LIVRE VIII, FABLE XX. W
Le dieu dont Taîle est légère.
Et H langue a des douceurs, Alla voir les noires sœurs.
A Tisiphone et Mégère n préféra, ce dit-on.
L'impitoyable Alecton.
Ce choix la rendit si fière, Qu'elle jura par Pluton Que toute l'engeance humaine Seroit bientôt du domaine Des déités de là-bas.
Jupiter n'approuva pas Le serment de l'Eumenide. n la renvoie ; et pourtant n lance un foudre à l'instant Sur certain peuple perfide.
Le tonnerre , ayant pour guide Le père même de ceux Qu'il roenaçoit de ses feux , Se contenta de leur crainte ; n n'embrassa que Tenceinte D'un désert inhabité :
Tout père frappe à côté.
Qu'arriva-t-il? Notre engeance Prit pied sur cette indulgence.
Tout l'Olympe s'en plaignit; Et l'assembleur de nuages Jura le Styx, et promit De former d'autres orages :
Ils seroient sûrs. On sourit ;
On lui dit qu'il étoit père.
Et qu'il laissât, pour le mieux, A quelqu'un des autres dieux D'autres tonnerres à faire.
Vulcain entreprit l'afTaire.
Ce dieu remplit ses fourneaux De deux sortes de carreaux :
L'un jamais ne se fourvoie ; Et c'est celui que toujours L'Olympe en corps nous envoie :
L'autre s'écarte en son cours; Ce n'est qu'aux monts qu'il en coûte ; Bien souvent même il se perd ; Et ce dernier en sa route Nous vient du seul Jupiter.
■W4 lU\^iQ&'& IW lf4Ê fô-JMAOrwX*
Le Faucon et le Chapon.'
Une traîtresse voix bien souvent vous appelle ;
Ne vous pressez donc nullement :
Ce n'étoit pas un sot, non, non, et croyez-m'en.
Que le chien de Jean de Nivelle.
Un citoyen du Mans, chapon de son métier,
Étoit sommé de comparottre
Par-devant les lares du Hiaitre , Au pied d'un tribunal que nous nonmions foyer. Tons les gens lui crioient , pour déguiser la chose , Petit, petit, petit ! mais , loin de s'y fier. Le Normand et demi laissoit les gens crier. Serviteur, disoit^il; votre appAt est grossier:
On ne m'y tient pas, et pour cause. Cependant un faucon sur sa perche voyoit
Notre Manseau qui s'enfuyoit.
* Bidpai el LokmaD, t. Il , p. 59, \t Faucon et le Coq.
Les chapons ont en nous fort peu de confiance ,
Soit instinct, soit expérience.
Celui-ci , qui ne fut qu'avec peine attrapé , Devoit, le lendemain être d'un grand soupe , Fort à l'aise en un plat, honneur dont la volaille
Se seroit passée aisément.
L'oiseau chasseur lui dit : Ton peu d'entendement Me rend tout étonné. Vous n'êtes que racaille. Gens grossiers, sans esprit, à qui Ion n'apprend rien. Pour moi, je sais chasser, et revenir au maître.
Le vois-tu pas à la fenêtre?
Il t'attend : est^tu sourd? Je n'entends que trop bien. Repartit le chapon ; mais que me veut-il dire? Et ce beau cuisinier armé d'un grand couteau?
Reviendrois-tu pour cet appeau?
Laisse-moi fuir : cesse de rire De l'indocilité qui me fait envoler Lorsque d'un ton si doux on s'en vient m'appeler.
Si tu voyois mettre à la broche
Tous les jours autant de faucons
Que j'y vois mettre de chapons, Tu ne me ferois pas un semblable reproche.
vm
;-:-il; (^'^Â.^ ïs^ Tum )kAAt.
o ■ o o w -^ o *' c o ' ' ''lV^^»(*>
o c o o\o o c o c o o o o.o o 6<yy^t!**
o o ij o
Le Chat et le Rat.
Quatre animaux divers , le chat grippe-fromage , Triste oiseau le hibou , rongennaille le rat ,
Dame belette au long corsage ,
Toutes gens d'esprit scélérat, Hantoient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage. Tant y furent, qu'un soir à l'entour de ce pin L'homme tendit ses rets. Le chat, de grand matin ,
Sort pour aller chercher sa proie.
Les derniers traits de l'ombre empêchent qu'il ne voie Le filet : il y tombe, en danger de mourir ; Et mon chat de crier ; et le rat d'accourir : L'un plein de désespoir, et l'autre plein de joie ; n voyoit dans les lacs son mortel ennemi.
Le pauvre chat dit : Cher ami,
Les marques de ta bienveillance
* Bidpai et Lokman, t. III, p. 6i-9l, Histoire du Rat et du Chat.
Sont cooimanes en mon endroit ; * Viens m'aider à sortir da piège où Tignorance
M'a fait tomber. C'est à bon droit Que seul entre les tiens, par amour singulière , Je t'ai toujours choyé » t'aimant comme mes yeux. Je n'en ai point regret, et j'en rends grâce aux dieux.
J'allois leur faire ma prière , Comme tout dévot chat en use les matins ; Ce réseau me retient : ma vie est en tes mains ; Viens dissoudre ces nœuds. Et quelle récompense
En aurai-je? reprit le rat.
Je jure éternelle alliance
Avec toi, repartit le chat.
Dispose de ma griffe , et sois en assurance : Envers et contre tous je te protégerai ;
Et la belette mangerai
Avec l'époux de la chouette :
Ils t'en veulent tous deux. Le rat dit : Idiot ! Moi ton libérateur : je ne miis pas si sot.
Puis il s'en va vers sa retraite.
La belette étoit près du trou.
Le rat grimpe plus haut; ii y voit le hibou. Dangers de toute» parts : le plus pressant l'emporte. Ronge-maille retourne au chat, et fait en sorte Qu'il détache un chaînon , puis un autre , et puis tant
Qu'il dégage enfin l'hypocrite.
L'homme parott en cet instant ; Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite.
' A mon ^gard.
A quelque temps de là, notre chat vit de loin Son rat qui se tenoit alerte et sur ses gardes : Ah! mon frère, dit-il, viens m'embrasser: ton soin
Me fait injure ; tu regardes
Comme ennemi ton allié.
Penses-tu que j'aie oublié
Qu'après Dieu je te dois la vie ?
Et moi , reprit le rat, penses-tu que j'oublie
Ton naturel? Aucun traité Peut-il forcer un chat à la reconnaissance?
S'assure-t-on sur l'alliance
Qu*a faite la nécessité?
Le Torrent et la Rivière.*
Avec grand brait et grand fracas
Un torrent tomboit des montagnes :
Tout fiiyoît devant lui : l'horreur suîvoit ses pas.
Il faisoit trembler les campagnes.
Nul voyageur n'osoit passer
Une barrière si puissante ; Un seul vit des voleurs ; et , se sentant presser, D mit entre eux et lui cette onde menaçante. Ce n*étoit que menace et bruit sans profondeur :
Notre homme enfin n'eut que la peur.
Ce succès lui donnant courage , Et les mêmes voleurs le poursuivant toujours ,
D rencontra sur son passage
Une rivière dont le cours, Image d'un sommeil doux , paisible , et tranquille ,
* Abttemlos, 5 de Rwtlico anmem transituro.
UA.. ifL'^rjUiOf lii'- 'ii^^t li^c Ji-'i-iî-Ai;