‹ Fables (volume 3)Chapitre 36 sur 54 · II. 3S · texte numérisé non relu

II. 3S

^74 PHÏLÉMON

Qai font trembler les cieux sur leurs pôles assis. Grand Dieu , dit Philémon , excusez notre faute : Quels humains auroient cru recevoir un tel hAte? Ces mets, nous Tavouons, sont peu délicieux : Mais, quand nous serions rois, que donner à des dieux? C'est le cœur qui fait tout : que la terre et que l'onde Apprêtent un repas pour les maîtres du monde ; Ils lui préféreront les seuls présents du cœur. Baucis sort à ces mots pour réparer Terreur. Dans le verger couroit une perdrix privée , Et par de tendres soins dès l'enfance élevée ; Elle en veut faire un mets, et la poursuit en vain : La volatille échappe à sa tremblante main ; Entre les pieds des dieux elle cherche un asile. Ce recours à l'oiseau ne fut pas inutile : Jupiter intercède. Et déjà les vallons Voyoient l'ombre en croissant tomber du haut des monts. Les dieux sortent enfin, et font sortir leurs hôtes. De ce bourg, dit Jupin , je veux punir les fautes : Suivez-nous. Toi , Mercure , appelle les vapeurs. 0 gens durs ! vous n'ouvrez vos logis ni vos cœurs ! Il dit : et les autans troublent déjà la plaine. Nos deux époux suivoient , ne marchant qu'avec peine ; Un appui de roseau soulageoit leurs vieux ans : Moitié secours des dieux, moitié peur, se hAtants, âur un mont assez proche enfin ils arrivèrent. A leurs pieds aussitôt cent nuages crevèrent. Des ministres du dieu les escadrons flottants Entraînèrent , sans choix , animaux , habitants , Arbres, maisons, vergers, toute cette demeure;

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ET BAUGIS. 276

Sans vestiges du bourg, tout disparut sur l'heure.

Les vieillards déploroient ces sévères destins.

Les animaux périr I car encor les humains ,

Tous avoient dû tomber sons les célestes armes:

Baucis en répandit en secret quelques larmes.

Cependant l'humble toit devient temple , et ses murs

Changent leur frêle enduit aux marbres les plus durs.

De pilastres massifs les cloisons revêtues

En moins de deux instants s'élèvent jusqu'aux nues ;

Le chaume devient or , tout brille en ce pourpris :

Tous ces événements sont peints sur le lambris.

Loin , bien loin les tableaux de Zeuxis et d*Apelle I

Ceux-ci furent tracés d'une main immortelle.

Nos deux époux , surpris , étonnés , confondus ,

Se crurent, par miracle, en l'Olympe rendus.

Vous comblez, dirént-ils, vos moindres créatures :

Aurions-nous bien le cœur et les mains assez pures

Pour présider ici sur les honneurs divins ,

Et prêtres vous offrir les vœux des pèlerins?

Jupiter exauça leur prière innocente.

Hélas ! dit Philémon , si votre main puissante

Vouloit favoriser jusqu'au bout deux mortels,

Ensemble nous mourrions en servant vos autels ,

Clothon feroit d'un coup ce double sacrifice ;

D'autres mains nous rendroient un vain et triste office :

Je ne pleurerois point celle-ci , ni ses yeux

Ne troubleroient non plus de leurs larmes ces lieux.

Jupiter à ce vœu fut encor favorable.

Mais oseraije dire un fait presque incroyable?

Un jour qu'assis tous deux dans le sacré parvis

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Us contoieot cette histoire aax pèlerins ravis ,

La troupe à l'entour d'eux debout prètoit Foreille ;

Philémon leur disoit : Ce lieu plein de merveille

N'a pas toujours servi de temple aux immortels :

Un bourg étoit autour ennemi des autels ,

Gens barbares, gens durs, habitacle d'impies;

Du céleste courroux tous furent les hosties.

Il ne resta que nous d*un si triste débris :

Vous en verrez tantôt la suite en nos lambris;

Jupiter l'y peignit. En contant ces annales,

Philémon regardoit Baucis par intervalles ;

Elle devenoit arbre , et lui tendoit les bras :

Il veut lui tendre aussi les siens, et ne peut pas.

Il veut parler, l'écorce a sa langue pressée.

L'un et l'autre se dit adieu de la pensée :

Le corps n'est tantôt plus que feuillage et que bois.

D'étonnement la troupe, ainsi qu'eux, perd la voix.

Même instant , même sort à leur fin les entraîne ;

Baucis devient tilleul , Philémon devient chêne.

On les va voir encore , afin de mériter

Les douceurs qu'en hymen Amour leur fit goûter.

Ils courbent sous le poids des offrandes sans nom|>re.

Pour peu que des époux séjournent sous leur ombre ,

Ils s'aiment jusqu'au bout, malgré l'effort des ans.

Ah ! si... Mais autre part j'ai porté mes présents.

Célébrons seulement cette métamorphose.

De fidèles témoins m'ayant conté la chose ,

Clio me conseilla de l'étendre en ces vers.

Qui pourront quelque jour l'apprendre à l'univers.

Quelque jour on verra chez les races futures ,

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