‹ Fables (volume 3)Chapitre 2 sur 54 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

N'anriez-Yous point perdu tont votre argent au jeu ? En voici. S'il vous est venu quelque querelle, J*ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul? une esclave assez belle Étoit à mes côtés; voulez-vous qu'on l'appelle? Non; dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point:

Je vous rends grâce de ce zèle.

Vous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu ; J'ai craint qu'il ne fût vrai ; je suis vite accouru.

Ce maudit songe en est la cause.

Qui d'eux aimoit le mieux? Que t'en semble , lecteur? Cette didiculté vaut bien qu'on la propose. Qu'un ami véritable est une douce chose ! Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;

Il vous épargne la pudeur

De les lui découvrir vous-même :

Un songe , un rien , tout lui fait peur

Quand il s'agit de ce qu'il aime.

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Le Cochon, la Chèvre, et le Moutou/

Une chèvre , un mouton , avec un cochon gras , Montés sur même char, s'en alloient à la foire. Leur divertissement ne les y portoit pas ; On s'en alloit les vendre , à ce que dit Thist^ire :

Le charton n'avoit pas dessein

De les mener voir Tabarin.

Dom pourceau crioit en chemin Comme s*il avoit eu cent bouchers à ses trousses : C'étoit une clameur à rendre les gens sourds. Les autres animaux , créatures plus douces , Bonnes gens, s'étonnoient qu'il criât au secours ;

Ils ne voyoient nul mal à craindre.

Le charton dit au porc : Qu'as-tu tant à te plaindre? Tu nous étourdis tous : que ne te tiens-tu coi !

* JUop., 131, Porcellut et Vulpes. — Aphton.,30, Fabula Suis, singulos sua uire volem. — Lokman , l'Homme et le Porc.

28 LIVllE VIII, FABLE XII.

Ces deux personnes-ci , plus honnêtes que toi » Deyroîent Rapprendre à vivre , ou du moins à te taire : Regarde ce mouton ; a-t-il dit un seul mot?

n est sage. Il est un sot, Repartit le cochon: s'il savoit son affaire , .11 crieroit « comme moi , du haut de son gosier ;

Et cette autre personne honnête

Crieroit tout du haut de sa tête.

Ils pensent qu'on les veut seulement décharger, La chèvre de son lait , le mouton de sa laine :

Je ne sais pas s'ils ont raison ;

Mais quant à moi , qui ne suis bon

Qu'à manger, ma mort est certaine.

Adieu mon toit et ma maison.

Dom pourceau raisonnoit en subtil personnage : Mais que lui servoit-il? Quand le mal est certain , La plainte ni la peur ne changent le destin ; Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

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Tircis et AmaraDte.

POUR MADKMOISBLLK Dft SILI.ERY.

J'ayois Ésope quitté ,

Pour être tout à Boccace ;

Mais une divinité

Veut revoir sur le Parnasse

Des fables de ma façon.

Or, d'aller lai dire , Non ,

Sans quelque valable excuse ,

Ce n'est pas comme on en use

Avec des divinités ,

Surtout quand ce sont de celles

Que la qualité de belles

Fait reines des volontés.

Car, afin que Ton le sache,

C'est Sillery qui s'attache

A vouloir que , de nouveau , Sire loup, sire corbeau.

Chez moi se parlent en rime.

Qui dit Sillery dit tout :

Peu de gens en leur estime Lui refusent le haut bout :

Comment le pourrait-on faire ?

Pour venir à notre affaire ,

Mes contes, à son avis ,

Sont obscurs : les beaux esprits

N'entendent pas toute chose.

Faisons donc quelques récits " Qu'elle déchiffre sans glose :

Amenons des bergers , et puis nous rimerons Ce que disent entré eux les loups et les moutons.

Tircis disoit un jour à la jeune Amarante: Ah ! si vous connoîssiez comme moi certain mal

Qui nous plaft et qui nous enchante , Il n*est bien sous le ciel qui vous parût égal !

Souffrez qu'on vous le communique ;

Croyez-moi , n'ayez point de peur :

Voudrois-je vous tromper, vous , pour qui je me pique Des plus doux sentiments que puisse avoir un cœur?

Amarante aussitôt réplique :

Comment Tappelez-vous , ce mal? quel est son nom ? — L'amour. — Ce mot est beau ! dites-moi quelques marques A quoi je le pourrai connottre : que sent-on ? — Des peines près de qui le plaisir des monarques

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