LA MATRONE
Prête à mourir de compagnie.
Prête, je m'entends bien; c'est-à-dire, en on mot. N'ayant examiné qu'à demi ce complot.
Et, jusques à l'effet, courageuse et hardie. L'esclave avec la dame avoit été nourrie ; Toutes deux s'entr'aimoient ; et cette passion Ëtoit crue avec l'ftge au cœur des deux femelles : Le monde entier à peine eût fourni deux modèles
D'une telle inclination.
Comme l'esclave avoit plus de sens que la dame , Elle laissa passer les premiers mouvements ; Puis tftcha, mais en vain, de remettre cette ame Dans l'ordinaire train des communs sentiments. Aux consolations la veuve inaccessible S'appliquoit seulement à tout moyen possible De suivre le défunt aux noirs et tristes lieux. Le fer auroit été le plus court et le mieux ; Hais la dame vouloit paître encore ses yeux
Du trésor qu'enfermoit la bière.
Froide dépouille , et pourtant obère :
C'étoit là le seul aliment
Qu'elle prit en ce monument.
La faim donc fut celle des portes
Qu'entre d'autres de tant de sortes Notre veuve choisit pour sortir d'ici-bas. Un jour se passe, et deux, sans autre nourriture Que ses profonds soupirs, que ses fréquents hélas.
Qu'un inutile et long murmure Contre les dieux, le sort, et toute la nature.
Enfin sa douleur n'omit rien ,