te nets à portée : Je De te pais deooer un plus sage ooosetl.

II n*est enseigaameot pared A celui-là de fuir une tète éventée.

On en voit souvent dans les cours :

Le prince y prend plaisir ; car ils donnent toujours Quelque trait aux fripons , aux sots , aux ridicules.

Un fol alloit criant par tous les carrefours Qu'il vendoit la sagesse ; et les mortels crédules De courir à Tachât ; chacun fut diligent.

On essuyoit force grimaces ;

Puis on avoit pour son argent , Avec un bon soufflet, un fil long de deux brasses. La plupart s'en fftchoient ; mais que leur servoit-il ? C'étoient les plus moqués : le mieux étoit de rire ,

* Abstemius, ISI, de Intano sapientiam vendente.

Ou de s'en aller, sans rien dire.

Avec son soufDet et son fil.

De chercher da sens à la chose , On se fût fait siffler ainsi qu'un ignorant.

La raison est-elle garant De ce que fait un fou? le hasard est la cause De tout ce qui se passe en un cerveau blessé. Du fil et du soufflet pourtant embarrassé , Un des dupes un jour alla trouver un sage ,

Qui , sans hésiter davantage , Lui dit : Ce sont ici hiéroglyphes tout purs. Les gens bien conseillés, et qui voudront bien faire. Entre eux et les gens fous mettront , pour l'ordinaire , La longueur de ce fil ; sinon je les tiens sûrs

De quelque semblable caresse.

Vous n'êtes point trompé ; ce fou vend la sagesse.

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L'Huitre et les Plaideurs.

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent Une huître , que le flot y venoit d'apporter : Ils ravalent des yeux, du doigt ils se la montrent ; A l'égard de la dent il fallut contester. L'un se baissoit déjà pour amasser la proie : L'autre le pousse , et dit : Il est bon de savoir

Qui de nous en aura la joie. • Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le gobeur ; l'autre le verra faire.

Si par-là l'on juge l'affaire , Reprit son compagnon , j'ai l'œil bon , Dieu merci.

Je ne l'ai pas mauvais aussi , Dit l'autre ; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. Hé bien ! vous l'avez vue ; et moi je l'ai sentie.

. Pendant tout ce bel incident , Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge. Perrin fort gravement ouvre l'huttre , et la gruge ,

Nos deux messieurs le regardant.

Ce repas fait , il dit d'un ton de président :

Tenez , la coar vous donne à chacun une écaille Sans dépens ; et qu*en paix chacun chez soi s'en aille.

Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles : Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui , £t ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.

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Le Ix)iip el !e Chien maigre.*

Autrefois Carpillon fretin

Eut beaa prêcher, il eut beau dire ,

On le mit dans la poêle à frire.

Je fis voir que lâcher ce qu'on a dans la main ,

Sous espoir de grosse aventure ,

Est imprudence toute pure.

Le pêcheur eut raison : Carpillon n'eut pas tort : Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.

Maintenant il faut que j'appuie Ce que j'avançai lors de quelque trait encor. Certain loup , aussi sot que le pêcheur fut sage ,

Trouvant un chien hors du village , S'en alloit l'emporter. Le chien représenta Sa maigreur : Jà ne plaise à votre seigneurie

De me prendre en cet état-là ;

Attendez : mon mattre marie

* iKsop., 86, 35, Canis el Lupus.

Sa flile unique , et vous jugez Qu'étaot de noce il faut, malgré moi, que j'engraisse.

Le loup le croit, le loup le laisse.

Le loup , quelques jours écoulés , Revient voir si son chien n'est pas meilleur à prendre ;

Mais le drôle étoit au logis.

n dit au loup par un treillis :

Ami , je vais sortir ; et , si tu veux attendre ,

Le portier du logis et moi

Nous serons tout-À-rheure à toi.

Ce portier du logis étoit un chien énorme ,

Expédiant les loups en forme.

