‹ Fables (volume 4)Chapitre 133 sur 149 · LA FORET ET LE DUCHERON · texte numérisé non relu

LA FORET ET LE DUCHERON

Un biicherou venoit de rompre ou d'égarer Le bois dont il avoit enimaiielié sa cognée. Cette perte ne put sitôt se réparer Que la foret n'en fût quebjue temps épargnée.

L'homme enfin la prie humblement

De lui laisser tout doucement

Emporter une unirpie branche,

Afin de faire un autre manche:

Il iroit employer ailleurs son gagne-pain ; Il laisseroit debout maint chêne et maint sapin Dont chacun respectoit la vieillesse et les charmes. L'innocente foret lui fournit d'autres armes. Elle en eut du regret. Il emmanche son fer :

Le misérable ne s'en sert

Qu'à dépouiller sa bienfaitrice

De ses principaux ornements^

Elle gémit à tous moments:

Son propre don fait son supplice.

Voilà le train du monde et de ses sectateurs: On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.

Je suis las d'en parler. Mais que de doux ombrages

Soient exposés à ces outrages ,

Qui ne se plaindroit là-dessus?

Hélas ! j'ai beau crier et me rendre incommode ,

L'ingratitude et les abus

IN'en seront pas moins à la mode.

FABLE XVir.

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