‹ Fables (volume 4)Chapitre 104 sur 149 · LIVRE XI. 201 Le re(jartl de travers, nez lortii, grosse lèvre · texte numérisé non relu

LIVRE XI. 201 Le re(jartl de travers, nez lortii, grosse lèvre

Portoit sayoïî^ de poil de chèvre,

Et ceinture de joncs marins.

Cet honune ainsi bâti fut député des villes Que lave le Danube. Il n'étoit point d'asiles

Où l'avarice des Romains Ne pénétrât alors et ne portât les mains. Le député vint donc, et fit cette harangue : Romains, et vous sénat assis pour m'écouter, Je supplie avant tout les dieux de m'assister : Veuillent les immortels, conducteurs de ma langue, Que je ne dise rien (pii doive être repris ! Sans leur aide, il ne peut entrer dans les esprits

Que tout mal et toute injustice :

Faute d'y recourir, on viole leurs lois. Témoin nous que punit la romaine avarice : Rome est, par nos forfaits, plus que par ses exploits,

L'instrument de notre supplice.

Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour Ne transporte chez vous les pleines et la misère ; Et mettant en nos mains, par un juste retour. Les armes dont se sert sa vengeance sévère,

Il ne vous fasse, en sa colère,

> Mot dérivé de sagiim, sorte de manteau court qui chez les Romains remplaçoit la to[;e en temps de guerre, La suye ou le sayon des Gaulois avoit des manches. On trouve encore le mot sayon dans le dictionnaire de Nicot, et dans la traduction de cet apologue par R. R. de Grise.

Nos esclaves à votre tour.

Et j^ourquoi sommes-nous les vôtres? Qu'on me die En quoi vous valez mieux que cent peuples divers. Quel droit vous a rendus maîtres de l'univers? Pourquoi venir troubler une innocente vie? Nous cultivions en paix d'heureux champs ; et nos mains Étoient propres aux arts ainsi qu'au labourage.

Qu'avez-vous appris aux Germains?

Ils ont l'adresse et le courage :

S'ils avoient eu l'avidité,

Comme vous, et la violence, Peut-être en votre place ils auroient la puissance,

Et sauroient en user sans inhumanité.

Celle que vos préteurs ont sur nous exercée

N'entre qu'à peine en la pensée.

La majesté de vos autels

Elle-même en est offensée ;

Car sachez que les immortels Ont les regards sur nous. Grâces à vos exemples, Ils n'ont devant les yeux que des objets d'horreur.

De mépris d'eux et de leurs temples.

D'avarice qui va jusques à la fureur.

Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome :

La terre et le travail de l'homme Font pour les assouvir des efforts superflus.

Retirez-les ; on ne veut plus

Cultiver pour eux les campagnes.

Nous quittons les cités, nous fuyons aux montagnes ;

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