Celui-ci s'en douta. Serviteur au portier , Dit-il ; et de courir. II étoit fort agile ;

Mais il n'éCoit pas fort habile :

Ce loup ne savoit pas encor bien son métier.

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Rien dt» tro|).*

Je ne vois point de créature

Se comporter modérément.

Il est certain tempérament

Que le maître de la nature Veut que Ton garde en tout. Le fait-on? nullement ; Soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère. Le blé , riche présent de la blonde Cérès , Trop touffu bien souvent épuise les guérets : En superfluité s'épendant d'ordinaire ,

Et poussant trop abondamment ,

Il dte à son fruit Taliment.

L'arbre n'en fait pas moins : tant le luxe sait plaire ! Pour corriger le blé , Dieu permit aux moutons De retrancher l'excès des prodigues moissons :

Tout au travers ils se jetèrent,

Gâtèrent tout et tout broutèrent ;

• AbstemiDs, 1«6, de Ovibus immoderate segelem depascmlibm. Il 1.^

Tant que le ciel permît aux loups D*en croquer quelques uns : ils les croquèrent tous ; S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.

Puis le ciel permit aux humains De punir ces derniers : les humains abusèrent

A leur tour des ordres divins.

De tous les animaux , Thomme a le plus de pente

A se porter dedans l'excès.

Il faudroit faire le procès Aux petits comme aux grands. Il n'est ame vivante Qui ne pèche en ceci. Rien de trop est un point Dont on parle sans cesse, et qu'on n'observe point.

'Cïl (OÏÏ3S)Siï^ït^-

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^ Le Cierge.*

C'est da séjour des dieux que les abeilles viennent. Les premières, dit-oo, s'en allèrent loger

Au mont Hymette /* et se gorger Des trésors qu'en ce lieu les zéphyrs entretiennent. Quand on eut des palais de ces filles du ciel Enlevé l'ambroisie en leurs chambres enclose ,

Ou , pour dire en françois la chose ,

Après que les ruches sans miel N'eurent plus que la cire , on fit mainte bougie ;

Maint cierge aussi fut façonné.

Un d'eux voyant la terre en brique au feu durcie Vaincre l'effort des ans, il eut la même envie ; Et , nouvel Empédocle '** aux flammes condamné

* Absiemias, 5i, de Cera duritiam appelenle.

** Hymette étolt une montagne célébrée par les portes, située dans VA{tique, et où les Grecs recueilloient d'excellent miel. {Note de La Fontaine.)

* * * Empédocle étolt un philosophe ancien , qui , ne pouvant comprendre les merveilles du mont Etna, se Jeta dedans par une vanité ridicule ^el, trouvant l'action belle, de peur d'en perdre le fruit, et que la postérité ne Tignorât , laissa ses pantoufles au pied du mont. {Soie de la Fontaine.)

Par sa propre et pure folie , Il se lança dedans. Ce fut mal raisonné : Ce cierge ne sayoit grain de philosophie.

Tout en tout est jlivers : dtez-vous de l'esprit Qu'aucun être ait été composé sur le vôtre. L'Empédocle de cire au brasier se fondit : Il n'étoit pas plus fou que l'autre.

«'rwïPî^'îi^îÇîs :i';? :c*3^- ':^:i'^/<9.À\(^::f::.

Jupiter et te Paisager.*

Oh ! combien le péril enrichiroit les dieux ,

Si nous nous souvenions des vœux qu'il nous fait faire !

Mais , le péril passé , l'on ne se souvient guère

De ce qu'on a promis aux deux ; On compte seulement ce qu'on doit à la terre. Jupiter, dit l'impie > est un bon créancier ;

Il ne se sert jamais d'huissier.

Eh I qu'est-ce donc que le tonnerre?

Comment appelez-vous ces avertissements?

Un passager pendant Torage Avoit voué cent bœufs au vainqueur des Titans. Il n'en avoit pas un : vouer cent éléphants

N'auroit pas coûté davantage.

