LA LIGUE DES RATS
Une souris craignoit un cliat Qui dès longtemps la guettoit au passage. Que faire en cet état? Elle, prudente et sage, Consulte son voisin; c'étoit un maître rat,
LIVRE XII. 273 Dont la rateiise sei(jiieurie S'étoit logée en bonne hôtellerie, Et qui cent fois s'étoit vanté, dit-on, De ne craindre ni chat, ni chatte, Ni coup de dent, ni coup de patte.
Dame souris, lui dit ce fanfaron, Ma foi ! quoi que je fasse, Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace ; Mais assemblons tous les rats d'alentour, Je lui pourrai jouer d'un mauvais tour. La souris fait une humble révérence ; Et le rat court en diligence A l'office, qu'on nomme autrement la dépense.
Où maints rats assemblés Faisoient, aux frais de l'hôte, une entière bombance. Il arrive, les sens troublés.
Et tous les poumons essoufflés.
Qu'avez-vous donc? lui dit un de ces rats; parlez. Eu deux mots, répond-il, ce C|ui fait mon voyage, C'est qu'il faut promptement secourir la souris; Car Raminagrobis Fait en tous lieux un étrange carnage.
Ce chat, le plus diable des chats.
S'il manque de souris, voudra manger des rats. Chacun dit : Il est vrai. Sus ! sus ! courons aux armes ! Quelques rates', dit-on, répandirent des larmes.
' Ce mot est forgé, et n'est point françois.
N'importe, rien n'arrête un si noble projet :
Chacun se met en é(jaipa(je; Chacun met dans son sac un morceau de fromage Chacun promet enfin de risquer le paquet.
Ils alloient tous comme à la féte,
L'esprit content, le cœur joyeux.
Cependant, le chat, plus fin qu'eux, Tenoit déjà la souris par la téte.
Ils s'avancèrent à grands pas
Pour secourir leur bonne amie :
Mais le chat, qui n'en démord pas, Gronde, et marche au-devant de la troupe ennemie.
A ce bruit, nos très-prudents rats.
Craignant mauvaise destinée, Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas,
Une retraite fortunée.
Chacpie rat rentre dans son trou :
Et si quelqu'un en sort, gare encor le matou.