‹ Fables (volume 3)Chapitre 40 sur 54 · LA MATRONE · texte numérisé non relu

LA MATRONE

De noas laisser mourir de faim et de douleur. Encor que le soldat fût mauvais orateur. Il leur fit concevoir ce que c'est que la vie. La dame cette fois eut de Tattention ;

Et déjà l'autre passion

Se trouvoit un peu ralentie :

Le temps avoit agi. Si la foi du serment , Pousuivit le soldat, vous défend Taliment,

Voyez-moi manger seulement , Vous n'en mourrez pas moins. Un tel tempérament

Ne déplut pas aux deux femelles.

Conclusion , qu'il obtint d'elles Une permission d'apporter son soupe :

Ce qu'il fit. Et l'esclave eut le cœur fort tenté De renoncer dès-lors à la cruelle envie

De tenir au mort compagnie.

Madame , ce dit-elle , un penser m'est venu : Qu'importe à votre époux que vous cessiez de vivre ? Croyez-vous que lui*méme il fût homme à vous suivre Si par votre trépas vous l'aviez prévenu ? Non, madame ; il voudroit achever sa carrière. La nôtre sera longue encor si nous voulons. Se faut-il , à vingt ans» enfermer dans la bière? Nous aurons tout loisir d'habiter ces maisons. On ne meurt que trop tôt : qui nous presse ? attendons. Quant à moi , je voudrais ne mourir que ridée. Voulez-vous emporter vos appas chez les morts? Que vous servira-t-ll d'en être regardée?

Tantôt , en voyant les trésors Dont le ciel prit plaisir d'orner votre visage ,

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