11 brûla quelques os quand il fut au rivage :

• >Esop , 156, Viafor et Mercurius.

Au nez de Jupiter la fumée en monta.

Sire Jupin , dit-il , prends mon vœu ; le voilà : C'est un parfum de bœuf que ta grandeur respire. La fumée est ta part : je ne te dois plus rien.

Jupiter flt semblant de rire :

Mais, après quelques jours , le dieu l'attrapa bien,

Envoyant un songe lui dire Qu'un tel trésor étoit en tel lieu. L'homme au vœu

Courut au trésor comme au feu.

Il trouva des voleurs ; et , n'ayant dans sa bourse

Qu'un écu pour toute ressource ,

U leur promit cent talents d'or ,

Bien comptés , et d'un tel trésor :

On l'avoit enterré dedans telle bourgade. L'endroit parut suspect aux voleurs ; de façon Qu'à notre prometteur l'un dit : Mon camarade , Tu te moques de nous ; meurs , et va chez'Pluton

Porter tes cent talents en don.

iLm (D2ÎLL-ÏÏ m'^ 2Las lÊSWi^iEm.

, AUè^r

Le Chat et le Renard.

Le chat et le renard , comme beaux petits saints ,

S'en alloient en pèlerinage.

C'étoient deux vrais tartufs , deux arehipatelins , Deux francs patte^pelus , qui , des frais du voyage , Croquant mainte volaille , escroquant maint fromage ,

S'indemnisoient à qui mieux mieux.

Le chemin étant long , et partant ennuyeux ,

Pour raccourcir ils disputèrent.

La dispute est d*un grand secours :

Sans elle on dormiroit toujours.

Nos pèlerins s*ègosillèrent.

Ayant bien disputé , Ton parla du prochain.

Le renard au chat dit enfin :

Tu prétends être fort habile ; En saiS'tu tant que moi ? J*ai cent ruses au sac. Non , dit l'autre : je n'ai qu'un tour dans mon bissac ;

Mais je soutiens qu'il en vaut mille.

* RiâiVBBii Apologi Phœdrii; Cutus agresiis et Vulpes.

Eux de recommencer la dispute à l'envi. Sur le que si , que non , tous deux étant ainsi ,

Une meute appaisa la noise.

Le chat dit an renard : Fouille en ton sac , ami ;

Cherche en ta cervelle matoise Un stratagème sûr : pour moi , voici le mien. A ces mots, sur un arbre il grimpa bel et bien.

L'autre fit cent tours inutiles , Entra dans cent terriers , mit cent fois en défaut

Tous les confrères de Brifaut.

Partout il tenta des asiles ,

Et ce fut partout sans succès ; La fumée y pourvut, ainsi que les bassets. Au sortir d'un terrier deux chiens aux pieds' agiles

L'étranglèrent du premier bond.

Le trop d'expédients peut gâter une affaire : On perd du temps au choix , on tente , on veut tout faire. N'en ayons qu'un ; mais qu'il soit bon.

x:^ X5lf,.<^o^vlu 'i:^\ V^feOiîO^)^- \^'-k- -x^w- ^^ô:)r,1if^,'ir)f.

I>e Mari, la Femme, et le Voleur.*

Un mari fort amoureux , Fort amoureux de sa femme , Bien qu'il fût jouissant , se croyoit malheureux.

Jamais œillade de la dame ,

Propos flatteur et gracieux ,

Mot d'amitié, ni doux sourire ,

Déifiant le pauvre sire , N*avoient fait soupçonner qu'il fût vraiment chéri.

Je le crois ; c'étoit un mari.

n ne tint point à l'hyménée

Que , content de sa destinée ,

n n'en remerciât les dieux.

Mais quoi ! si l'amour n'assaisonne

Les plaisirs que l'hymen nous donne ,

Je ne vois pas qu'on en soit mieux.

* Conte* de Bidpaï et de Lokman ; le Marchand , la Femme , et le Voleur — Camerarlus , feb. cclt, p. 387.

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