‹ Fables (volume 3)Chapitre 18 sur 54 · II. li · texte numérisé non relu

II. li

Notre épouse étant donc de la sorte bâtie , Et n'ayant caressé son mari de sa vie , Il en faisoitsa plainte une nuit. Un voleur

Interrompit la doléance.

La pauvre femme eut si grand' peur

Qu'elle chercha quelque assurance

Entre les bras de son époux. Àmi voleur, dit-il, sans toi ce bien si doux Me seroit inconnu ! Prends donc en récompense Tout ce qui peut chez nous être à ta bienséance ; Prends le logis aussi. Les voleurs ne sont pas

Gens honteux , ni fort délicats :

Celui-ci fit sa main.

J'infère de ce conte

Que la plus forte passion C'est la peur ; elle fait vaincre Taversion , Et l'amour quelquefois : quelquefois il la dompte ;

J'en ai pour preuve cet amant Qui brûla sa maison pour embrasser sa dame ,

L'emportant à travers la flamme.

J'aime assez cet emportement ; Le conte m'en a plu toujours infiniment :

Il est bien d'une ame espagnole ,

Et plus grande encore que folle.

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Le Trésor et les deux Hommes/

Un homme n'ayant plas ni crédit ni ressource.

Et logeant le diable en sa bourse ,

C'est-à-dire n'y logeant rien ,

S'imagina qu'il feroit bien De se pendre , et finir lui-même sa misère , Puisque aussi bien sans lui la faim le viendrait faire :

Genre de mort qui ne duit pas A gens peu curieux de goûter le trépas. Dans cette intention , une vieille masure Fut la scène où devoit se passer l'aventure ; Il y porte une corde , et veut avec un clou Au haut d'un certain mur attacher le licou.

La muraille , vieille et peu forte , S'ébranle au premier coup , tombe avec un trésor.

* Anthologie grecque- — Auson., épigr. ixiiet xxiii.

Notre désespéré le ramasse , et l'emporte . Laisse là le licou , s'en retourne avec l'or , Sans compter : ronde ou non , la somme plut au sire. Tandis que le galant à grands pas se retire , L'homme au trésor arrive , et trouve son argent

Absent.

Quoi ! dit-il , sans mourir je perdrai cette somme ! Je ne me pendrai pas ! Et vraiment si ferai,

Ou de corde je manquerai.

Le lacs étoit tout près ; il n'y manquoit qu'un homme : Celui-ci se l'attache, et se pend bien et beau.

Ce qui le consola peut-être Fut qu'un autre eût, pour lui , fait les frais du cordeaa. Aussi bien que l'argent le licou trouva maître.

L'avare rarement finit ses jours sans pleurs ; Il a le moins de part au trésor qu'il enserre , Thésaurisant pour les voleurs , Pour ses parents, ou pour la terfe.

Mais que dire du troc que la Fortune fit? Ce sont là de ses traits ; elle s'en divertit : Pin» le tour est bizarre , et plus elle est contente.

Cette déesse inconstante

Se mit alors en l'esprit

De voir un homme se pendre ;

Et celui qui se pendit

S'y devoit le moins attendre.

Il ^z]^ i'i5 :ï-:r mj ©:hï.l^.

Le Singe et le Chat/

Bertrand avec Raton , l'un singe et l'antre chat,

Commensaui d'un logis, avoient un commun maître.

D'animaux malfaisants c'étoit un très bon plat :

lis n'y craignoient tous deui aucun , quel qu'il pût être.

Trouvoit-on quelque chose au logis de gâté ,

L'on ne s'en prenoit point aui gens du voisinage :

Bertrand déroboit tout; Raton , de son côté,

Étoit moins attentif aui souris qu'au fromage.

Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons

Regardoient rôtir des marrons.

Les escroquer étoit une très bonne affaire ; Nos galante y foyoient double proGt à faire : Leur bien premièrement, et puis la mal d'autrui. Bertrand dit à Raton : Frère , il faut aujourd'hui

Que tu fasses un coup de maître ; Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avoit fait naître

* RiGRBEii , Apologi Phœdrii ; Fell^ et Simius.

Propre à tirer marrons du feû,

Certes, marrons verroient beau jeu.

Aussitôt fait que dit : Raton, avec sa patte.

D'une manière délicate , Écarte un peu la cendre , et retire les doigts ;

Puis les reporte à plusieurs fois ; Tire un marron , puis deux, et puis trois en escroque :

Et cependant Bertrand les croque.

Une servante vient : adieu mes gens. Raton

N'étoit pas content , ce dit-on.

Aussi ne le sont pas la plupart de ces princes Qui , flattés d'un pareil emploi \ Vont s'échaud^r en des provinces Pour le profit de quelque roi.

1C.5S! 'y.-^'^u^^ lË-K jr-jp 'j:-i} ?mi^ 'i/^ Q.)u

Le Milan et le Rossignol.*

Après que le milan , manifeste voleur , Eut répandu l*alarme en tout le voisinage. Et fait crier sur lui les enfants du village , Un rossignol tomba dans ses mains par malheur. Le héraut du printemps lui demande la vie. Aussi bien, que manger en qui n'a que le son?

Écoutez plutôt ma chanson :

Je vous raconterai Térée et son envie. — Qui t Térée? est-^e un mets propre pour les milans ?- Non pas ; c'étoit un roi dont les feux violents Me firent ressentir leur ardeur criminelle. Je m'en vais vous en dire une chanson si belle Qu'elle vous ravira : mon chant plait à chacun.

Le milan alors lui réplique :

Vraiment, nous voici bien I lorsque je suis à jeun ,

* Abitemias, 9!i, de Luscinia canlum accipitri pro viia poUicente.

112 LIVRE IX, FABLE XVllL

Tu me viens parler de musique ! ~ J'en parle bien aux rois. — Quand un roi te prendra , Tu peux lui conter ces mer\'eilles :

Pour un milan , il s'en rira.

Ventre affamé n*a point d'oreilles.

^m i^:i':îihmiÈ :s-ir ^^r^. '^^iir^^'^îi^m.uSo

Le Berger et «on Troupeau.*

Quoi ! toujours il me manquera

Quelqu'un de ce peuple imbécile !

Toujours le loup m'en gobera !

J'aurai beau les compter I Ils étoient plus de mille » Et m'ont laissé ravir notre pauvre Robin !

Robin mouton , qui par la ville

Me suivoit pour un peu de pain , Et qui m'auroit suivi jusques au bout du monde ! Hélas ! de ma musette il entendoit le son ; Il me sentoit venir de cent pas à la ronde.

Ah ! le pauvre Robin mouton !

Quand Guillot eut fini cette oraison funèbre Et rendu de Robin la mémoire célèbre ,

Il harangua tout le troupeau,

* Abstemlns, 137, de Pas tore gregem suum advcrsus Lupnm horlantr. Louys Goicciardtn , les Heures de rêcrôaiion.

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