‹ Fables (volume 4)Chapitre 4 sur 149 · LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE

Uu mal qui répand la terreur ,

Mal que le ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre , La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom) , Capable d'enrichir en un jour l'Achéron ,

Faisoit aux animau.Y la guerre.

Ils ne mouroient pas tous, mais tous étoient frappés :

On n'en voyoit point d'occupés A chercher le soutien d'une mourante \ ie ;

Nul mets n'excitoit leur envie ;

Ni loups ni renards n'épioient

La douce et riiiuoceute proie ;

Les tourterelles se fuyoieiit :

Plus d'amour, partaut plus de joie.

Le lion tint conseil, et dit : Mes cliers amis ,

Je crois que le ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune.

Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux : Peut-être il obtiendra la guérison commune. L'histoire nous apprend qu'eu de tels accidents

On fait de pareils dévouements.

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons ,

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avoient-ils fait? nulle offense ; Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi ; Car on doit souhaiter, selon toute justice,

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse , Eh bien ! manger moutons , canaille , sotte espèce , Est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes, seigneur.

En les croquant, beaucoup d'honneur ;

Et quant au berger, l'on peut dire

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