‹ Fables (volume 3)Chapitre 19 sur 54 · II. m · texte numérisé non relu

II. m

Les chefs , la multitude , et jusqu'au moindre agneau ,

Les conjurant de tenir ferme :

Cela seul sufBroit pour écarter les loups. Foi de peuple d'honneur , ils lui promirent tous

De ne bouger non plus qu*un terme.

Nous voulons , dirent-ils , étouffer le glouton

Qui nous a pris Robin mouton.

Chacun en répond sur sa tête.

Guillot les crut, et leur fit fête.

Cependant , devant qu'il fût nuit ,

11 arriva nouvel encombre :

Un loup parut ; tout le troupeau s'enfuit. Ce n'étoit pas un loup, ce n'en étoit que l'ombre.

Haranguez de méchants soldats ;

Ils promettront de faire rage :

Mais , au moindre danger , adieu tout leur courage ; Votre exemple et vos cris ne les retiendront pas.

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Les deux Rais, le Renard, et rCKiif.

DISCOURS A MADAME DR LA SABl.lèRK.

'\ RIS, je vous louerois; il n'est que trop aisé : ^" Mais vous avez cent fois notre encens refusé ;

En cela peu semblable au reste des mortelle^,

Qui veulent tous les jours des louanges nouvelles.

Pas une ne s'endort à ce bruit si flatteur.

Je ne les blAme point ; je souffre cette humeur : ^ Elle est commune aux dieux, aux monarques , aux belles.

Ce breuvage vanté par le peuple rimeur ,

Le nectar , que Ton sert au mattre du tonnerre, Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre , C'est la louange , Iris. Vous ne la goûtez point ; D'autres propos chez vous récompensent ce point :

Propos , agréables commerces , Où le hasard fournit cent matières diverses;

Jusque-là qu'en votre entretien La bagatelle a part : le monde n'en croit rien.

Laissons le monde et sa croyance.

La bagatelle , la science , Les chimères , le rien , tout est boQ : je soutiens

Qu'il faut de tout aux entretiens :

C'est un parterre où Flore épand ses biens ; Sur différentes fleurs l'abeille s'y repose ,

Et fait du miel de toute chose.

Ce fondement posé , ne trouvez pas mauvais Qu'en ces fables aussi j'entremêle des traits

De certaine philosophie ,

Subtile, engageante, et hardie.

On l'appelle nouvelle : en avez-vous ou non

Ouï parler ? Ils disent donc

Que la bête est une machine ; Qu'en elle tout se fait sans choix et par ressort : Nul sentiment, point d'ame; en elle tout est corps.

Telle est la montre qui chemine A pas toujours égaux , aveugle et sans dessein.

Ouvrez-la , lisez dans son sein :

Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde ;

La première y meut la seconde ; Une troisième suit : elle sonne à la fin.

Au dire de ces geas, la bêle est toute telle.

L'objet la frappe en un endroit :

Ce lieu frappé s'en va tout droit , Selon nous , au voisin «n porter la nouvelle. Le sens de proche en proche aussitôt la reçoit. L'impression se fait : mais cornaient se fait-elle ?

Selon eux , par nécessité ,

Sans passion , sans volonté :

L'animal se sent agité De mouvements que le vulgaire appelle Tristesse , joie, amour, plaisir, douleur cruelle ,

Ou quelque autre de ces états.

Mais ce n'est point cela : ne vous y trompez pas. Qu'est-H^e donc ? Une montre. Et nous? C*est autre chose. Voici de la façon que Descartes l'expose : . Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu

Chez les païens, et qui tient le milieu Entre rhomme et l'esprit; comme entre l'huttre et Thomme Le tient tel de nos gens , franche bête de somme ; Voici , dis-je , comment raisonne cet auteur Sur tous les animaux, enfants du Créateur, J'ai le don de penser ; et je sais que je pense. Or, vous savez. Iris, de certaine science.

Que , quand la bète penseroit ,

La bète ne réfléchiroit

Sur l'objet ni sur sa pensée.

Descartes va plus loin , et soutient nettement

Qu'elle ne pense nullement.

Vous n'êtes point embarrassée De le croire; ni moi. Cependant, quand aux bois

Le brait des cors , celui des voix , N'a donné nal reiflche à la fuyante proie ,

Qu'en vain elle a mis ses eflTorts

A confondre et brouiller la voie , L'animal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix corps » En suppose un plus jeune , et l'oblige , par force , A présenter aux chiens une nouvelle amorce. Que de raisonnements pour conserver ses jours ! Le retour sur ses pas , les malices , les tours ,

Et le change , et cent stratagèmes Dignes des plus grands chefs , dignes d'un meilleur sort !

On le déchire après sa mort :

Ce sont tous ses honneurs suprêmes.

Quand la perdrix

Voit ses petits En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas , Elle fait la blessée , et va traînant de l'aile , Attirant le chasseur et le chien sur ses pas, Détourne le danger , sauve ainsi sa famille ; Et puis , quand le chasseur croît que son chien la pille , Elle lui dit adieu , prend sa volée , et rit De l'homme qui , confus, des yeux en vain la suit.

Non loin du nord il est un monde Où l'on sait que les habitants Vivent, ainsi qu'aux premiers temps , Dans une ignorance profonde :

Je parle des humains ; car, quant aux animaux ,

Us 7 construisent des travaux Qui des torrents grossis arrêtent le ravage , Et font communiquer l'un et l'autre rivage. L'édifice résiste et dure en son entier : Après un lit de bois est un lit de mortier. Chaque castor agît : commune en est la tAche ; Le vieux y fait marcher le jeune sans relAche ; Maint mattre d'oiuvre y court , et tient haut le bAton.

La république de Platon

Ne seroit rien que l'apprentie

De cette famille amphibie.

Ils savent en hiver élever leurs maisons ,

Passent les étangs sur des ponts ,

Fruit de leur art, savant ouvrage ;

Et nos pareils ont beau le voir ,

Jusqu'à présent tout leur savoir

Est de passer Tonde à la nage.

Que ces castors ne ^ient qu'un corps vide d'esprit , Jamais on ne pourra m'obliger à le croire : Hais voici beaucoup plus; écoutez ce récit,

Que je tiens d'un roi plein de gloire. Le défenseur du nord vous sera mon garant: Je vais citer un prince aimé de la Victoire ; Son nom seul est un mur à l'empire ottoman : C'est le roi Polonois/ Jamais un roi ne ment.

n dit donc que , sur sa frontière , Des animaux entre eux ont guerre de tout temps : Le sang, qui se transmet des pères aux enfants ,

' Sobieski.

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