LE RENARD ET LES MOUCHES
Un renard tombé dans la fange,
Et des inouclies presque manyé,
Troavoit Juf-iter fort étrange De souffrir qu'à ce point le sort l'eût outragé.
Un Iiérisson du voisinage,
Dans mes vers nouveau personnage, Voulut le délivrer de l'importun essaim. Le renard aima mieux les garder, et fut sage.
Vois-tu pas, dit-il, que la faim Va rendre une autre troupe encor plus importune? Celle-ci, déjà soûle, aura moins d'àpreté.
Trouver à cette fable une moralité
Me semble chose assez, commune :
On peut, sans grand effort d'esprit,
En appliquer l'exemple aux bommes.
Que de monches voit-on dans le siècle où nous sommes ! Cette fable est d'Ésope, Aristote le dît.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici :
Mon but est seulement de dire, à ma manière,
Comment l'aveugle que voici (C'est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien J'en fais juge un amant, et ne décide rien.
La Folie et l'Amour jouoient un jour ensemble :
Celui-ci n'étoit pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble
Là-dessus le conseil des dieux ;
L'autre n'eut pas la patience ; Elle lui donne un coup si furieux.
Qu'il en perd la clarté des cieux.
Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris :
Les dieux en furent étourdis.
Et Jupiter,' et Némésis, Et les juges d'enfer, enfin toute la bande. Elle représenta l'énormité du cas; Son fils, sans un bâton, ne pouvoit faire un pas : Nulle peine n'étoit pour ce crime assez grande : Le dommage de voit être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré L'intérêt du public, celui de la partie, Le résultat enfin de la suprême cour
Fut de coudamner la Folie
A servir de guide à l'Amour.