‹ Fables (volume 3)Chapitre 43 sur 54 · S BELPHEGOR · texte numérisé non relu

S BELPHEGOR

Ville pour lors de luxe et de dépense : Même il la crut propre pour le trafic. Là , sous le nom du seigneur Roderic , Il se logea , meubla comme un riche homme ; Grosse maison , grand train , nombre de gens , Anticipant tous les jours sur la somme Qu'il ne devoit consumer qu'en dix ans. On s'étonnoit d'une telle bombance :

Il tenoit table , avoit de tous côtés Gens à ses frais, soit pour ses voluptés , Soit pour le faste et la magnificence.

L'un des plaisirs où plus il dépensa Fut la louange. Apollon l'encensa ; Car il est maître en l'art de flatterie : Diable n'eut onc tant d'honneurs en sa vie. Son cœur devint le but de tous les traits Qu'Amour lançoit : il n'étoit point de belle Qui n'employât ce qu'elle avoit d'attraits Pour le gagner, tant sauvage fût-elle ; Car de trouver une seule rebelle , Ce n'est la mode à gens de qui la main Par les présents s'applanit tout chemin. C'est un ressort en tous desseins utile. Je l'ai jà dit, et le redis encor , Je ne connois d'autre premier mobile Dans l'univers , que l'argent et que l'or. Notre envoyé cependant tenoit compte De chaque hymen en journaux différents : L'un , des époux satisfaits et contents , Si peu rempli , que le diable en eut honte :

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L''aatre journal îbcoDliDcnt fut plein.

A Belpbégor il ne restoit enfin

Que d'éprouver la chose par lui-même.

Certaine fille à Florence étoit lors ,

Belle et bien faite, et peu d'autres trésors ;

Noble d'ailleurs, mais d'un orgueil extrême ;

Et d'autant plus , que de quelc[ue vertu

Un tel orgueil paroissoit revêtu.

Pour Roderic on en fit la demande.

Le père dit que madame Honesta ,

C'étoit son nom , avoit eu jusque-là

Force partis ; mais que parmi la bande

Il pourroit bien Roderic préférer ;

Et demandoit temps pour délibérer.

On en convient. Le poursuivant s'applique

A gagner celle où ses vœux s'adressoient.

Fêtes et bals , sérénades , musique ,

Cadeaux , festins, bien fort appetissoient,

Altéroient fort le fonds de l'ambassade.

Il n'y plaint rien , en use en grand seigneur ,

S'épuise en dons. L'autre se persuade

Qu'elle lui fait encor beaucoup d'honneur.

Conclusion , qu'après force prières»

Et des façons de toutes les manières.

Il eut un oui de madame Honesta.

Auparavant le notaire y passa ;

Dont Belpbégor se moquant en son ame :

Hé quoi ! dit-il , on acquiert une femme

Comme un château ! ces gens ont tout gâté.

Il eut raison : ôtez d'entre les hommes

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