‹ Fables (volume 4)Chapitre 29 sur 149 · LA MORT ET LE MOURANT · texte numérisé non relu

LA MORT ET LE MOURANT

La Mort ne surprend point le sage ,

Il est toujours prêt à partir,

S'étant su lui-même avertir Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage.

Ce temps , hélas ! embrasse tous les temps ; Qu'on le partage en jours , en heures , en moments ,

Il n'en est point qu'il ne comprenne Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine , Et le premier instant où les enfants des rois

Ouvrent les yeux à la lumière

Est celui qui vient quelquefois

Fermer pour toujours leur paupière.

Défendez-vous par la grandeur ; Alléguez la beauté , la vertu, la jeunesse ;

La Mort ravit tout sans jiudeur :

Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.

Il n'est rien de moins ignoré,;

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Et, puisqu'il faut que je le die, Rieu où l'on soit moins préparé.

Uu mourant, qui comptoit plus de cent ans de vie , Se plai{;uoit à la Mort que précipitamment Elle le contraignoit de partir tout à l'heure ,

Sans qu'il eût fait son testament.

Sans l'avertir au moins. Est-il juste qu'on meure Au pied levé? dit-il : attendez quelque peu; Ma femme ne veut pas que je parte sans elle; Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ; Souffrez qu'à mon logis j'ajoute encore une aile. Que vous êtes pressante, ô déesse cruelle! Vieillard, lui dit la Mort, je ne t'ai point surpris ; Tu te plains sans raison de mon impatience : Eh ! n'as-tu pas cent ans? Trouve-moi dans Paris Deux mortels aussi vieux; trouve-m'en dix en France. Je devois, ce dis-tu, te donner quelque avis

Qui te disposât à la chose ; J'aurois trouvé ton testament tout fait. Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait. Ne te donua-t-on pas des avis quand la cause

Du marcher et du mouvement,

Quand les esprits, le sentiment.

Quand tout faillit en toi ? Plus de goût , plus d'ouïe , Toute chose pour toi semble être évanouie; Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus: Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus.

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